CARTE BLANCHE



Image 1: ZEVS, Visual attack, 2001.
Image 2: Sam Durant, « The Urge to Purify », 2004.
Image 3: facade boutique Armani, Hong Kong, 6 juin 2004.

Coïncidence de calendrier entre art contemporain et espace public: alors que vient de se terminer à  Paris la manifestation « Paris&création », une carte blanche donnée par les Galeries Lafayette à  8 institutions culturelles parisiennes, l’artiste graffeur ZEVS se trouve sous mandat d’arrêt à  Hong Kong pour vandalisme après avoir « liquidé » le logo chanel sur la facade de la boutique Armani.



Image 1: Hong Kong, juillet 2009, boutique Emporio Armani, photo Zevs.
Image 2: Zevs, action, Hong Kong, juillet 2009, boutique Emporio Armani.
Image 3: Les Galeries Lafayette, vitrine du Palais de Tokyo, Vincent Ganiver, juillet 2009.

Le fait divers pourrait faire sourire et apparaître comme un bon coup de pub pour son exposition s’il n’avait pris une tournure policière et judiciaire aussi délicate (confiscation de passeport et amende de près de 612 000 euros (6,7 millions de dollars hongkongais).
Alors que l’art contemporain labellisé par les grandes institutions a multiplié cette année encore les signes de reconnaissance envers la culture et les acteurs du graffiti (Grand Palais, Fondation Cartier, diverses galeries…) la rue reste encore un espace a « conquérir » ou à  convaincre de la légitimité du mouvement « en tant qu’art ».
D’ailleurs, le geste de Zevs trouve sa contradiction dans ce grand écart entre volonté de reconnaissance par le marché et volonté de garder une légitimité subversive au contact de la rue. Contradiction entre un geste de contestation et le désir de tirer profit et notoriété de ce même geste.





Image 3: Les Galeries Lafayette, vitrine du 104, juillet 2009.
Image 4: Les Galeries Lafayette, vitrine de la Maison Rouge, Fabien Verschaere, juillet 2009.
Image 5: Les Galeries Lafayette, vitrine du MAM, scénographie de Sam Baron, Rémy Zaugg, juillet 2009.
Image 6: Les Galeries Lafayette, vitrine Centre Georges Pompidou, Natacha Lesueur, juillet 2009.

Dans le même temps, l’art contemporain semble trouver de plus en plus de légitimité à  se rapprocher pour s’exposer des espaces marchands. La manifestation « Paris&Création » organisée par les Galeries Lafayette montre une fois de plus, s’il était nécessaire, la difficulté de l’exercice.
Le Grand magasin a donc invité huit institutions culturelles parisiennes à  investir les vitrines du Bd Haussmann. Des institutions publiques: (Le centre Pompidou, le 104, le Jeu de Paume, les Arts Décoratifs, le MAM, le Palais de Tokyo) et privées (La Maison Rouge et le MK2(?)). Le choix est judicieux, cela constitue sûrement la liste des lieux parisiens les plus à  la pointe en matière de création artistique contemporaine.
Alors pourquoi ce malaise une fois devant les vitrines? Car, à  des degrés divers, chacune des propositions est avant tout la mise en scène, l’étalage, finalement le décor de l’institution qu’elle défend. Les artistes apparaissent comme la caution qui accompagne la mise en scène, et la distance entre l’œuvre et l’espace public reste perceptible. Enfin pour compliquer le tout, les cartels collés sur les vitres sont peu lisibles et peu explicites.
En définitive, il semble que tous ces prestigieux invités aient voulu prendre des pincettes avec « la rue »: discours œcuménique (sobrement intitulé « la mission » sur le cartel) pour le 104, clin d’œil appuyé de l’art vers la culture populaire pour La Maison Rouge, distancié et pédant pour le MAM, aguicheur pour le Centre Pompidou, qui pour accompagner l’exposition elles@beaubourg nous invite au voyeurisme!



Image 1, 2, 3: Les Galeries Lafayette, vitrine de la galerie du Jeu de Paume, Martin Parr, juillet 2009.
et
Image 4: Le Printemps, vitrine le Printemps/Palace, Le Crillon, photographe Bruno Dayan.

Composer une vitrine est un équilibre délicat entre spectacle et mise en scène, il faut attraper l’œil du passant. Des impératifs que les artistes, à  l’exception des graffeurs, ne maîtrisent pas forcément.

La mise en scène des photographies de la série « Luxury » de Martin Parr dans la vitrine du Jeu de Paume en est la démonstration. La disposition de l’ensemble, accrochage « en cascade » et éléments de décor censés illustrer le « thème » enlèvent toute force aux images grinçantes de Parr.
Au même moment, la vitrine du Printemps adopte un dispositif très similaire (photographie et accessoires) mais la taille de l’image, le soin apporté à  la lumière, la qualité des accessoires apparaissent plus à  propos et assume le thème choisi: « Les palaces parisiens ».

Reste à  mon avis le Palais de Tokyo, Vincent Ganivet est un artiste qui maîtrise l’espace public, voir cherche à  le provoquer. Dans la pièce « Rivières » exposée dans la vitrine des Galfa on retrouve l’esprit du Palais de Tokyo dont je parlais dans un billet précédent, (économie de moyen, œuvre minimale composée de matériaux préfabriqués « ready made ») et le sens de la provocation de Ganivet (les rivières sont les répliques en parpaing des modèles « rivières » de bagues de fiançailles en diamant).
Jouer ici de ce symbole social fort (la liste de mariage des Galeries) en le déplaçant au rayon bricolage et conserver pour autant la force de la sculpture contemporaine me semble une très bonne réponse à  l’invitation.

Alors, peut-être est-il urgent, en reprenant le titre du dessin de Sam Durant placé en début de billet, de purifier les rapports ambiguës qu’entretiennent art et commerce, ou tout du moins de savoir en affirmer les limites: les Grands magasins s’adressent à  des clients, les institutions culturelles s’adressent au public, nuance.



Image 1, 2: Les Galeries Lafayette, vitrine du Palais de Tokyo, Vincent Ganiver, juillet 2009..
Image 3: Rivière de diamant.

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