LES TREMBLEMENTS


Image 1: Publicité Wrangler Red, « We are animals », Fred&Farid,  janvier 2010.
Image 2: Photographie Tiane Doan na Champassak, extrait de la série « Credo Haïti », 2007.

Philippe Michel, l’un des créateurs en 1972 de l’agence de publicité CLM et figure inspirée du monde de la communication affirmait: « La marque a une capacité démiurgique, une faculté à inventer le monde à partir de son propre point de vue ». Pourtant, dans le cas de la nouvelle campagne Wrangler Red « we are animals » (signée Fred&Farid),  c’est plutôt le monde et son actualité médiatique qui semblent avoir « inventé » le point de vue de la campagne. Les publicités ont été diffusés dans la presse une semaine après le tremblement de terre qui venait de dévaster les principales villes de l’île d’Haïti (le 12 janvier 2010).  Concours de circonstances, les parti-pris esthétiques des images semblent faire référence à un imaginaire propre à certaines cérémonies du vodou haïtien et par un jeu ambigu d’associations faire écho au drame (image d’apocalypse > Séisme > Haîti > Vodou).

L’agence de pub a communiqué  pour le compte d’un client inattendu, de plus en plus présent dans les jours qui ont suivi le désastre : la  « compassion humanitaire internationale » avec son « tremblement médiatique » aujourd’hui éteint.



Image 1: Publicité Wrangler Red, « We are animals », Fred&Farid,  janvier 2010.
Image 2: Dam-jàn (Dame-Jeanne), collection M.Lehmann, photo J.Watts. MEG



Image 1: Publicité Wrangler Red, « We are animals », Fred&Farid,  janvier 2010.
Image 2: Photographie Tiane Doan na Champassak, série « Credo Haïti », 2007.
Image 3: Croix avec chaîne et deux bouteilles, collection M.Lehmann, photo J.Watts. MEG.


Image 1: Publicité Wrangler Red, « We are animals », Fred&Farid,  janvier 2010.
Image 2: Photographie Tiane Doan na Champassak, série « Credo Haïti », 2007.


Image 1: Publicité Wrangler Red, « We are animals », Fred&Farid,  janvier 2010.
Image 2: Photographie, culte vodou, Haïti, DR.

Les images de Jeff Burton pour Wrangler sont d’une très belle qualité plastique. Il est rare de voir une publicité laisser autant de place à l’image (le nom de la marque et l’accroche « We are animals » disparaissent parfois quasiment dans la chromie de l’image). Peu commentée, les rares interprétations de la campagne ont souvent été dans le sens d’une vision sombre, voir apocalyptique. Pour ma part j’y vois plus la rencontre entre la scène d’amour à Death Valley de « Zabriskie point » d’Antonioni (qui porte les valeurs « positives » de la marque: jeunesse, amour passionné, rébellion…) et le regard brillant, cynique et contradictoire de Fred et Farid (relire à ce propos les billets Wrangler Paradis et Primitif Futur).

L’ambigüité est dans les références esthétiques (volontaires ou non?) à certaines cérémonies du culte vodou Haïtien, dans une photographie très incarnée et sensuelle (Jeff Burton est connu pour son travail photo dans « Dreamland » avec des stars du porno) et l’accroche « We are animals » qui cultive les clichés primitivistes (une puissance originelle sauvage et intacte).

Image 1: catalogue de l’exposition « Le vodou, un art de vivre », Musée d’Ethographie de Genève, 5 décembre 2007 , 31 août 2008.
Image 2: couverture « Effondrement », Jared Diamond
Image 3: publicité, MASSIVEGOOD,  Fred&Farid, 2010.


Image 1: Image accompagnant l’appel aux dons de LA FONDATION DE FRANCE, « Solidarité Haïti », In Le Monde Magazine, 23 janvier 2010. Photo: T.Belizaire.
Image 2: L’extérieur du Superdome après l’évacuation des milliers de victimes de l’ouragan Katrina. Photo: R. Haviv).  In le magazine PALAIS / à l’occasion de l’exposition SUPERDOME, été 2008.

Enfin, l’emballement médiatique qui a accompagné la tragédie et la mobilisation (nécessaire) trouve sa contradiction dans les moyens que les Etats du Nord mettent en œuvre lors de ces catastrophes pour aider les Etats affectés tout en rappelant et en stigmatisant cette « frontière » entre « eux » et « nous ». La bonne conscience des Etats du Nord ne peut se faire que si le monde leur reconnait le « bon rôle ». Yoann Moreau sur son blog Catastrophes le souligne de façon exemplaire dans son billet : Haïti : Merci qui ? (We are the world):

« Cette mobilisation, plus que le séisme pourrait être singulière et participer d’un paradigme nouveau, propre au XXIème siècle naissant. Le séisme haïtien participe en effet peut-être, et malgré lui, au grand partage inauguré par un autre événement déterminant du XXIème siècle : le 11 septembre 2001, la lutte du bien contre le mal. Un “On” se mobilise pour l’humanitaire, pour une puissance altruiste et solidaire. Ce ” On”, forcément majoritaire, c’est les gentils, ceux qui aident les gens dans la misère. Ce sont ceux qui font face aux catastrophes, sous entendu peut-être, pas ceux qui les provoque. Une fois de plus donc, 25 ans après les famines du Sahel qui avaient rendu visible et opératoire le concept de “tiers-monde”, “nous” réaffirmons que We are the World (again). Merci qui ? »

Mais quelle aide les pays du « Sud » atttendent-ils du « Nord » ?  Et de quel poids sera la « mobilisation humanitaire internationale » face à la « thérapie de choc » des programmes de reconstruction ? Ces mécanismes, fruit d’un  « capitalisme du désastre » sont analysés par Naomi Klein dans « La stratégie du choc« . (Revoir à ce propos le magazine PALAIS/ édité par le Palais de Tokyo à l’occasion de l’exposition SUPERDOME, été 2008).

Dans ces deux images d’actualité (l’une à Haïti après de tremblement de terre, l’autre à la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina) la récurrence vient du chaos visuel  ponctué de … caddies. La ruine contemporaine s’accompagne de ses signes de consommation. Il est curieux que ce soit cette image qui dans le cas de Haïti ait servit pour inciter aux dons.

Le Nord pour se repentir d’avoir ainsi exporté son modèle économique basé sur la production et la consommation massive de biens vient de trouver une astuce qui lui donne de nouveaux bonne conscience: faites un geste modeste avec Massive good, (et un « jeu de mot » sur good qui peut se traduire par à la fois good: le bien et good: un bien de consommation) donnez 2 dollars (ou plus) à chaque fois que vous faites une réservation d’avion et vous participerez à sauver des vies dans les pays « en voie de développement ». La publicité « à l’Américaine »qui fait la promotion de ce programme est soutenue par des figures médiatiques du show bizz, (David Guetta…), et de la culture (Paul Auster, Spike Lee…) et a été réalisée par …Fred et Farid. Exorcisme oblige?

Image 1: Fotèy Larèn Bizango (Fauteuil de la Reine Bizango), collection M.Lehmann, photo J.Watts. MEG

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3 Responses to “LES TREMBLEMENTS”

  1. [...] LES TREMBLEMENTS [...]

  2. benjamin dit :

    Bonjour,
    Je recherche cette image pour illustrer un nouveau projet musical:

    Image 2: Photographie, culte vodou, Haïti, DR.

    Connaissez vous son auteur?
    cordialement ,
    Benjamin

  3. olivier roubert dit :

    non désolé, c’est une image trouvée dont j’ai perdu la trace. elle vient d’une cérémonie vaudou qui a lieu en Haiti au chute de Saut d’eau https://www.youtube.com/watch?v=I6L-yERyn7o trés populaire. Par contre d’autres images viennent de la meme cérémonie par le photographe de l’agence VU Tiane Doan na Champassak http://www.agencevu.com/stories/index.php?id=360&p=30 ou Cristina Garcia Rodero de l’agence Magnum https://www.magnumphotos.com/C.aspx?VP3=SearchResult&ALID=2TYRYDR248X5

    Un conseil,ce ne sont pas des images faciles à manipuler hors de leur contexte culturel.
    Bon courage, tenez moi au courant, je découvre votre musique, j’aime baucoup
    Olivier

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