RES(V)OLUTIONS








Image 1: « L’imagination au pouvoir » , de Walter Lewino, photographies de Jo Schnapp, Eric Losfeld éditeur, Le Terrain Vague, 1968.
Image 2: Publicité Actimel, abribus, Paris, janvier 2010.




Aujourd’hui, les messages écrits à la main dans l’espace public sont sous verre et encadrés par JCDecaux.

Concordance des temps, j’ai trouvé il y a quelques jours, alors que la campagne de publicité pour Actimel était encore sur les murs de Paris, ce livre « L’imagination au pouvoir » chez un bouquiniste à la sortie du métro Argentine, avenue de la grande armée.


Image 1: skyblog « lesmotsdeben« .
Image 2: « Prenez de bonnes réVolutions ».


Ce livre est l’édition originale publié en juin 1968 des photographies de graffiti/dazibao écrits sur les murs de Paris au long du mois de Mai et photographiés bien souvent quelques heures avant que la plupart ne soient effacés.
« Recueilli »  par Jo Schnapp et commenté par Walter Lewino qui en donne en fin d’ouvrage une liste exhaustive, les messages révèlent une poésie crue et une portée politique intacte. Ce n’est pas une archive nostalgique mais un document brûlant sur l’imagination au pouvoir.
Walter Lewino (dont je vous invite à visiter le blog mordant et cultivé, titré « Une idée par jour concoctée par un noble vieillard facétieux ») nous les présente avec une mise en perspective qui impressionne malgré l’actualité de l’événement. Pas de griserie idéologique excessive, pas de manichéisme pour réveiller les cendres. Il faut dire que ce journaliste, ancien résistant qui a participé au débarquement dans le groupe Lorraine, n’est pas une tête brûlée de l’idéologie politique. Il précise à leur sujet: « Ce qui est né le 3 mai s’est épanoui au niveau de la rue et a tracé à même les murs de son isolement, et dans un grand souffle poétique, les premiers signes d’une idéologie encore mal définie ». Plus loin « C’est la société globale qui est remise en cause, vilipendée. Une motivation commune pourtant se dégage: la désaliénation, qui voue aux mêmes gémonies la marchandise, la culture, et toute forme d’entrave. Là s’exprime une exigence aveugle de liberté sans compromis. »










Un écho direct de ce livre figurait dans l’exposition bien nommée « Soulèvements  » de Jean-Jacques Lebel qui vient de se terminer à la Maison Rouge.

En effet, la première partie de l’exposition regroupait un ensemble de photographies et de documents d’archives, montrant ou évoquant des insurrections populaires. La forme qui intéresse Lebel c’est la barricade (de la Commune, de Mai 68 ou de Sao Paulo en 2009) — comme «condensée de sculpture protéiforme, fait de bric et de broc, éphémère […] et  « agencement collectif d’énonciation »".  Notion que Lebel emprunte aux Deleuze et Guattari de Mille plateaux et qui pour ma part contribue à élargir l’horizon du Greffon.

L’exposition conçu avec Jean de Loisy devient un « montrage » dans l’imaginaire de Lebel. A savoir un montage d’oeuvres personnelles et d’oeuvres de sa collection assemblées par résonance plastique et poétique. Ce montage forme « un vaste paysage mental en mouvement, irrigué par les idées de révolte et d’insoumission ». A lire l’entretien accordé à Carole Boulbès, dans Artpress, n°362, décembre 2009. p.16 à 19.







Images 1 et 2: Vus sur le couloir des œuvres évoquant les barricades dans l’exposition de la Maison Rouge. Au premier plan, une œuvre dictée par Jean-Jacques Lebel à Ben au cours d’une performance, en 1964, qui reprend la devise de Marat: La liberté ou la mort.
Image 3: « ça saigne », 4eme de couverture du livre « L’imagination au pouvoir ».
Image 4: « LIBEREZ L’EXPRESSION »photographie de  Jo Schnapp, Paris, mai 1968.
Image 5: « KILL THE RICH », Émeutes sociales au centre d’Athènes, lundi 7 décembre 2009. photos Dimitri Messinis, AP. Libération, jeudi 10 décembre 2009, « Séisme grec, l’Europe tremble ».




Une expostition, un livre qui invitent à poursuivre le travail entamé avec le Greffon et qui me motive à mettre en place l’atelier visuel du blog baptisé G/Craft.  Ici, cette notion d’agencement prendra tout son sens et trouvera même un champs d’expérimentation. Modestement je recopie ici les paroles de Lebel:
« J’essaie de faire en sorte que les œuvres choisies, collectées et agencées ici « se travaillent » mutuellement (…). C’est cela, aussi, le rhizome: le regard qui se met en question et se transforme en fonction des rencontres entre les œuvres ». In Entretien Artpress, n°362.

3 Responses to “RES(V)OLUTIONS”

  1. [...] Walter Lewino, déja cité dans le greffon pour son ouvrage sur les graffitis de 68 (billet RES(V)OLUTIONS). Dans un long portrait (Numero 6, actuellement en kiosque), et titré « Petites [...]

  2. lewino dit :

    merci

    wl

  3. [...] photographies Jo Schnapp, Eric Losfeld éditeur, Le Terrain Vague, 1968. cité dans l’article RES(V)OLUTIONS. Une sélection régulière des pointes séches de Walter Lewino figuraient dans la nouvelle [...]

Leave a Reply