PRIMITIF FUTUR








Image 1: publicité Wrangler « We are animals », 2009.
Image 2: Wildman




Bilan futuriste? : « Next », le supplément « style » de Libération, posait la question dans son n°21 à des personnalités issues du monde de l’art, du spectacle, de la mode…. « Que reste-t-il des années 2000 ? » Un objet et un mot devaient résumer leur sentiment. Le journal ouvrait la décennie par le 11 septembre et la fermait avec la crise financière.

Une des réponses les plus glaçantes, et bien à l’image des deux bornes symboliques fixées par le quotidien, était celle du duo de publicitaires Fred&Farid. A travers le choix du mot WRONG et du vidéo-clip éponyme du groupe Depeche Mode, ils déclaraient « Notre société est à l’image du conducteur ligoté dans Wrong le vidéo-clip de Depeche Mode. On fonce en marche arrière ».







De là à y voir une apologie du Néo-Primitivisme, théorisé par John Zerzan, la tentation est grande. Pour mémoire, Fred&Farid sont les auteurs de la campagne Wrangler « We are animals« . De fait, cette campagne semble l’illustration parfaite des théories primitivistes (le retour à la vie des chasseurs cueilleurs en adéquation avec la nature) vu à travers la caméra anxiogène du réalisateur californien Patrick Daughters (l’auteur brillant du clip Wrong). Une vie « primitive » dans une nature hostile ou l’homme fait figure de prédateur et la femme de proie. « Une existence sociale de face-à-face » comme le dit Zerzan.

Il est justement question de John Zerzan actuellement dans l’exposition « Chasing Napoleon » au Palais de Tokyo. Son ouvrage « Against Civilization » publié en 1999, et prônant « un anarchisme vert », « une reconstruction radicale de la société basée sur un rejet de l’aliénation et sur l’idéal de l’état sauvage », est une des bornes théorique du commissaire Marc-Olivier Wahler.





Image 1 et 2: Gardar Eide Einarsson, Sans Titre (portrait), 2005. Crayon sur papier.




L’anticipation de « l’effondrement du système technologique » et les positions de résistance ou de repli que cette perspective alarmiste génère sont les moteurs de l’exposition.
A travers la figure de Unabomber, ses écrits, son portrait, la reproduction à échelle 1 de la cabane construite par ses soins et où il vivait replié, c’est toute une esthétique de la dissimulation, (« les œuvres sont autant d’instructions pour se soustraire au regard et se réfugier dans les marges du visible » Pdt) qui est convoquée dans un accrochage encore une fois exemplaire.
En effet, toutes les œuvres semblent là pour nous éviter et l’exposition apparaît « retournée comme un gant »: trou (Robert Gober, Ryan Gander), évacuation (Charlotte Rosenenske), cellule (Micol Assaël), cachette (Robert Kusmirowski, Christophe Büchel) se développent de « l’autre coté » des cimaises, laissant le sentiment d’être soi-même observé ou tout du moins « exposé ». Paradoxe qui nous engage soit dans une position de gêne (« encore une exposition ou il n’y a rien à voir ») ou de participation complice (« où est la meilleure cachette! »).









Image 1 à 5: vue de l’exposition « Chasing Napoleon », Palais de Tokyo.
- Charlotte Posenenske, Square Tubes Serie D, 1967-2007.
- Robert Kusmirowski, Unacabine, 2008.
- Christoph Büchel, Spider Hole, 2006. – Robert Gober, Drain, 1989.
- Ryan Gander, Nathaniel Knows, 2003-2009.
- Micol Assaël, Vorkuta, 2001.








En face, à l’ARC, une autre exposition « Primitive » prend pour thème le rapport à la Nature, et les forces « magiques » qui l’animent.

L’exposition propose huit films courts tournés par Apichatpong Weerasethakul, artiste et cinéaste thaïlandais, à Nabua. Village du nord-est de la Thaïlande, il fut occupé par l’armée thaïe entre 1960 et 1980 pour contrôler les insurgés communistes. (…) « Primitive » est une exploration de ce lieu, de ses fantômes et de ses mythes. Divers tableaux relatent les activités des adolescents du village impliqués dans des scénarios semi fictionnels : la construction d’un vaisseau spatial en bois, un match de football avec un ballon en feu… L’artiste réalise ainsi le portrait d’une jeunesse inaltérable, aujourd’hui affranchie de son passé.

Comme dans ses longs métrages, la nature, idyllique et menaçante, est au centre de l’ œuvre. La narration passe au second plan, au profit d’une immersion dans un paysage énigmatique, irréel, où les frontières se dissipent. Tourné dans une région d’Asie où la vie des habitants est dominée par les croyances animistes et la réincarnation, Primitive célèbre les forces destructives de la nature appelées à renaître et à se transformer.

Article complet sur le site de Photoquai, musée du quai Branly.





Concordance des temps d’images pour l’art et la pub, « Primitive » vs « We are animals », l’affiche de l’exposition évoque la publicité des jeans Wrangler . Le choix d’une bande de jeunes hommes torse nu et en jeans traite avec une similitude de point de vue formel de la quête de l’ « originel ». Un originel d’aujourd’hui qui associe nudité, nature, puissance, jeunesse et dont le trait d’union avec notre modernité est assuré par le viatique idéal, objet chargé d’un imaginaire globalisé, le jeans.



2012 – Trailer / Bande-Annonce HD [VO]
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Enfin, cet homme croisé sur le quai du métro parisien fin 2009, pied nu, crâne rasé, un masque chirurgical posé sur le visage, attentif à l’affiche du blockbuster 2012 de Roland Emmerich, qui en 2H40 détruit la planète.

Bienvenue dans les années 2010.

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