Archive for novembre, 2008

Le baiser de Judas

Mercredi, novembre 26th, 2008


Alors que le film « Mesrine » est sorti des médias puis des esprits, des travaux de voirie dans l’avenue Secrétan retiennent prisonnière une affiche du premier des deux films, « L’instinct de mort ».

J’avais commenté l’affiche au format 4X3 dans un précédent billet, mais j’avais négligé cette plus petite affiche et son curieux portrait. La juxtaposition et le jeu d’opposition avec la publicité de « Esthée Lauder » pour son produit « Double Wear Light » m’a permis de reconsidérer cette affiche, passée alors inaperçue.



Ce qui les rapproche: ce sont deux portraits en plan serré, sans repère de temps, de lieu et d’action. Ce qui les oppose: d’une part, une photographie qui respecte tous les codes de la publicité beauté: regard de séduction, lèvres entrouvertes, épaule dénudée, couleurs pastels, retouche à  l’extrême des imperfections du modèle, narcissisme de la figure avec son reflet. De l’autre, une photographie en noir et blanc, au regard sombre, aux lèvres fermées, à  la peau brillante, sans expression particulière, tout au plus de lassitude.

En regardant cette image, et contre toute attente, je lui trouve une analogie avec les photographies de Herman Lerski. Essentiellement portraitiste, il s’est fait connaître en Europe puis en Israël dans les années 30. Il fut aussi acteur aux États-Unis et caméraman. Ce parcours l’a amené à  considérer la photographie de portrait au regard du modèle comme incarnation d’un « personnage ». Une de ses séries de 1936 représente ainsi 175 photographies réalisées d’après le visage d’un même inconnu métamorphosé par la lumière « Verwandlungen durch Licht » (« Métamorphose par la lumière »). Dans cette série, pour reprendre les termes de Pierre Vaisse dans son article paru en septembre 1985 dans la revue « Photographies », le personnage est habité par le théâtre ou le film. Le visage, écran neutre devenu un et multiple par les jeux de lumières, devient un champs de bataille autour de la condition humaine: « Pas un rire, pas un sourire, pas non plus la moindre marque de douleur ou de contrariété. Les expressions se situent toutes sur une même ligne, entre les deux pôles que sont l’énergie tendue et la plus profonde lassitude ».
Ces termes s’appliquent parfaitement au visage méconnaissable sur l’affiche de Vincent Cassel, devenu l’un et le multiple, reflétant (comme l’ambitionnait Lerski), la condition humaine dans son expression tragique et universelle. Ce visage parle de l’homme Mesrine et pas du héros, elle ne dit rien sur le film, si ce n’est la performance de l’acteur qui ici disparaît pour laisser place à  un « autre ». Elle est certainement en ce sens au plus proche des ambitions de Richet et Cassel qui ont plusieurs fois signalé qu’ils ne souhaitaient pas sacraliser le personnage. C’est ce qui fait que cette affiche est passée inaperçue, quand toute la promo du film tourne autour de la figure mythifiée de l’ennemi public n°1. Si de ce sacre les deux principaux concernés n’ont cessé de se protéger, c’est, véritable « baiser de judas », l’affiche du deuxième volet (ci-dessous) qui viendra nous confirmer les ambitions commerciales de cette super production. L’image promotionnelle ne ment pas sur ses intentions.

Yes, We Can

Dimanche, novembre 23rd, 2008




Oui nous pouvons! détourner un message d’espoir en slogan publicitaire et cela en moins de 3 semaines. Faut-il y voir un signe d’optimisme de la part de l’agence qui a produit ce message et qui semble avoir parié sur la victoire d’Obama pour convaincre son client « Nouvelles Frontières » de l’opportunité d’une telle récupération.

Cette publicité pose la question de la grande proximité que l’on constate aujourd’hui entre la construction d’une image de marque (démarquer le produit en le singularisant par le logotype, l’univers de référence, le message) et l’élaboration du message d’un parti politique afin de soutenir un candidat (création d’une image, d’un discours de campagne résumé en une phrase sur les outils de communication).

Ici on peut juger de cette porosité à  travers la proximité du logo de campagne de Barack Obama avec le logo de Pepsi, autre emblème à  caractère Nationale aux États-Unis. D’ailleurs Pepsi aurait pu très bien signer une de ses campagnes de publicité par le déja célèbre « Yes, we can ». C’est finalement et sans tarder l’agence de voyages « Nouvelles Frontières » qui s’y risque. Ce « Yes, we can », invitation lancée à  tout un peuple par le candidat Obama à  relever le défi des années difficiles que l’Amérique se prépare à  traverser, devient chez nous, en France, une invitation à  relever le défi de partir en vacances pour moins cher!


Autre signe, autre publicité: Au même moment on peut voir dans le métro à  Paris, la figure d’une jeune femme noire qui est associée à  une publicité pour …des voyages exotiques avec ce slogan: « Laissez-vous séduire par l’esprit caraïbe », ce qui fait dire sur l’affiche à  un passant : « A quand un Obama en France? » ce à  quoi répond en dessous un autre inconnu : « Jamais. »

En tout état de cause ce n’est pas la publicité qui va nous aider à  y croire. Dommage, la jeune femme et Obama partageaient le même sourire mais pas le même message, sur l’affiche de Barack Obama dessinée par Shepard Fairey, alias Obey on peut lire: « Victory » et sur la précédente on lisait « Progress ».

Français, encore un effort: Voici un extrait d’un article lu dans la revue « Stratégies » du 13 novembre dernier:

Le CSA juge «intolérable» la place consacrée à  la diversité à  la télévision. Au cours d’un point presse, mercredi 12 novembre, la Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a présenté les résultats de la première étude de l’Observatoire de la diversité, créé en juillet 2007. «Je ne dirais pas que ces résultats ne sont pas satisfaisants, ils sont inacceptables, ils sont intolérables», a déclaré le président du CSA, Michel Boyon. L’étude réalisée sous la direction du sociologue Eric Macé, à  partir d’une semaine de programmes sur seize chaînes de la TNT entre 17 et 24 heures en février 2008, fait ressortir que seuls 14% des 42 500 individus visibles à  la télévision cette semaine-là  sont perçus comme «non blancs».

L’Ombre de l’Enfance

Mardi, novembre 18th, 2008

La photographie n’est pas une simple discipline, il s’agit d’aimer ceux que l’on photographie, de les aimer vraiment et de les inclure dans notre espace de vie. L’engagement est là , le reste n’est que pur fantasme. Mes photographies, si engagées soient-elles, ne peuvent pas changer le cours des choses. Elles doivent simplement justifier ma présence dans cette Pouponnière à  ce moment précis de ma vie.

Malik Nejmi, extrait d’un entretien à  lire sur le site de Afrique in visu


Le Greffon n’a pas pour objectif d’être un site de promotion des artistes, lorsqu’ils sont cités c’est toujours en regard « d’autre chose ». Mais à  l’occasion de sa (trop brève) exposition à  l’Institut de France, Quai de Conti, j’aimerais vous présenter le photographe Malik Nejmi.

Les détours et les hasards (merci aux Djinns et autres Loas!) m’ont amenés aujourd’hui à  retrouver le travail de Malik Nejmi. J’avais eu l’occasion de voir la série de photos « El Maghreb » en Arles en 2006.

En préambule, les images que je présente ici ne servent pas à  rendre compte de son travail (pour cela il faut aller sans tarder (jusqu’au 22 novembre) à  l’Académie des Beaux-Arts, 23, quai de Conti). Je les ai choisies à  son attention, comme une adresse. En effet, l’exposition qui aborde un sujet difficile à  photographier et complexe à  exposer ne se résume pas en quelques vues. Il faut se laisser guider par la scénographie et les partis-pris photographiques qui associent portraits en mots, images et dessins; témoignages écrits, tirages noir et blanc et couleurs, petits et grands formats pour voire apparaître le portrait sensible de ces enfants handicapés hébergés dans un orphelinat et une pouponnière au Kenya et au Mali.

Sujet difficile qui travaille son auteur au delà  de la restitution photographique du type « reportage ». Là  où le « reporter » s’arrêterait (en choisissant de montrer ses « meilleures » photos) commence l’exposition. En fonctionnant comme un exorcisme pour Nejmi, elle devient le moyen de nous restituer sa rencontre avec ces enfants et ces femmes et de poser la question si peu abordée car difficile à  assumer : comment exposer ce à  quoi on a été exposé? Comment restituer par l’esthétique sans esthétiser? Comment faire apparaître au delà  de l’apparence? Des questions qui trouvent avec Malik Nejmi une réponse à  mon sens politique au regard d’autres partis-pris plus spectaculaires et immédiats.

Je me souviens d’une interview de Raymond Depardon dans laquelle il expliquait que la principale difficulté d’un photographe de « terrain » était de trouver la bonne « distance » avec son sujet. Pas trop près afin de ne pas s’aveugler sur le témoignage à  donner et pas trop loin afin de ne pas perdre l’émotion, l’intensité de la rencontre. Ce n’est pas un compliment creux que de dire à  Malik Nejmi qu’il a trouvé la bonne distance.

HISTORY

Mercredi, novembre 5th, 2008

Barack Obama est élu 44eme président des Etats-Unis

CRU & GROTESQUE (before, after)

Mercredi, novembre 5th, 2008


(Thanks to Mario)

&


Iris Kensmil

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