Qu’est ce que Le greffon?

mai 26th, 2011

LE GREFFON est né en 2008 de la volonté de confronter une histoire de l’image, ses usages, ses pratiques, son esthétique, avec les images contemporaines des nouvelles pratiques culturelles liées à Internet (multiplication, usages, qualités…). Voir le « A propos du greffon« .

Pour donner une dynamique d’auteur au blog et ne pas le limiter à une logique de « commentateur », j’ai ouvert en 2010 LE GRAFT, l’atelier du greffon, son labo, sa « table de montage ». Voir le « A propos du graft« .

Vous pouvez basculer de l’un à l’autre en cliquant sur son logo respectif.

Bienvenue.

futur contemporain

octobre 1st, 2014

Un dernier greffon pour la route. Vous pouvez me retrouver dans les pages « Décryptages » de Polka magazine pour un démontage iconographique en 4 étapes d’une publicité actuelle. Et plus d’info sur mes activités sur le site du collectif Theory of fictions. www.theory-of-fictions.com

Sinon, la vie continue sur les tumblr:
le quotidien
legreffon.tumblr.com
le diary en image
legreffon picture diary
l’atlas des rejets
legraft.tumblr.com

Dans le numéro 27 de la revue Polka, j’analyse la publicité Guinness de la série « Made of More » dont les « héros » sont des Sapeurs (les membres de la S.A.P.E) du Congo-Brazzaville. Aujourd’hui, c’est le titre « Black skinhead » de Kanye West, extrait de son dernier album Yeezus qui est « blackisé » pour les bons soins d’un spot #madeofblack, toujours pour Guinness. La publicité, pur produit de la culture MTV (donc très belle réalisation), montre des artistes Africains « qui n’ont pas peur de s’exprimer vraiment » dixit le dossier de presse. Il suffit de comparer la première prestation public de West pour le titre sur SNL en mai 2013 et son reload clipé d’aout dernier pour savoir qui s’exprime « vraiment »… Non, l’Afrique est « NOT FOR SALE ». Pur Greffon. A bientot

ORIGINAL / COPY









La Marianne du président

juillet 18th, 2013



Image 1: Inna Shevchenko, fondatrice des Femen et le nouveau timbre Marianne
Image 2: « Paulette » Wolinski, Georges Pichard, ed. du Square, 1981


Un nouveau timbre-poste à l’effigie de Marianne tente de rafraichir l’image du président Hollande.

En annoncant le 14 juillet dans les salons de L’Elysée (lire ici l’article du Figaro) le lancement de ce nouveau timbre « Marianne et la jeunesse » (Le jeune: « Un timbre c’est quoi?… un courrier? du papier? hein?…il faut coller sa salive dessus…), le président a choisi d’adresser un « message fort » aux jeunes français: «la jeunesse est la priorité de mon mandat et ce timbre en est l’illustration» … Conséquence:

On vit une époque formidable.
Les deux vainqueurs du concours (?) organisé par la Poste pour réaliser cette nouvelle Marianne sont généralement présentés dans la presse comme des « artistes ». Il faudrait s’entendre sur le sens de ce mot. En tout cas il me semble que ce sont ceux (fous, marginaux, perruquiers…) qui le revendiquent le moins qui sont en définitive « bon qu’à ça » (suivant le fameux mot de Beckett). Tout ceux qui en font état de manière ostentatoire s’en servent avant tout pour légitimer à coup de projecteur médiatique leur bataille narcissique dont le but semble-être de faire déborder un peu plus la poubelle visuelle… (soit dans le cas qui nous intéresse: un « scénariste-réalisateur » encore débutant et un illustrateur surtout connu pour ses plagiats de héros Disney en Chippendales sur sa page Deviantart. Je n’aurais pas chargé autant la barque de ces deux personnes si elles n’étaient pas aussi exposées médiatiquement mais j’aimerais simplement comprendre pourquoi la presse de façon quasi-unanime les présente sous cette dénomination « artiste » devenue le passe-partout de notre époque. « Créatif » comme dans la publicité serait plus juste et légitime, plus en accord avec les ambitions de communication de ces créateurs).

Afin de parachever leur œuvre, l’un d’eux, Olivier Ciappa, a eu la bonne idée de revendiquer sur Twitter une inspiratrice en la chef de file des Femen, Inna Shevchenko, déclenchant, on s’en serait douté, une vague de protestations réveillant les anti-Hollande assoupis, les faux dévots et autres tartuffes. Encore une fois le message vient recouvrir l’image.

Pour moi, à bien y regarder, c’est plutôt vers la Paulette de Georges Pichard et Wolinski que j’aurais envie de me tourner (s’il n’y avait cet horrible index déformé…) Paulette, c’est l’éternel jeunesse d’une époque libertaire (un poil sexiste c’est sur…), une héroïne malgré elle qui reste plus fraîche que ce timbre aux allures nostalgiques et sans grâces.

Pour certain, Paulette ne nous rajeunira pas mais si au moins cette belle jeunesse pouvait faire taire la langue de bois présidentielle qui voit dans ce timbre « le « présage » d’une France « déterminée », « volontaire », qui « voit loin » et veut « construire son propre avenir » à l’image des jeunes français »… (in Rue89, article de Julien Mucchielli).
Ah! L’image des jeunes français… désolé mais c’est encore flou.

ICONOCLASME (No more heroes)

janvier 23rd, 2013

Image 1: Lita, 1988. Bertrand Lavier et Composition suprématiste, carré blanc sur fond blanc, Malevitch 1918
Image 2: The Next Day, David Bowie. 2013. album cover, Jonathan Barnbrook.




« Grace à dieu je suis toujours athée »


Cette citation de Luis Buñuel, empruntée à l’article « Le futur imparfait » de Rick Poynor (in La Loi du plus fort, La société de l’image, 2002) résume clairement la schizophrénie qui gagne les professionnels de l’image: La culture visuelle s’impose comme le principal viatique de nos échanges, de nos communications et dans le même mouvement elle suscite haut-le-cœur, suspicion, méfiance. Dans ce contexte, comment rester un « bon » communiquant tout en étant assuré de ne pas vendre son âme au diable ? Comment se convaincre que « celle-là » ne sera pas « l’image de trop »? Le détournement de la sucette Decaux avec le « SATIETE DE CONSOMMATION » dit assez bien l’enjeu : trop d’image tue l’image.


Image: « SATIETE DE CONSOMMATION » Paris, Pigalle, juillet 2011




Dés lors, la couverture signée Jonathan Barnbrook du prochain album de David Bowie (The Next Day) pourrait servir d’antidote radical à tous ces professionnels égarés ou tout du moins de cas d’école tant il est emblématique et instructif.

D’un coté, Barnbrook est un graphiste et typographe considéré à juste titre comme engagé. Diplômé en 1966 (deux ans avant 68) de la prestigieuse St Martin school de Londres, il ne pouvait rester aveugle au pouvoir de l’image (soit en tant qu’agent de propagande de la world company, soit comme arme, virus contre ce même impérialisme marchand). Citons à titre d’exemple sa collaboration, en tant que directeur artistique, à plusieurs numéros de la revue anti-pub Adbusters, ses polices de caractère VirusFont, ou récemment ses pictogrammes Olympukes 2012, contraction et jeu de mots entre Olympique et gerber.

De l’autre, érudit et provocateur, ayant toujours pris un soin particulier à travailler son image, David Bowie est l’une des icônes sophistiquée et spectaculaire du glam rock. Il continue à influencer les artistes, les créateurs et photographes de mode et à ce titre, il aura les honneurs d’une exposition au V&A de Londres en mars prochain. Mais il incarne tout autant l’archétype de la Star hyper-médiatique issue de la pop mondialisée sauce MTV de la fin des années 80, période « Let’s dance » ou « Modern Love ».



Image 1: Cover art for « Heathen » David Bowie, by J.Barnbrook, 2002. « The interiors featured images of vandalised paintings which are both beautiful and shocking. » JB
Image 2: Photo policière de David Bowie en 1976 à New York. (Arrêté pour possession de stupéfiants)
Image 3: série HYNM, photograohie David Sims pour Arena Homme +, BOWIEVIRUS A/W 2012
Image 4: David Bowie performing Modern Love, 1999. Youtube.




Avec quelle image Barnbrook allait-il résoudre cette équation : faire la promotion d’une star dont le retour est déjà en soi un évènement et dont l’image est déjà un mythe? Et bien en la supprimant tout simplement. « Si c’est-elle qui pose problème, semble nous dire Barnbrook, je la supprime » et il provoque le diable en superposant à l’image somptueuse et stylée (signée Masayoshi Sukita) du Bowie période Heroes, un carré blanc radical et « iconoclaste ».
Anti-image ou Anti-héros (le titre de l’album original, Heroes, est barré), quelque chose se devait de disparaître. Le geste prend une dimension expiatoire à l’heure du personnal branding, ou chacun assure son auto-promotion à travers son « profil », ou entre-autre un Karl Lagerfeld fait de son visage le logotype de sa marque, ou son corps, ses poses, faits et gestes composent au quotidien son image. D’ailleurs le carré blanc chez lui fonctionne comme une tautologie : « Karl qui, moi ? »








Image 1: Karl Lagerfeld, pic by Bigpictures Bag designed by Naco Paris
Image 2: Carré blanc, Paris, 2011.
video: BOWIE VIRUS, EDDIE THE WHEEL, thehommeplus
Image 3: Logo des Anonymous (version « Reservoir dogs »)
Image 4: T-shirt « No Future »


Barnbrook, en partisan d’un graphisme militant et formé aux vocabulaires visuels issus des mouvements de contestation (graffiti, tract, fanzine, image détournée, DIY punk…) ne pouvait que tenter de faire rentrer le vers « anarchiste » dans le fruit de la communication commerciale.
C’est ce qu’il fait en 2002 avec (déjà) la complicité de David Bowie pour l’album Heathen, « Païen ». Dans le livret, il reproduit des œuvres d’art religieuses maculées, trouées, découpées, vandalisées. Des images qu’il qualifie lui-même de « belles et choquantes à la fois ». Ou bien en 2001, de façon plus attendu mais graphiquement très efficace, pour le numéro de Adbusters spécial « design anarchy » dont il assure la direction artistique. La couverture (qu’il n’a pas réalisé) représente une publicité de cosmétique recouverte agressivement de feutre noir.
Mais le virus que revendique Barnbrook dans ces deux exemples (ou plus explicitement encore avec sa série des VirusFont) et qui a pour objectif d’infecter la communication commerciale est aujourd’hui devenu un prétexte …à la consommation! Les hybridations entre les différents registres d’images (art, mode, web, publicité…) sont désormais fréquentes et les messages subversifs, émancipateurs ne sont pas épargnés. Ce qu’ont produit la contre-culture, le Rock, le Punk, le Rap…, les révolutions ou les luttes d’indépendance (depuis Cuba, en passant par 68 jusqu’aux Anonymous…) se retrouvent dorénavant, à travers leurs images les plus symboliques, déclinés en T-shirt, mug, poster, voir campagne de publicité… Qui peut prétendre aujourd’hui qu’un T-shirt de Che Guevara engage celui qui le porte au delà de l’apparence? Le virus devient donc un genre et une esthétique (parfois magnifique et acrobatique, avec ses codes, ses références) qui a même un nom « Ugly design » et son livre dédié (Pretty Ugly, sous titré « Visual Rebellion in Design »!). La vidéo ci-dessus en est la parfaite synthèse puisque qu’elle se nomme… BOWIE VIRUS et qu’elle pourrait très bien avec cette image abîmée, pixelisée, basse définition, figurée dans le livre. Elle a été commandée à Eddie The Wheel pour le magazine de mode Arena Homme + dans son numéro automne/hiver 2012, et titré lui aussi, BOWIEVIRUS.

Du coup, avec le parti pris graphique pour « The Next Day », Barnbrook fait un pas de plus vers une image intrinsèquement iconoclaste. Car le radicalisme du carré blanc fait un trou, c’est même un objet mutique, quasi mental, voir reposant ! Le geste est surement moins graphiquement démonstratif que dans les deux exemples cités plus haut mais il touche à un absolu rarement convoqué dans le graphisme : le rien. De fait, cette tentation de régler par le vide ou le recouvrement le bruit des images n’est pas apparue avec le web participatif et ses avatars. Citons Kasimir Malévitch qui, en prônant avec le Suprématiste un « degré zéro de la peinture », songeait atteindre le monde de la non-représentation. Ou plus proche de nous, Bertrand Lavier mettant en scène l’espace vaquant du tableau définit par la lumière des spots. Un ready-made ironique, le vide comme œuvre.

« The Next Day » s’inscrit dans cette esthétique et d’ailleurs les réactions tardent à se faire entendre tant la proposition désarçonne. Pour exemple, le 17 janvier dernier sur France Culture dans l’émission « la Dispute » lors de la revue de presse d’Antoine Guillot la pochette a été qualifiée …d’étrange mais pas sans une pointe d’admiration.




Image 1: Adbusters n°37 « DESIGN ANARCHY », Statues-colonnes de l’église Saint-Ayoul de Provins, aux visages martelés pendant la Révolution. Myrabella / Wikimedia Commons.
Image 2: « cover « The Next Day », David Bowie, 2013. Livret « Heathen », David Bowie, 2002. direction artistique J.Barnbrook


Jonathan Barnbrook, inspiré peut-être par la radicalité des démarches spirituelles d’un Malevith ou ironiques d’un Lavier, voir par les têtes coupées des Anonymous, semble donner des gages au « Satiété de consommation ». Sa proposition tranchée et provoquante dit bien la mort de quelque chose (l’image-leurre ou le star–system?) en appelant à un futur…sans images. « The Next Day » pourrait être « No Future (Image) »





Image: Caisson lumineux publicitaire 4X3, Paris, 2011



INEVITABLE…

novembre 9th, 2012




Image: Publicité « Inévitable » parfum Chanel n°5 / Brad Pitt & Angelina Jolie vu comme des américains moyens, photomontage Danny Evans.


« The world turns and we turn with it? »

Les parodies n’en finissent plus de caricaturer la campagne pour le parfum Chanel n°5 avec l’acteur Brad Pitt délivrant des vérités stratosphériques (comme semble le suggérer le packshot final du flacon flottant dans un couché de soleil intergalactique). Les commentaires sur youtube font apparaitre tout l’humour et l’ironie qui contribuent à travers ces parodies à détruire une image… chèrement réalisée (on imagine).

Celle du Saturday Night live, est la plus juste au fond. On y découvre Taran Killam qui se moque de la publicité: « Les ambitions disparaissent et les rêves demeurent. Et puis les rêves se réveillent et sourient à la réalité… Je suis désolé, il n’y a vraiment pas de scénario ? Parce que je parle tout seul depuis presque deux heures d’affilée et je commence à avoir l’air d’un dingue. Vous voulez que je semble encore moins cohérent ? Vraiment ? Ok, je peux commencer à inventer des mots. Vous aimez ça ? Très bien » dit-il. Il continue un moment avant de finir par: « Désolé, est-ce que c’est moi ou bien est-ce que je ressemble à un « super homeless » ? C’est ce que vous voulez ? Ok, alors. Rock n Roll ! ».

De fait, entre la « star » et le « super homeless », la frontière de notre humanité peut vite devenir mouvante… C’est ce que nous disent explicitement les photomontages de Danny Evans. Ce monsieur n’a pas de site et ne semble pas un photographe professionnel. Il a simplement une page facebook au nom de Planet Hiltron (qui totalise tout de même à ce jour 24 823 j’aime). On peut donc légitimement imaginer un amateur, bidouilleur sur photoshop qui s’est trouvé comme hobby de faire des stars des « Celebrity Make-unders » comme il les re-qualifie. Soit un jeu de mots en anglais avec « make over » (transformer et au-dessus) devenu « make under » (transformer et au dessous).
Dans les deux cas, parodie ou détournement, il s’agit bien avec la puissance d’Internet, d’un nouveau pouvoir du « grand public » sur les images des « grands de ce monde ». Une nouvelle culture vient concurrencer le bon goût et la légitimé de la culture officielle et cette culture avance très décomplexée…

Comble de l’ironie, dans l’affiche publicitaire figure le seul mot « Inévitable », vraiment?





REAL DEAL (Invisible)

octobre 5th, 2012

Image 1: Jeff Wall, After « Invisible Man » by Ralph Ellison, the Prologue. 2001.
Image 2: Publicité, TOYOTA GT86: The Real Deal Advert, youtube.





En 2001, l’artiste Jeff Wall rend visible le héros anonyme du roman de Ralph Ellison (publié aux US pour la première fois en 1952). Il produit alors une de ses images les plus emblématiques (collection du Moma) en reconstituant l’hallucinant sous-sol dans lequel le héros noir du roman a accroché 1369 ampoules afin de se rendre visible à lui-même, confronté à une amérique raciste qui lui dénit toute « réalité ».
Cette image, hasard ambiguë de google image ou culture personnelle?, s’est retrouvée sur le bureau d’un directeur artistique. Il en a donc fait sa propre interprétation, une sorte de sampling visuel, un « remix » pour les besoins d’une toute autre narration. Dans la publicité, le monde est devenu un monde de pixels aseptisé. Le plafond d’ampoules de la photo de Wall/Ellison éclaire désormais le repaire d’une sorte de marginal blanc (il a des badges de groupes de rock gris…) mangeur de burger. C’est lui qui ouvrira les portes vers la réalité à notre héros virtuel en lui donnant les clés d’une rutilante Toyota rouge. Symbole de la liberté, elle lui donnera le courage de briser le mur de sa ville grise pour rentrer dans la réalité enchantée d’une campagne verdoyante!

Voilà comment on échappe au monde d’un Big Brother dans les publicités en 2012. Cette voiture était certainement le « tapis volant » qui manquait au héros de « Invisble man » car plus prosaïquement le livre s’achève dans une scène d’émeute évoquant celle de Harlem en 1943 contre la misère et le racisme.. Chez Toyota c’est seul que notre héros s’enfuit oubliant qu’il y avait au moins quatre places dans la voiture… Libre mais seul.