CUL/TUREL, CUL/TUEL

« La prière » de Man Ray, 1930
sacré ou blasphème?

« On n’oublie pas le goût Andros », publicité « Andros », 2008
paradis perdu ou fruit défendu?

Photos, Londres, Juin 2008.

La confusion entre le sacré et le profane, entre la société du culte et la société de consommation est omniprésente. Pour échapper à  une image trop matérialiste, les marques inventent un discours syncrétique de circonstance (écologique, éthique, militant …) afin de glorifier leur produit. Il en résulte une ratatouille entre le cultuel et le culturel pour reprendre les mots de Jacques Alain Léger: « Tout se mélange, se confond et se fond dans une ratatouille (…) de concepts vaseux, de mots creux, de néant. Le cultuel est culturel, le culturel est cultuel et réciproquement. »

Ces propos sont extraits d’un texte non publiés, cités par Alain Gérard Slama dans sa chronique de France Culture du 2 juillet. Ils sont à  la charge de l’exposition thématique « traces du sacré » présentée actuellement au Centre Pompidou et dont la photographie de Man Ray placée en écho à  l’abricot d’Andros fait partie.

Je saisis l’occasion pour donner mon point de vue sur l’exposition dont on doit saluer l’érudition de son commissaire Jean de Loisy. C’est dans le choix des œuvres, dans leur diversité au regard de l’institution qui les héberge et dans leur juxtaposition (on peut parler aussi de collage, voir de greffe!) que résident la part la plus inspirée et stimulante de l’exposition.
Mais prendre comme thème « le sacré » dans une société en perte de modèle demande beaucoup de clarté et d’esprit critique. Ce que ne fait pas l’exposition en se concentrant essentiellement sur la part occulte et irrationnelle que les artistes entretiennent avec la création. (A en juger par les thèmes des différentes sections orientées vers l’au-delà  du visible, l’infini, la révélation, l’initiation ou la dévotion, l’introspection ou l’extase…)
En d’autres termes, doit-on nécessairement suivre Jean de Loisy lorsqu’il nous dit: Ces oeuvres ici présentées nous parlent d’abord de ce qui est Sacré (avec un « S » majuscule) dans l’art, quitte à  le blasphemer. C’est cette lecture réductrice du fait religieux, à  l’heure des ambiguités nommées en début de billet qui est, à  mon sens, stigmatisante pour l’exposition.

Avec une exception capitale: la sculpture « Him » de Maurizio Cattelan, présentée seule dans un cube laissé à  l’état brut (cimaise non peinte, lumière blafarde) et qui fait son office: quand la religion se mêle à  l’enfance, produit l’aveuglement et que nous faisons soudain face à  l’incarnation de l’image tant de fois vu du bourreau, l’éléctro-choc est garantie. Salutaire.

Maurizio Cattelan; 2001
Wax, human hair, suit, polyester resin
39 3/4 x 16 1/8 x 20 7/8 inches.

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