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La joconde de passage

Mardi, septembre 6th, 2011

Image: Montage, jeune femme, bus Montréal, aout 2011 et La Joconde.


Le grand Chris Marker est l’invité de marque des Rencontres d’Arles cette année (un festival à nouveau « tendance » si l’on en croit la couverture médiatique). Avec plus de 300 images (photos et vidéos), l’artiste, cinéaste, écrivain…, aujourd’hui âgé de 90 ans! sera au « coeur des rencontres« .

Dans une de ses séries récentes exposées pour la première fois, Marker nous fait la démonstration de son empathie pour les figures anonymes, les « Passagers » du quotidien.

Afin de leur donner toute la place qu’il leur accorde dans son panthéon de la beauté, il ajoute pour quatre d’entre elles des figures « sœurs » héritées de la Grande histoire de l’art… Vinci, Ingres, Delacroix, Edward Burne-Jones… Comme il est dit sur le blog qui lui est consacré (« Notes from the Era of Imperfect Memory« ) « ce n’est plus la peine d’aller au Musée d’Orsay, puisque c’est le Musée qui vient à nous »…





Image 1: vue de l’exposition en Arles
Image 2 et 3: « Passengers », Chris Marker. (Delacroix et Vinci)

Un montage dont le Greffon aurait pu jalouser la paternité dont acte avec cette proposition estivale: Le Greffon fait son Marker… et s’invite virtuellement dans l’exposition de Arles!




Image: La Passagère, Montréal aout 2011

De fait, il n’est pas si difficile pour un œil « cultivé » et à la mémoire visuelle entraînée de recoller les morceaux du trivial d’avec les formes consacrées. C’est un jeu d’association plus proche du marabout de ficelle que de la lecture critique et il n’est pas étonnant que la proposition de Marker ne soulève pas l’enthousiasme. André Gunthert l’exprime très clairement sur le blog du Totem en affirmant: « Toujours fascinantes, ces comparaisons sont interprétées sur un mode historique, où le regard est supposé “retrouver” la culture savante dans les formes plus récentes. » Ce serait au mieux un jeu avec la « mémoire collective » auquel Marker nous inviterait à jouer mais les référents restent assez pompeux pour à travers cet éloge ne pas cacher un jeu plus trivial: Marker prend simplement plaisir à photographier ces jeunes filles (leurs nombres dans l’exposition est là pour en témoigner) et ces collages tiennent plus de la justification à posteriori d’un regard chapardeur et un peu nostalgique posé sur leur jeunesse.

Je ne serais pas le premier à lui jeter la pierre, les transports en commun sont de fait un lieu magnifique de rencontre de « passage » avec ces attitudes d’abandon, ces « poses » associées à une légère mise en scène de soi. Ce sont souvent des détails qui retiennent notre attention et qui dessinent une silhouette.
Finalement, les collages de Marker viennent opposer à la beauté de ces « personnes » singulières qu’ils sont sensés magnifier leur autorité de « chef d’œuvre »,

Afin de continuer ma démonstration par l’image, et après « La Joconde » de Montréal, voici donc quelques photographies de vacances prisent dans le métro New-yorkais. Elles résonnent comme les aveux d’un regard « amateur »! A retrouver sur le Graft dans « La Joconde retrouvée« .