GÔUT NATIONAL

Image 1: Publicité Kronenbourg, 1664  » Le goût à la française ». Paris, avril 2010.
Image 2: Arc de Triomphe, Place de l’étoile. Paris, le 8 mai 2007. Flickr

En septembre 2007, soit cinq mois après sa création par Nicolas Sarkozy,  le ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement lancait un appel d’offre pour la  « création d’un identifiant visuel (logotype) et d’une signature ». En mal de reconnaissance, le ministère se cherchait une image « identifiable ». Paradoxe pour celui qui s’occupe d’ « identité nationale ».

Trois ans après, le gouvernement semble avoir renoncé à son projet d’identité visuelle, mais le problème demeure. La France de Nicolas Sarkozy cherche toujours les symboles qui fédèreraient l’opinion autour de ses projets phares: « nationalité » « immigration » « sécurité ».

La solution viendrait-elle de la publicité? La bière Alsacienne Kronenbourg se déclare sur ses publicités la bière du « GOÛT A LA FRANCAISE ». L’agence de publicité Fred et Farid,  responsable de la campagne, a-t-elle, en choisissant de badigeonner de rouge les symboles du patrimoine architectural national (Mont Saint-Michel, Arc de Triomphe, terrasse de café (!) …sous la tour Eiffel, sur la pelouse du château de Chambord …) reçut son brief du président? « je veux du gros rouge qui tâche » demandait Nicolas Sarkozy à ses lieutenants pour appuyer et justifier dans les médias l’utilité d’un débat sur l’identité nationale. Une chose est sûr, la fierté d’être français s’est trouvée un porte drapeau (…à consommer avec modération).




Autre exemple de la difficulté de donner une image nouvelle de l’idée de Nation avec la restauration en cours des bas reliefs de l’Arc de Triomphe.


Image 1 et 2: Arc de Triomphe, Place de l’étoile, Paris. Le 8 avril 2010. lien  CRU / La résistance conforme.

Voulu par Napoléon 1er dès 1806, inauguré en 1836 par Louis-Philippe, qui le dédie aux armées de la Révolution et de l’Empire, l’Arc de Triomphe est aujourd’hui une des expressions majeures de notre identité.

Au moment ou cette identité fait débat, il n’est pas surprenant de voir les bâches recouvrant les piédestaux bégayées l’original sans aucune intervention ni créativité. Cette tautologie « un symbole est un symbole » fait même un peu peur comme si le débat venait glacer son sujet. Et il faut remonter à la victoire de l’équipe de France en final de la coupe du monde de football 98 pour voir une image s’afficher de façon forte et symbolique sur un des piliers du monument: le portrait de Zidane, un algérien kabyle, enfant de l’immigration.

Vidéo: « La nuit sur les champs Elysées », 13 juillet 1998, INA


« Tous derrière le même drapeau » affirmait le commentateur du journal télévisé au lendemain de la victoire des bleus: Nuit de fête sur les Champs-Elysées. (Document Ina).

Aujourd’hui on a le sentiment que le drapeau bleu blanc rouge vient s’opposer au black-blanc-beur de 98. De fait, le même geste victorieux, la même fierté des couleurs, peut très vite dans un autre contexte (ici politique avec cette affiche du FN pour les régionales de mars dernier) prendre une tout autre signification. Preuve supplémentaire que les symboles attachés au « sentiment » national reste dangereux à manipuler.



Image 1: affiche électorale du Front Nationale, élections Régionales de 2010.
Image 2: Site du « Grand débat sur l’identité nationale » initié par le ministère. Vidéo: « le salut au drapeau de Jacques Chirac ».
Image 3: Affiche « Révolution nationale » de Philippe Noyer, Vichy, 1940.

A la question « Quel substitut au concept d’identité nationale pour créer du vivre-ensemble? » posé par « Le nouvel Économiste » a plusieurs sociologues et hommes politiques, Eric Besson contacté sur le sujet a préféré ne pas répondre.

La question est extraite d’un long article très éclairant sur le débat en cours paru dans le numéro daté du 15 avril 2010 sous le titre « Un roman national » et dont voici un extrait:

(…) Le terme “identité nationale”- auparavant on parlait de “sentiment national” – est apparu dans le discours médiatique au milieu des années soixante-dix et ce sont les nationalistes régionaux qui ont commencé à l’utiliser pour défendre leur “identité menacée”. Là encore, l’idée était de conserver une identité propre, pas d’unifier un corps social hétérogène. Si le pouvoir rassembleur de la construction politique qu’est l’identité nationale reste à prouver dans les phases de construction des Etats-nations, sa capacité à diviser s’est vérifiée à plusieurs reprises. C’est à partir du concept d’identité nationale que la France se coupe en deux pendant l’affaire Dreyfus, que l’on “nationalise” les Italiens présents sur le territoire français par la loi de 1889 pour leur imposer la conscription, ou que l’on persécute les juifs dans les années trente, y compris les juifs français : 37 % de ceux qui avaient été naturalisés entre 1927 et 1940 se verront retirer la nationalité française.

Par Jacques Secondi


A retrouver en intégralité sur le net dans son format journal :

Identité nationale – Un roman national

Une identité républicaine qui rassemble plutôt qu’une identité nationale qui divise.




Pour finir, autre exemple de manipulation par les images du « sentiment National » avec ces deux affiches de propagandes.


Image 1: « Révolution nationale », Affiche de propagande. France entre 1940 et 1942. source wikipedia.
Image 2: « Non à l’islamisme », affiche éléctorale, Front national 2010.


Les idées diffèrent mais l’intention est la même: faire de la « maison France » un sanctuaire national menacé, soit par un nuage sombre ou un voile noir, soit par le drapeau rouge ou le drapeau algérien (qui devient synonyme d’islamisme) . Ce qui est intéressant de noter c’est la réaction provocante de la jeunesse française d’origine algérienne à cette propagande:  Retourner l’image négative du danger islamiste en un signe identitaire de fierté (français, oui mais d’origine musulmane).


Pour finir, il serait faux de dire qu’il n’y a pas eu de réponse à l’appel d’offre du ministère pour son identité visuelle. A l’initiative de Fluctuat.net un concours annexe a été lancé en octobre 2007 recueillant quelques réponses… non retenues par le ministère.

Sur la page des résultats du concours figure également la proposition de Philippe De Jonckheere, avec une planche de 13 logos dont l’hexagone barbelé ci-dessus.

A consulter sur le blog de son site (inépuisable et magnifique) desordre.net avec la lettre qui accompagnait les propositions adressée au Ministre des Rafles!

One Response to “GÔUT NATIONAL”

  1. [...] Stéles commémoratives, « Maison de la Gestapo »: Marbre et fonte métallisée au zinc, traité anti-graffiti. et Canettes, 1664, « Le goût à la française » A lire sur le blog: Goût national [...]

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