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LA BEAUTE EN CONSERVE

Lundi, novembre 8th, 2010


Image 1: Publicité Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Andy Warhol,  » Campbell’s Soup I »,  1968 et Piero Manzoni, « Merda d’artista », 1961.

Le Centre Pompidou est en toile de fond de la nouvelle campagne Monoprix. Pied de nez aux « marchandises culturelles » ? Dénonciation  du rôle « d’agent conservateur » de ces grosses institutions?  Ou plus probable, le supermarché urbain et tendance se paye une légitimité artistique en élevant sa nouvelle ligne graphique au rang des Beaux-Arts. Ses consommateurs érudits s’y retrouveront, ce sont eux qui ont les cartes laissez-passer et fidélité Beaubourg et Monop.

Le clin d’œil à la « soupe à la tomate » de Warhol est drôle, mais pourquoi donc aller jusqu’à décider dans les publicités qui accompagnent le lancement des nouveaux produits de ce qui est beau ou pas? N’est-ce pas une notion compliquée et ambigüe à définir  lorsqu’on aborde le champs des « Beaux-arts »? Les « merde d’artiste » de Manzoni ne risquent-elles pas de passer à la trappe dans la sélection du bon ou du mauvais goût selon Monoprix? Dans ce cas ce serait une amère défaite pour Manzoni et une victoire pour les conserves, lui qui avait décidé de réaliser cette série d’œuvres en réponse à son père, propriétaire d’une usine de conserves justement et qui l’accusait de faire de la merde.



Image 1: extraits des publicités Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Jean-Luc Moulène.  Produits : « Munitions, 18 février 1991″,  1991. Affiche sérigraphié, 300 x 400 cm. Frac Bourgogne.

A « voir »  le discours de Monoprix, on pense à cette œuvre extraite de la série des Produits de Moulène, réalisée au format publicitaire 4X3 m, et bien nommée « Munitions ».


Image 1: Sur-couverture Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Michel de Certeau  L’invention du quotidien – Arts de faire, Gallimard, 1980

Monoprix proclame en couverture publicitaire de Libé: « NON AU QUOTIDIEN QUOTIDIEN » qui dans une parfaite tautologie propose de réenchanter le quotidien par ses nouveaux packagings colorés. Mais ce que l’on souhaite demander aux deux protagonistes concernés, les publicitaires et les journalistes (Laurent Joffrin essaye bien de se justifier sur la page de une en trouvant dans le slogan un clin d’œil bienvenue au journal Quotidien) c’est bien, en reprenant Michel de Certeau, qu’est-ce que le lecteur du journal peut « fabriquer » avec ces jeux de mots philosophico-esthétique et ces associations ambigues  entre consommation et information? Lui qui a payé son journal serait en droit d’attendre un élément de réponse: qui parle sur la couverture, son journal ou son supermarché?

C’est peut-être « l’inconscient » du journal qui la trouve cette réponse sur la « fausse » couverture qui une fois repliée ne laisse du message publicitaire qu’un « collage » graphique très réussi, cadavre-exquis:

NON / LIBERATION / Remaniement / Vous avez dit bazar?