Archive for septembre, 2009

LE REVEIL

Dimanche, septembre 20th, 2009

image 1: Claude Lévêque, « le réveil de la jeunesse empoisonnée », néon, 2009, collection Agnès b.
image 2: « Pour l’éducation, on louvre, on lutte » Institut d’art et d’archéologie, Paris. mars 2009. banderole produite pour les manifestations de contestation de la loi Pécresse. (LRU)

En réponse à  une lettre de Claude Lévêque, reçue le 22 juillet 2009

Une publicité parue dans le quotidien Libération de vendredi dernier (p.9) m’incite à  rendre publique la lettre de Claude Lévêque.
Pour accompagner la nouvelle formule du quotidien, l’artiste (après d’autres figures du monde culturel ou médiatique (au hasard, Jean-Paul Gaultier le 11 septembre ou Fabrice Landrevie, marchand de journaux (Paris, XIV) le 14 septembre) apparait en photographie noir et blanc, de face, tenant le journal ouvert à  la main et le regard dense (yeux mi-clos) fixé sur le photographe (nous). On peut lire en haut à  droite de l’annonce « Claude Lévêque, plasticien » et en bas centré, sur les cuisses de l’artiste « Libération, l’info est un combat ». L’ instrumentalisation à  des fins de promotion de la figure de l’artiste engagé (garantissant en retour l’engagement du quotidien pour le combat à  l’information) relève les ambiguïtés du statut de l’artiste à  l’heure grandissante de la médiatisation de son image comme outil de sa reconnaissance. Sans porter de jugement contre Claude Lévêque, je repose ici la question, que je formulais déjà  en avril 2008: à  quoi l’artiste doit-il se plier pour jouir d’une visibilité médiatique qui garantisse sa consécration artistique?

Image 1: Affiche Pub Mc Donald’s 2003, « Je vous le présenterai chez Mc DO », agence TBWA.
Score Ipsos 48,07, 2eme meilleur score après Nike.(cf.lien: L’indicateur de performance publicitaire retenu, le score Ipsos, conjugue impact et agrément.)

Image 2: « Je suis une merde », Ballon publicitaire Mc Donald, dessin.

Cher Claude Lévêque,

Merci de votre email. J’aurais souhaité que vous puissiez me répondre directement dans les commentaires mais j’ai été obligé de les bloquer pour me protéger des spam.

La référence à  votre oeuvre   »sans titre » dans mon billet C5 & CL (Claude Lévêque), daté d’avril 2008 (j’aurais pu, comme vous le sous entendez  faire allusion à  « mon repos aux Tuileries ») ne joue que comme symptôme: l’art lorsqu’il avance avec un discours « coup-de-poing » se risque à  apparaître trop « explicite » comme le dit très justement Christian Caujolle dans l’article qu’il consacre à  la critique de votre oeuvre le « Grand soir » (libération du 9 juin dernier). « coup-de-poing », « explicite » sont des mots dont se berce la publicité.

Plus les « dispositifs » que vous proposez imposent une lecture, une image monolithique (par leur caractère spectaculaire) plus vous prenez le risque de vous trouver singé par la publicité. Les artistes qui « font la tendance, même à  leur insu » sont à  mon avis des artistes dont les oeuvres sont plus proches du « slogan » que de « l’expérience » seul contre-poids dans la balance de la médiatisation.
Je ne peux que redire ce que je signalais dans le précédent billet: « Aujourd’hui, l’art est confronté lui aussi à  un impératif de « visibilité médiatique », gros garant d’une consécration artistique. Le spectaculaire est un de ces outils que les artistes devraient manipuler avec précaution sous peine de consanguinité avec cette cousine souvent abhorrée, voir à  ce que l’injonction « distinguez-vous » de la publicité C5 ne devienne aussi une injonction pour artiste à  la recherche de la distinction. »

A en juger par la caricature publicitaire du couple de jeunes visitant une exposition placée en introduction de ce billet, je ne pense pas que vous soyez encore dans les petits papiers des directeurs artistiques. La sensibilité de votre œuvre échappe à  la récupération des clichés « grand public » que recherchent comme des pépites les publicitaires. Mais cela peut changer avec le « Grand soir » et la médiatisation qui entoure votre reconnaissance en tant qu’artiste officiel. Vous devenez visible. « Et une fois entré dans la visibilité, notre temps est compté. Soit nous sommes en état de pulvériser son règne à  brève échéance, soit c’est lui qui sans tarder nous écrase »; In « L’insurrection qui vient », Comité invisible, ed. La fabrique, page 103. Ce discours insurrectionnel est difficile à  tenir pour un artiste d’où à  mon sens la réserve critique à  propos du « Grand soir »,  c’est à  couvert que le sens d’une oeuvre se propose, à  l’opposé de la pub donc et de son impératif de visibilité.

Enfin, vous avez parfaitement raison, j’attends avec curiosité de voir une marque signer explicitement une campagne de promotion par un « je suis une merde », mais ne vous trompez pas, il n’y a pas que les artistes pour s’exprimer de manière aussi directe et narcissique, beaucoup de Skyblogs signent de manière provocante leur mal-être adolescent par un « je suis une merde », je préfère le dessin (au propre et au figuré)  de votre très belle œuvre « le réveil de la jeunesse empoisonnée ».

Cordialement
olivier roubert

Ps
publico? publivore? non, attentif à  garder une distance critique face aux images.

(par « dispositifs » j’entends la définition qu’en donne G.Agamben dans « Qu’est-ce qu’un dispositif? » Payot 2007)

LUMIERE (LYNCH)

Vendredi, septembre 18th, 2009


Ombres et lumières, le quotidien s’ouvre à  l’univers inquiétant et fantasmatique des films de David Lynch:
Le soir du vernissage, devant les vitrines des Galeries Lafayettes, un homme en contre-jour fume une cigarette, le portable à  l’oreille.
Le Transilien, la rame vide, roule, lumière quasi éteinte en direction de Saint-Lazare.



Image 1: Vernissage des vitrines de David Lynch, Les Galeries Lafayettes, septembre 2009, Paris.
Image 2: Vitrine « La cuisine », Les Galeries Lafayettes, septembre 2009.
Image 3: Vendeuse à  la sauvette, vitrine de Noël, Les Grands Magasins, décembre 2008.

Après la carte blanche donnée à  quelques institutions artistiques Parisiennes en juillet dernier, les Galeries Lafayettes proposent à  nouveau dans onze de leurs vitrines une rencontre entre l’art et la rue.
Cette fois-ci, c’est à  David Lynch, une personnalité artistique reconnue et médiatique, que l’invitation est donnée. Comme le dit non sans ironie Véronique Morelle dans son article du Monde « David Lynch, ou l’art en lèche-vitrine » daté du 9 septembre dernier, « avec David Lynch, les Galeries Lafayette s’inventent galerie… d’art. »

Outre la difficulté de transformer en espace d’exposition d’œuvres d’art un espace avant-tout décoratif (la vitrine, cf le billet « Carte blanche »), les propositions plastiques de David Lynch ressemblent plus à  des maquettes de décors pour des pièces de théâtre ou des opéras que d’œuvres à  proprement parler. On y retrouve son univers mis en scène, dont le vocabulaire (l’étrangeté, le monstrueux, l’inquiétant) se rapproche des thèmes propres aux surréalistes. Le titre de la manifestation vient renforcer ce sentiment: « Machines, Abstraction et Femmes », des machines célibataires de Duchamp à  la place accordée au désir et à  la femme dans les thématiques du mouvement.

Les images, le bricolage inquiétant et les mouvements d’automates qui animent les réalisations de Lynch arrêtent l’attention. Cela pourrait-être des vitrines de Noël grinçantes et très réussies!
Une vue exhaustive des différentes propositions est visible sur le site journal des vitrines.




Mais David Lynch, dont l’ambition avec cette exposition est de sortir des sentiers battus (« Je n’ai pas voulu entrer dans une catégorie bien rassurante. Au contraire, j’ai tenté de prouver comment l’art a besoin de s’extirper de toute frontière », Lynch cité par Buzz2luxe) se retrouve tout de même confronté à  l’espace de la rue. Et la « catégorie » qu’il a jugé la plus appropriée pour regarder ses vitrines in fine est bien celle du musée, Lynch ayant demandé aux Galeries Lafayettes de libérer les trottoirs des camelots habituellement présents aux abords des vitrines vraisemblablement pour éviter la confrontation avec les marchands du temple!. Un « nettoyage » en contradiction avec son attention pour « la figure anonyme », l’homme de la rue. En témoigne son nouveau projet « The interview project« : Un « road trip » de 70 jours au travers des États-Unis à  la rencontre des « gens », croisés aux abords des routes, dans les cafés… Lynch dans sa présentation du projet qualifie leur histoire de « fascinante », et de conclure: « C’est une chance de rencontrer ces personnes, vous ne pourrez pas rester indifférent ». Ici, l’espace public est l’espace qui rend possible ces rencontres, loin de la privatisation des trottoirs des Galeries au service de son univers intime. Deux faces opposées du même artiste.



Il semble pourtant que l’espace de la collectivité comme lieu ouvert et non sectaire fascine les artistes, on en a encore eu un exemple récemment avec la pièce de Philippe Parreno qui introduisait sa rétrospective à  Beaubourg « Marquee », 2009. Une enseigne lumineuse composée ici de centaine d’ampoules (Parreno en avait présenté de plus modeste en 2008 à  la galerie Air de Paris) du type de celles qui surplombent les cinémas ou les clubs aux Etats-Unis. Invitation au spectacle, introduction à  une « esthétique relationnelle » dont Parreno reste un des représentants, on retrouve ici une des tendances de l’art contemporain, « démocratiser » l’art par des clins d’œil à  la culture populaire au sein des musées ou des galeries. Cette attitude justifie par effet de miroir l’exposition de Lynch comme le souligne Véronique Morelle dans la suite de son article: « Mêler nourritures pour le corps et l’esprit n’a jamais été autant à  la mode. Expositions photo, éditions d’art, soutien aux jeunes créateurs… pas un magasin branché, aujourd’hui, qui ne se targue d’être culturellement à  la pointe. « Beaucoup de gens n’osent pas pousser les portes des galeries d’art, trop élitistes, souligne un galeriste. Il y a là  une opportunité pour les commerçants de gagner une image flatteuse. » L’affaire ne date pas d’hier. Dans les années 1960, Andy Warhol avait investi les vitrines de Tiffany à  New York. Il prédisait que les magasins deviendraient des musées, et les musées des magasins. » Est-ce que nous y sommes?


Image 1: Philippe Parreno, Marquee, 2009.Plexiglas, cadre aluminium, tubes néon, ampoules.
Image 2: Paul Nougé, La Jongleuse, de la série « Subversion des images », 1929-1930

Actuellement,
Vitrines « Machines, Abstraction et Femmes », et exposition “I see myself”, aux Galeries Lafayette Haussmann, Paris 9e. Du 8 septembre au 3 octobre
« La subversion des images« , Surréalisme, photographie, film au Centre Georges Pompidou, jusqu’au 11 janvier.

CRU / VIVEZ LIBRE (Non, ma fille, tu n’iras pas danser)

Mardi, septembre 15th, 2009

C’est ma rentrée, Liberation du 29 août 2009, pages 6,7 « Instantané ».
Lien Flickr

Lien Flikr affiche politique 2007, In situ.