“J’habite en France” 1970, 2007… 2011


Image 1: Bâche recouvrant la Préfecture de Police de Paris et représentant les  différents corps de métiers de la police nationale. Flickr
Image 2: Affiche, Paris, avenue Secrétan, Avril 2010. « A partir du 13 Janvier 2011, MICHEL SARDOU à L’Olympia »

1970, « en pleine période « post soixante-huitarde », Michel Sardou véhicule avec ses premiers grands succès « Les bals populaires », « J’habite en France », « Et mourir de plaisir », une image rassurante de France traditionnelle, de vrai chanteur populaire  » extrait du Fan Club Sardou

2010, pour promouvoir ses concerts prévus en Janvier 2011, le « vrai chanteur populaire » a choisi une image le représentant debout et en pied, sur un fond gris neutre. Ce réalisme sans ostentation est à rapprocher des  gigantesques portraits, réalistes eux aussi, des agents de la Préfecture de Paris qui s’affichent sur la bâche du bâtiment pendant sa rénovation. On peut parier que cette image sans charme et sans « bling bling », un retour à l’ordre en somme, sera celle mis en avant pour la fin du quinquennat de son ami Nicolas Sarkozy. Comme disait Sardou en 2007 pendant la campagne présidentielle: « On a le pays qu’on mérite ». On pourrait ajouter « et l’image qui va avec ».

Une autre version de ce billet se trouve dans le Graft, catégorie CRU.

Image 1: couverture du 45 tours « J’habite en France », Sardou, 1970.

1970

J’habite En France

Y’en a qui disent que les Français
Vivent d’amour et de vin frais
Et que toutes les filles d’ici
Habitent au Casino d’Paris
Y’en a qui pensent que le champagne
Sort des gargouilles de Notre-Dame
Et qu’entre deux Alka-Seltzers
On s’ballade la culotte en l’air
A les entendre on croirait bien
Qu’on est pinté tous les matins

Mais voilà j’habite en France
Et la France c’est pas du tout c’qu’on dit
Si les Français se plaignent parfois
C’est pas d’la gueule de bois
C’est en France qu’il y Paris
Mais la France c’est aussi un pays
Où y’a quand même pas cinquante millions d’abrutis

Y’en a qui pensent que notre musique
Balance comme une bière de Munich
Que toutes nos danseuses ont la classe
Mais swinguent à côté d’leurs godasses
Y’en a qui disent qu’il y a sûrement
Deux trois cafés par habitant
Que nos rythmiques sont des fanfares
Nos succès des chansons à boire
A les entendre on croirait bien
Qu’en France il n’y a pas d’musiciens

Mais voilà j’habite en France
Et la France c’est pas du tout c’qu’on dit
Si les Français se plaignent parfois
C’est pas d’la gueule de bois
C’est en France qu’il y a Paris
Mais la France c’est aussi un pays
Où y’a quand même pas cinquante millions d’abrutis

Y’en a qui pensent et c’est certain
Que les Français se défendent bien
Toutes les femmes sont là pour le dire
On les fait mourir de plaisir
A les entendre on croirait bien
Qu’y’a qu’les Français qui font ça bien

C’est pourquoi j’habite en France
Et la France c’est beaucoup mieux qu’c’qu’on dit
Si elles rêvent d’habiter chez moi
C’est qu’il y a de quoi
C’est pourquoi j’habite en France
Et la France c’est beaucoup mieux qu’c’qu’on dit
Si elles rêvent d’habiter chez moi
C’est qu’il y a de quoi


Image 1: Le 3 mai 1968, Paris, Photo Roger-Viollet. Flickr
Image 2: « SÉCURITÉ, Mairie de Paris », Motards. Paris, boulevard de la Villette, mars 2010

2007,

Pendant la campagne présidentielle, Sardou compose « Allons danser », soulevant la polémique: est-ce une chanson de propagande au service du programme du candidat Sarkozy? La chanson servira d’introduction pour la tournée qui suivra. Le chanteur interprète d’abord  seul à guitare les premiers couplets éclairé par une lumière zénithale puis pour le refrain l’orchestre rentre et le spectacle tourne au light show à l’américaine.

Extraits sonore sur le blog « Un Monde de SONS »

Extrait:

\ »Allons danser\ »

parlons d’abord d’égalité,
égalité des chances
égalité des droits
pas celle qui plombe à la naissance
parce que celle la c’est chacun pour soi
parlons aussi fraternité
d’où que tu viennes bienvenue chez moi
en sachant qu’il faut respecter
ceux qui sont venus longtemps avant toi

et puis allons danser pour oublier tout ca
allons danser personne n’y croit
allons danser même sur n’importe quoi
mais
allons danser et ca ira

dire aux hommes qu’ils se sont échoués
qu’on peut refaire sa vie plusieurs fois
sans un mot tout recommencer
se prendre en charge et pas charger l’état
dire aux enfants qu’on va changer
l’éducation qu’ils ont par celle qu’ils n’ont pas
ajouter qu’il faut travailler
riche et célébre c’est comme un chèque en bois

Refrain

parlons enfin des droits acquis
alors que tout tout passe ici bas
il faudra bien qu’on en oublie
sous peine de n’plus jamais avoir de droits
admettons enfin vous et moi
que nous sommes tous des hypocrites
la vérité ne nous plait pas
alors on a le pays qu’on mérite

Refrain

Image 1: « Cette France-là », Volume 1 (06 05 2007 / 30 06 2008) diffusion La Découverte, janvier 2009.
Image 2: Bâche recouvrant la Préfecture de Police de Paris et représentant les  différents corps de métiers de la police nationale. détail, Flickr

Sur l’image nous voyons « Marie, commissaire de police » (avec sa (grosse) carte de visite) et « Guy, policier de la brigade de recherches et d’interventions », (est-ce que Guy sourit sous sa cagoule?). Il y a aussi Régis, Maud, François, David, Guillaume, Vanessa, Philippe etc… Jacques, pompier et Marie Noëlle, agent de surveillance de Paris, représentent les DOM TOM. 2 sur 22.

La tentative de nous rendre proche et sympathique les employés de la préfecture (en les nommant par leur prénom et en imposant le sourire de convenance) ne tient pas devant le gigantisme du dispositif. « Derrière l’ordre il y a les hommes », semble être le propos, mais c’est bien l’ordre qui s’impose. C’est cette image de la France aujourdhui, sympathique, souriante mais en ordre, aux ordres que vient nous rappeler la bâche de la préfecture. Cette France-là ne s’impose que pour masquer l’autre:

La création d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement figure parmi les ruptures auxquelles Nicolas Sarkozy associe son élection à la présidence de la République. L’action que cette nouvelle administration mène et symbolise à la fois rompt-elle véritablement avec celle des gouvernements antérieurs  ? Et si la rupture annoncée est avérée, de quelle nature est-elle  ?
Pour répondre à ces questions, Cette France-là se propose de dresser un état des lieux annuel de la politique d’immigration choisie par le chef de l’État. Le premier volume de ces annales traite de la période qui s’étend du 6 mai 2007 au 30 juin 2008. Quatre autres volumes viendront ensuite jalonner le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

La vocation de Cette France-là est double : pour l’avenir, contribuer à constituer le dossier des historiens qui ne manqueront pas d’étudier l’impact de la présidence de Nicolas Sarkozy sur l’état de la démocratie en France ; pour le présent, inviter élus et électeurs à se demander si la politique menée par les premiers au nom des seconds mérite d’être soutenue, au risque d’en assumer la responsabilité historique.

Introduction, extrait. www.cettefrancela.net

Image 1: affiche électorale de Nicolas Sarkozy, présidentielle 2007, « Ensemble tout devient possible », détail. Group Pool Flickr « Affiches de campagne »

Ce réalisme photographique visible sur les affiches de Sardou ou sur la bâche de la préfecture,  m’évoque la situation de l’art en France pendant l’entre deux guerres et dont l’exposition « Les Peintres de la réalité en France au XVIIème siècle » au musée de l’Orangerie en 2007 (en pleine campagne présidentielle!) avait clairement illustré les enjeux.

Cette exposition était la réplique d’une exposition fameuse de 1934 qui renouvela de fond en comble l’image de la peinture française. Les commissaires de l’exposition entendirent à l’époque démontrer la grandeur de la peinture d’artistes sous-estimés, voir méconnus (La Tour exemplairement) . Ces artistes se caractérisaient par leur volonté de rendre compte de la réalité avec « une attention particulière » et à en tirer « des images simples et émouvantes ».

La démonstration venait à point dans le double mouvement de « retour à l’ordre » et  de « retour au réel » de l’entre-deux-guerres, d’où de multiples consonances entre l’exposition et l’art contemporain: Derain et Stoskopff, Magritte et La Tour se répondant en miroir…
En même temps, l’exposition offrait à la France désemparée des années trente − au lendemain des émeutes du 6 février 1934 dont l’Orangerie avait été la toile de fond − l’image idéale d’une France stable et digne, enracinée dans ses valeurs.

Aujourd’hui et dans un pays à nouveau en perte de repères et confronté aux effets de la crise, l’image de la République doit apparaitre aux yeux du pouvoir comme une image de stabilité d’ordre et de confiance, enracinée dans des valeurs que le gouvernement Sarkozy tentent de ranimer: le patriotisme, le sentiment d’être français, les grands hommes… On attend l’exposition qui serait le pendant de celle de 1934. Qui serait le commissaire? quels seraient les artistes sélectionnés? Difficile de l’imaginer. A moins qu’un gigantesque concert de Michel Sardou (au Stade de France) ne soit jugé culturellement plus convaincant.

Lien Musée de l’ Orangerie et pdf de présentation du catalogue de l’exposition de 2007.

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2 Responses to ““J’habite en France” 1970, 2007… 2011”

  1. tim dit :

    cette photo -plutôt inoffensive, voire gentillette- irait-elle dans l’expo?
    On dirait un peu une pochette de disque (entre armorica des black crows et the kids are allright des who), comme l’image anonyme d’un single protestataire et printanier…

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/04/21/01016-20100421ARTFIG00526-mam-veut-punir-l-auteur-d-un-outrage-au-drapeau-presume-.php

  2. olivier roubert dit :

    Merci Tim, c’est très juste, cette image fait tout a fait penser à une couverture d’album rock et l’esprit rebelle qui l’accompagne. Au regard de cette image, la réaction pénale de la part du gouvernement semble celle d’un papa contrarié et dépassé prêt à fesser durement son ado blagueur. Cela va dans le sens de mon dernier billet qui voudrait prouver que le débat sur l’identité nationale ne fait que figer des symboles (drapeau, Marseillaise, héros nationaux…) plutôt que de rassembler autour d’une identité républicaine.

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