L’Ombre de l’Enfance

La photographie n’est pas une simple discipline, il s’agit d’aimer ceux que l’on photographie, de les aimer vraiment et de les inclure dans notre espace de vie. L’engagement est là , le reste n’est que pur fantasme. Mes photographies, si engagées soient-elles, ne peuvent pas changer le cours des choses. Elles doivent simplement justifier ma présence dans cette Pouponnière à  ce moment précis de ma vie.

Malik Nejmi, extrait d’un entretien à  lire sur le site de Afrique in visu


Le Greffon n’a pas pour objectif d’être un site de promotion des artistes, lorsqu’ils sont cités c’est toujours en regard « d’autre chose ». Mais à  l’occasion de sa (trop brève) exposition à  l’Institut de France, Quai de Conti, j’aimerais vous présenter le photographe Malik Nejmi.

Les détours et les hasards (merci aux Djinns et autres Loas!) m’ont amenés aujourd’hui à  retrouver le travail de Malik Nejmi. J’avais eu l’occasion de voir la série de photos « El Maghreb » en Arles en 2006.

En préambule, les images que je présente ici ne servent pas à  rendre compte de son travail (pour cela il faut aller sans tarder (jusqu’au 22 novembre) à  l’Académie des Beaux-Arts, 23, quai de Conti). Je les ai choisies à  son attention, comme une adresse. En effet, l’exposition qui aborde un sujet difficile à  photographier et complexe à  exposer ne se résume pas en quelques vues. Il faut se laisser guider par la scénographie et les partis-pris photographiques qui associent portraits en mots, images et dessins; témoignages écrits, tirages noir et blanc et couleurs, petits et grands formats pour voire apparaître le portrait sensible de ces enfants handicapés hébergés dans un orphelinat et une pouponnière au Kenya et au Mali.

Sujet difficile qui travaille son auteur au delà  de la restitution photographique du type « reportage ». Là  où le « reporter » s’arrêterait (en choisissant de montrer ses « meilleures » photos) commence l’exposition. En fonctionnant comme un exorcisme pour Nejmi, elle devient le moyen de nous restituer sa rencontre avec ces enfants et ces femmes et de poser la question si peu abordée car difficile à  assumer : comment exposer ce à  quoi on a été exposé? Comment restituer par l’esthétique sans esthétiser? Comment faire apparaître au delà  de l’apparence? Des questions qui trouvent avec Malik Nejmi une réponse à  mon sens politique au regard d’autres partis-pris plus spectaculaires et immédiats.

Je me souviens d’une interview de Raymond Depardon dans laquelle il expliquait que la principale difficulté d’un photographe de « terrain » était de trouver la bonne « distance » avec son sujet. Pas trop près afin de ne pas s’aveugler sur le témoignage à  donner et pas trop loin afin de ne pas perdre l’émotion, l’intensité de la rencontre. Ce n’est pas un compliment creux que de dire à  Malik Nejmi qu’il a trouvé la bonne distance.

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