Archive for juin, 2009

WRANGLER PARADIS

Mardi, juin 30th, 2009


Image 1: Publicité Wrangler « We are animals », photographe Ryan McGinley, 2009
Image 2: « La Main », Ronan Barrot, huile sur toile, 195X114, 2006.

La campagne Wrangler « We are animals » signée par le duo fred&farid a été distingué à  Cannes lors du récent festival de la publicité par un Lion d’argent dans la catégorie presse.

L’ensemble des visuels de la campagne sont regroupés sur le site de la MJC.

En novembre 2006, Ryan McGinley (le photographe qui a été choisi par l’agence pour réaliser cette série), exposait à  Paris à  la Galerie du jour. Voici ce qu’il disait pour présenter ses images:

« The photographs that will be exhibited in the galerie du jour agnès b. were taken during the summer of 2005. For two months I traveled around the US in a van with a group of friends, and I photographed them naked every day. Mostly we ran around in the woods and in the desert, went swimming in lakes and oceans, jumped off bridges, and danced in houses and motel rooms. (…) It’s a celebration of freedom from reality, and the beauty of the American landscape provides the backdrop ».

La campagne de publicité s’appuie sur cette expérience vécue par l’artiste (et qui a donné lieu à  une série jouissive, hédoniste) pour lui demander de « rejouer » la scène, mais dans un tout autre contexte de lieu, de temps, d’humeur. La joie fait place à  la peur, les corps libérés aux corps traqués, camouflés, la chaleur au froid. Le renversement glace mais devient aussi le reflet d’une réalité plus agressive, plus « dans l’air du temps ».


Image 1: « Hot springs », 2005, photographe Ryan McGinley
Image 2: Publicité Wrangler « We are animals », 2009, photographe Ryan McGinley

Le rapport au corps et à  notre part d’animalité est un des thèmes majeurs de toute l’histoire de l’art. Depuis l’homme oiseau de la scène du puit dans la grotte de Lascaux (décrite par Georges Bataille) jusqu’à  Joseph Beuys ou plus récemment Oleg Kulik (dont les photos de lui en chien furent censurer à  la FIAC l’année dernière), la bête définit les limites de notre humanité encadré par l’angoisse de la mort et celle de la sexualité.



Image 1: « Unter dem Dornenbusch », photographie extraite de Erinnerungsspur, Dieter Appelt, 1978-1979
Image 2: Site Wrangler Europe, film Why.
Image 3: « Jack golden », 2003, photographe Ryan McGinley

Le choix d’un artiste contemporain et d’une publicité essentiellement visuelle pour accompagner l’illustration de la promesse publiciatire (Wrangler n’est pas le cowboy de Levis, n’est pas le branché de Diesel, mais le cheval, l’animal qui est en vous), n’a pas manqué de soulever des réactions. D’un côté, le discours est jugé trop flou et sans rhétorique publicitaire (il faut regarder le film officiel, »We are animals » sur le site Europe de la marque pour constater tout ce qui sépare un discours classique (une promesse articulée sur une démonstration produit) de l’approche transgressive, voir brutale de fred&farid). De l’autre, le discours est jugé trop limite en se jouant de tabou qui, s’ils peuvent encore s’exposer dans le cadre de l’art contemporain, sont ici jugés comme un pur appel à  nos plus bas instincts (chasseurs, prédateurs, violeurs). La publicité est d’ailleurs interdite dans les pays Anglosaxons.

La campagne « We are animals » « celebrate our worst animal instincts », blog


Image 1: Filmstill de Ganz-Gesicht, 93 x 113 cm, Dieter Appelt, 1982-1983.
Image 2: Publicité Wrangler « We are animals », 2009, photographe Ryan McGinley

La campagne apparait plutôt comme le reflet d’une époque inquiète à  la recherche d’un paradis perdu (ce qu’illustrait parfaitement la série originale de Ryan McGinley, cette communauté de jeunes gens vivant, aimant, dansant nus comme autant d’Adam et Eve) mais chez fred&farid, le paradis ressemble plus à  un monde en train de basculer, la pomme a été croquée et c’est le déluge post-partum qui nous guette, l’époque a accouché d’un monstre. Les corps aimés de McGinley, sous l’oeil cynique et réaliste de fred&farid (qui font ici un remarquable travail de mise en forme d’une époque) ont perdu de leur innocence. La mort, la peur, la convoitise les entourent.

Du fond de son atelier, l’artiste peintre, chaman contemporain entouré de ses gris gris et fétiches, figure encore évocatrice au vu de la photo de l’atelier de Barrot par Denis Rouvre, continue à  remuer nos interdits et se fait l’écho de la campagne avec une proximité stupéfiante. A quand une campagne Wrangler signé Ronan Barrot?


Image 1: Jeep « Indian Chief », WRANGLER.
Image 2: Portrait de Ronan Barrot, photographe Denis Rouvre.

Ronan Barrot, galerie Claude Bernard

King of Pop, RIP.

Dimanche, juin 28th, 2009

IRAN, ANARCHIE

Mardi, juin 23rd, 2009


Photo 1: Extrait du reportage de Guillaume herbaut: « Iran, vie quotidienne », Une jeune femme portant l’uniforme des étudiantes arbore un badge représentant le sigle de l’Anarchie.

Photo 2: Extrait du reportage de Guillaume Herbaut: « Iran, la révolution Twitter ».

Ces deux séries de Guillaume Herbaut sont visibles sur le site de L’Oeil Public, collectif de photographes reporters dont il est un des membres fondateurs.

Image qui illustre le post très bien documenté de Mickaël Guillois sur son blog Marketing client 2.1: « L’Iran de 1979 avait la télévision. Celle de 2009, les réseaux sociaux »


Image 1: Portrait de Neda.
La jeune Neda Agha Soltan, tuée lors des manifestations, est devenue un des symboles de l’opposition iranienne. Source Le Monde, Iran : les femmes en première ligne de la contestation, par Antonin Sabot, 26/06/2009, photo Afp.

Image 2: Shadi Ghadirian, Untitled from the Like Everyday Series, 2000-2001, 183 x 183 cm.
Replacing the expected monotone of the black chador with vibrantly patterned fabrics, each portrait suggests a vivacious individuality and character, belying the limitations of stereotype. Similarly, the mundane objects, when transformed into faces, become highly poised and charismatic caricatures, embodying individual personalities.

Tous ces registres d’images, reportages, amateurs, portable téléphonique, studio photo, artiste dressent la complexité avec laquelle l’image tente de rendre compte d’une situation politique et sociale complexe. Chaque registre tisse avec l’autre des échos et dessine un dialogue signe d’une résistance par l’image à  la volonté du gouvernement en place de masquer les oppositions.