COLERE



Image 1: Anne-Claire Broc´h, « Colère », 2007, photographie argentique.
Image 2: Hélio Oiticica, « Metaesquema », 1958, Gouache sur carton, 550 x 640 mm.

Il y a un mois, le 16 octobre dernier, une importante part de l’œuvre de l’artiste Brésilien Hélio Oiticica partait en fumée. Perte inestimable, l’artiste qui se méfiait du « passage du temps » et qui prônait la transgression et « l’exercice expérimentale de la liberté » aurait peut-être souri à  cette déconvenue mais c’est l’héritage sensible d’une personnalité hors du commun qui disparait dans cet incendie.
La coupure géante d’électricité, due à  une panne sans précédent sur le barrage hydroélectrique d’Itaipu et qui a plongé dans le noir le 10 novembre dernier les plus grandes villes du Brésil, dont Sao Paulo et Rio de Janeiro m’apparait comme le deuil d’un pays entier à  l’œuvre audacieuse et aventureuse de OIticica.







Image 1: catalogue de l’exposition, Helio Oiticica au Jeu de Paume, 10 juin, 23 août 1992.
Image 2: Fade to black Flickr, SAO PAULO, Nov 10 (Reuters) – A major electricity outage left tens of millions of people in Brazil’s two biggest cities without power on Tuesday night due to problems with the transmission lines that connect to the massive Itaipu dam.
Images suivantes: Helio Oiticica Incêndio Flickr
Image 7: Hélio Oiticica, Metaesquema, 1958, Oil on canvas, 886 x 1130 mm, César and Claudio Oiticica Collection, Rio de Janeiro

Peu de choses existent en français sur son œuvre, et il faut remercier et féliciter la Galerie Nationale Jeu de Paume d’avoir organisé au court de l’été 1992, pendant ces années défricheuses, une large rétrospective de son travail sans quoi son nom même ne nous dirait rien (en particulier Catherine David initiatrice et commissaire de l’exposition aux cotés de Guy Brett, Chris Dercon, Luciano Figueiredo et Lygia Pape).
Voici une courte introduction à  la biographie de Oiticica qui laisse entrevoir son parcours familiale et artistique (trouvée sur la page web de l’Encyclopédie Universalis et signée Hervé Gauville):

Une courte vie aura suffi à  l’artiste brésilien Hélio Oiticica pour laisser une trace persistante dans la vie artistique, mais aussi politico-culturelle, de son pays. Né le 26 juillet 1937 à  Rio de Janeiro, il est le fils de José Oiticica Filho, entomologiste, photographe et peintre, et le petit-fils de José Oiticica, poète et anarchiste qui, en 1918, avait été déporté pour avoir appelé à  la grève insurrectionnelle. Dans le sillage de son grand-père, Hélio va mener une série d’actions en direction des déshérités.(…) Oiticica s’était plongé dans la favela de Mangueira, qui devient vite une sorte de quartier général de ses opérations, et une matrice pour son inspiration. Sollicités, les habitants participent (…) à  des actions de rue sous forme de fêtes, dans lesquelles se mêlent musique, art et politique. À l’instigation d’Oiticica, ils s’emparent de drapeaux, d’étendards, de tentes, et revêtent de grandes capes. On les appelle bientôt Parangolès – l’une des œuvres de l’artiste, exécutée en 1963, porte d’ailleurs ce titre, évoquant une cape ou un manteau, parure ou déguisement, mais aussi, dans un autre sens, l’emballement soudain d’une foule, entre excitation et confusion. (…)

Quand sera-t-il désormais de l’héritage de l’œuvre et de la pensée de Oiticica, comment préserver sans exemples tangibles une poésie de l’insurrection des sens, du mouvement comme acte créateur, de l’expérience comme volonté constructive?

Concordance des temps, le nouveau numéro de Mouvement (la revue indisciplinée) propose des pistes de réponses dans un dossier sur « L’art de transmettre ». Dans son édito la revue articule une double proposition « Hériter-inventer », savoir assumer un héritage pour le transformer voir en le contestant. L’éducation joue un rôle majeur dans ce jeu d’héritage – invention, c’est à  elle qu’incombe la charge de transmettre le passé afin de donner les moyens de le changer. Mais dans quel but? Accueillir le changement c’est aussi se poser la question de sa nature: est-ce un changement insidieux qui nous transforme en simples rouages d’un ordre nouveau dans lequel nous n’aurions plus notre mot à  dire (à  noter que l’édito date d’avant la sortie de Eric Raoult sur le « devoir de réserve » de Marie NDiaye) ou un changement qui se préoccupe de mettre en oeuvre de nouveaux modes de transmissions inter-générationnels, inter-culurels (…)?


Enfin Mouvement a placé sur la couverture de son numéro une photographie de la jeune artiste Anne-Claire Broc’h intitulée « Colère » et qui résonne étrangement avec un dessin (et des photographies) de Oiticica, « SOMETHIN’ FA’ THE HEAD 2″, datant de juin 1974.
Déja un acte d’héritage-invention? Dans tout les cas une saine colère.

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