Categorie / COMPTE RENDU

CORRESPONDANCES

Vendredi, novembre 4th, 2011

 

 

La FIAC achevée, une série de billets sur le Graft font un point d’actualité sur les rapports entre arts mineurs, publics et arts majeurs, contemporains.

NO REMORSE, NO REGRET (OBEY)

« Obéis ou disparais ». La petite boutique de Shepard Fairey.

VAVANGUER (Domaine public)

Sculpture et espace public, « corps étendu », matelas, Moore, Moulène.

CRU / STRIP (RICHTER)

Correspondance

MISE EN ABIME (Lindsay Lohan)

Jusqu’où l’art contemporain peut-il s’approcher de l’image des stars sans se brûler les ailes?

NAUGHTY PICASSO (« L’Etreinte », 1969)

Picasso est-il un pornographe? (et la FIAC 2010 son lupanar)

VARIANTE VEILHAN 

Sur les rapports entre le Ministère de tutelle et les artistes labellisés « made in France ». (acte manqué)

La joconde de passage

Mardi, septembre 6th, 2011

Image: Montage, jeune femme, bus Montréal, aout 2011 et La Joconde.


Le grand Chris Marker est l’invité de marque des Rencontres d’Arles cette année (un festival à nouveau « tendance » si l’on en croit la couverture médiatique). Avec plus de 300 images (photos et vidéos), l’artiste, cinéaste, écrivain…, aujourd’hui âgé de 90 ans! sera au « coeur des rencontres« .

Dans une de ses séries récentes exposées pour la première fois, Marker nous fait la démonstration de son empathie pour les figures anonymes, les « Passagers » du quotidien.

Afin de leur donner toute la place qu’il leur accorde dans son panthéon de la beauté, il ajoute pour quatre d’entre elles des figures « sœurs » héritées de la Grande histoire de l’art… Vinci, Ingres, Delacroix, Edward Burne-Jones… Comme il est dit sur le blog qui lui est consacré (« Notes from the Era of Imperfect Memory« ) « ce n’est plus la peine d’aller au Musée d’Orsay, puisque c’est le Musée qui vient à nous »…





Image 1: vue de l’exposition en Arles
Image 2 et 3: « Passengers », Chris Marker. (Delacroix et Vinci)

Un montage dont le Greffon aurait pu jalouser la paternité dont acte avec cette proposition estivale: Le Greffon fait son Marker… et s’invite virtuellement dans l’exposition de Arles!




Image: La Passagère, Montréal aout 2011

De fait, il n’est pas si difficile pour un œil « cultivé » et à la mémoire visuelle entraînée de recoller les morceaux du trivial d’avec les formes consacrées. C’est un jeu d’association plus proche du marabout de ficelle que de la lecture critique et il n’est pas étonnant que la proposition de Marker ne soulève pas l’enthousiasme. André Gunthert l’exprime très clairement sur le blog du Totem en affirmant: « Toujours fascinantes, ces comparaisons sont interprétées sur un mode historique, où le regard est supposé “retrouver” la culture savante dans les formes plus récentes. » Ce serait au mieux un jeu avec la « mémoire collective » auquel Marker nous inviterait à jouer mais les référents restent assez pompeux pour à travers cet éloge ne pas cacher un jeu plus trivial: Marker prend simplement plaisir à photographier ces jeunes filles (leurs nombres dans l’exposition est là pour en témoigner) et ces collages tiennent plus de la justification à posteriori d’un regard chapardeur et un peu nostalgique posé sur leur jeunesse.

Je ne serais pas le premier à lui jeter la pierre, les transports en commun sont de fait un lieu magnifique de rencontre de « passage » avec ces attitudes d’abandon, ces « poses » associées à une légère mise en scène de soi. Ce sont souvent des détails qui retiennent notre attention et qui dessinent une silhouette.
Finalement, les collages de Marker viennent opposer à la beauté de ces « personnes » singulières qu’ils sont sensés magnifier leur autorité de « chef d’œuvre »,

Afin de continuer ma démonstration par l’image, et après « La Joconde » de Montréal, voici donc quelques photographies de vacances prisent dans le métro New-yorkais. Elles résonnent comme les aveux d’un regard « amateur »! A retrouver sur le Graft dans « La Joconde retrouvée« .


GAGA CANNIBALE (la vérité nue)

Mercredi, mars 23rd, 2011




Image 1: « The Naked Truth », Lady Gaga, Vogue Japon, sept 2010
Image 2: « Nature morte au carré de viande », Jean-Siméon Chardin, 1730. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

En septembre dernier, alors que se diffusait abondamment sur le net les photos de Lady Gaga revêtue de sa robe de viande, je m’étais retenu de signaler la correspondance entre la robe de Gaga et l’œuvre de Jana Sterbak. Quoique l’effet prédateur de la star sur l’artiste (dont la robe de viande date de 1987) ne fait aucun doute, les emprunts entre art plastique et mass média deviennent si courants que simplement les montrer du doigt revient à « hurler avec les loups ».

Aujourd’hui, avec l’exposition « Tous cannibales » qui se tient à la Maison Rouge à Paris et qui présente justement la robe de Sterback, c’est avec un autre éclairage que je sohaite revenir sur cette correspondance, et mettre Gaga à nue: Une superbe Vanité, miroir narcissique de notre contemporain.





Image 1: « Lady Gaga s’est transformée en Lady Cracra dimanche dernier aux MTV Vidéo Music Awards… » Be
Image 2: « Vanitas: robe de chair pour albinos anorexique », Sterbak, 1987.
Image 3: « Le supplice de Marsyas » Le Titien, 1575-76. Musée national de Kromeriz, République Tchèque.

En septembre 1992, la galerie Nationale du Jeu de Paume alors consacrée aux expositions d’art contemporain présentait en France pour la première fois un ensemble d’œuvres de Jana Sterbak (parmi d’autres artistes, dont deux femmes Nan Goldin et Kiki Smith, mais aussi Mike Kelly et Tunga). Le lien entre les artistes, rassemblés sous le titre générique Désordres, reposait sur des travaux orientés autour du corps et ses frontières (sociales, morales, sexuelles). L’exposition bien nommée avait suscité quelques remous en particulier du fait de cette robe de viande. Que cette « œuvre » composée d’une matière organique  si proche de l’ homme soit soumise à devenir un déchet dans l’espace blanc immaculé du musée était apparue comme une vraie provocation. L’ironie grincante de son titre « Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique », marquait les limites d’une société devenue hygiéniste qui préfère détourner les yeux de sa face carnassière et reléguer « extra muros » les abattoirs qui la nourrissent et lui rappellent de façon trop évidente son goût pour le sang.

Il faut relire Georges Bataille et son article « Abattoir » (Dictionnaire critique, paru dans la revue Documents en 1929) et qui commence par ces mots: « L’ abattoir relève de la religion en ce sens que des temples des époques reculées (sans parler de nos jours de ceux des hindous) étaient à double usage, servant en même temps aux implorations et aux tueries ».

On voit bien là tout ce qui atteste d’un jugement hâtif  dans les correspondances relevées entre l’artiste et la star. Car c’est plutôt ce qui les sépare qui ressort d’une attention plus précise aux intentions respectives de Sterbak et de Gaga. L’artiste chassait toute tentative d’associer robe, mode, beauté et glamour. ce dont précisément se sert Lady Gaga pour briller.

Pourquoi m’arraches-tu à moi-même?

Le mythe de Marsyas rapporte l’histoire de ce dieu qui hérite du don de jouer de la flute à deux tuyaux et qui ose, par orgueil relever le défi que lui lance Apollon jaloux. Il finira par perdre la compétition et sera supplicié par Apollon qui tête en bas lui arrachera sa peau. Marsyas aura ces paroles: Pourquoi m’arraches-tu à moi-même?

Que signifie aujourd’hui, pour ses artistes de variété qui défient la notoriété à coup de sur-exposition égotique « être soi-même »?  Jusqu’où leur intégrité, marquée en dernière limite par cette frontière charnelle est-elle encore effective?


Image 1: La « Venerina », mannequin anatomique de cire, par Clemente Susini (1754-1814). Collections Palazzo Poggi. Lien Picasa
Image 2: « Lady Gaga bien en chair (…) » Libération, 15 septembre 2010.

Cette mise à nue ambiguë des Stars (« je m’expose, tu me dévoiles ») et qu’illustre parfaitement le choix de la photo de Libération accompagnée de sa légende, brouille donc les limites entre intégrité et intimité, entre réalisme et fiction.

Comme dans ces mannequins de cire de Clemente Susini, la télé réalité et aujourd’hui internet dissèquent avec une  opiniâtreté chirurgicale les moindre faits et gestes de leurs idoles avec cette intention à peine voilée de mettre à nue l’objet de leur désir. Un désir dont Lady Gaga est, ces dernières années,  l’illustration la plus spectaculaire. (Elle est « suivie » par plus de 8 millions de followers sur Twitter, et elle est la première artiste à avoir franchi la barre des 1 miliards de vue sur Youtube…)



Image 1: Jacques-André Boiffard,  Bouche , photographie illustrant l’article « Bouche » du Dictionnaire Critique de G.Bataille, Documents N°5, 1929.
Image 2:: « Autoportrait », Victor Brauner, 1931 – Centre Pompidou.

Lady Gaga avance en équilibre sur la frontière entre le « bon » et le « mauvais » goût, à la limite de la trangression (au delà avec cette robe de viande). Elle cherche à incarner un espace de fantaisie et de provocation qui la rend désirable.

Ici, il est difficlie de ne pas penser au regard que les Surréalistes ont posé à travers l’objectif de l’appareil photographique. La section consacrée à l’ « Anatomie de l’image » dans la magnifique exposition La subversion des images du Centre Pompidou l’année dernière le disait explicitement: « la photographie est là pour témoigner du corps, de son animalité, de son étrangeté, de sa folie, de sa « beauté convulsive » » (suite). Les Surréalistes ont cherché à libérer le pouvoir de l’œil, imposer la déchirure du regard entre attirance et répulsion, dégoût et fascination, quotidien et merveilleux. En 1993, dans la préface à la réédition du Dictionnaire Critique de Georges Bataille, Bernard Noel écrivait: « Bataille s’aventure à penser ce que la révolte elle-même n’avait su exprimer qu’en la poétisant donc en la couvrant, et qui est la présence irréductible en nous de la vie organique en dépit de toutes les redingotes. »

C’est aussi cela la fascination pour cette robe, la redingote de chair dit la présence irréductible en nous de la vie organique.



Image 1: capture d’écran, Lady Gaga, « The Naked Truth ».
Image 2: Juan Valverde de Amusco, « Anatomia Del Corpo Humano », 1560.


Image 1: Eli Lotar, Aux abattoirs de la Villette, Article « Abattoir », Documents, 1929, n°6
image 2: Lady Gaga attaque Baby Gaga, la glace au lait maternel. Lien Popopotins

Si cette présence de la vie organique, peut nous dégouter au point d’ « être mis en quarantaine », pour paraphraser l’article « Abattoir » cité précédemment de Georges Bataille, c’est qu’elle ose prendre d’assaut « la figure humaine ». En témoigne la photographie de Eli Lotar prise aux abattoirs de La Villette et qui illustre l’article de Bataille. Georges Didi-Huberman dans son livre « La ressemblance informe » fait une description minutieuse et éclairante de ce  » « résidu suprême », le tas informe de ce qui fut animé, puis sacrifié, (…)  la certitude que la « masse sanglante » d’un homme écrasé n’est probablement pas plus « noble » qu’une « chose sanglante » traînant sur le sol d’un abattoir » p.162.

Mais cette même vie organique continue aussi de nous fasciner, de nous attirer, car elle réveille en nous un appétit « cannibal » pour l’autre , un désir de possession, le même que celui qui attire le bébé vers le sein de sa mère. Le lait maternel, source de vie « humaine » et qu’illustre la  Madone se découvrant pour se donner à la « dévoration » du nouveau né. C’est un des concepts majeurs travaillé et mis remarquablement en « scène » par Jeanette Zwingenberger dans l’exposition de la Maison Rouge.

Aussi, ne faut-il pas s’étonner de retrouver ce mariage anthropophage entre vie organique, masse informe, désir régressif, dégustation sucrée, et Lady Gaga dans le rôle de la Madone…  comme recette du succés pour vendre une glace au lait maternel. L’opportunisme du glacier à baptiser sa glace Baby Gaga n’a pas d’autres ambitions, à mon goût, que de nous faire partager la chair et le lait de la Star, icône religieuse profane.



Image 1: Justin Bieber’s Hair Sells for $40,668
Image 2: Reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne.

C’est la même fascination pour le corps « sanctifié » et ses reliquats qui justifie les reliquaires profanes ou religieux et la dévotion qui les entourent, dévotion que l’on retrouve intact aujourd’hui lorsque Justin Bieber met aux enchères sur ebay une mèche de ses cheveux, vendu  prés de 99 000 euros. Et pour lui donner cette caution casi de sainteté, l’argent va à une « noble cause ».



Image 1: Kali, Masque. exposition « Tous cannibales », Maison Rouge.
Image 2: Nicola Formichetti, image trouvée, Google image, droit DR

Avec la démocratisation à outrance du « tous photographes » encouragée par les facilités techniques, et son corollaire la disparition de la figure de l’artiste, génie créateur en marge de la société, l’acte créatif s’est trouvé requalifié. D’abord par les artistes eux-mêmes depuis le geste augural des ready-made de Duchamp, ensuite par le discrédit que ce geste a pu susciter dans le grand public. Aujourd’hui, la fracture est consommée et l’art contemporain peine à affirmer sa légitimité critique alors même que l’image devient omniprésente. Le grand public se tourne vers des figures médiatiques plus accessibles et séduisantes, sans toujours considérer que l’image qui les séduit est le double d’une image issu de l’univers d’un artiste.

Ainsi de Lady Gaga qui dessine ses apparitions et ses délires créatifs avec un professionnel de la mode et de l’art, Nicola Formichetti. Tombé dans un « bouillon de culture » dès son enfance, grandissant entre Tokyo et Rome, ce créateur hyper actif sait parfaitement capter l’air du temps qu’il conjuge à une culture cosmopolite et artistique décomplexée. Il recycle, déplace, assemble la haute et la basse culture, marie les chef d’oeuvres avec les stars à paillettes. Sa personnalité dévoreuse me le fait ici comparer à la déesse Kali telle qu’elle est présenté par ce masque à la langue pendante dans l’exposition « Tous cannibales ».



Image 1: Lady Gaga aux MTV Vidéo Music Awards, septembre 2010.
Image 2: Victor Brauner, Conciliation extrême, 1941. Présenté en inroduction de la première salle dans l’exposition « Tous cannibales » à la Maison Rouge.

Lady Gaga a compris que les images ont un pouvoir (séduction ou provocation) et elle a chargé son pygmalion (qui connait leur enjeux et leur hisoire) de lui façonner son image.

Ainsi offerte à l’adoration des masses, elle peut en retour les soumettre à la dépendance de son image. Pour preuve, sur le blog Gagadaily elle vient  d’annoncer que sa page Facebook dépassait dorénavant les… 300 millions de fans et le journal Libération en date du  18 mars, relève que sur son nom elle vient de faire acheter à ses fans pour 250 milliers de dollards, soit 178 000 euros,  de bracelets Lady Gaga en silicone afin d’ aider les victimes des catastrophes au Japon, « sans plus de détails sur la répartition de la somme ».

Alors est-ce Lady Gaga qui s’ offre en partage au monde ou bien elle qui le cannibalise? est-elle sujet à la consommation ou objet de consommation? Dans un article paru l’année dernière dans les Inrockuptibles, Lady Gaga affirmait: « Un jour, tu ne pourras plus entrer dans une supérette sans entendre parler de moi. »

Dans un temple de la consommation, ce sont les vœux crue d’une madone contemporaine.



image 1: page Google images, tag: lady-gaga-viande-vogue
image 2: perspective sur la première salle de l’exposition « Tous cannibales » avec au fond la robe de Jana Sterbak et au premier plan le tableau de V.Brauner, Conciliation extrême.


ORDRE et FOULARD

Mercredi, février 2nd, 2011


Image 1: « Affrontements vendredi dans une avenue de Tunis, quelques heures avant la fuite du président Ben Ali. » photo Fethi Belaïd. Le Monde 16-17 janvier 2011.
Image 2: BUREN, HAUTE COUTURE « A partir de ce qu’il appelle ses « photos-souvenirs », Daniel Buren a réalisé 365 carrés de soie Hermès, tous uniques, telles des oeuvres d’art-à-porter ». Beaux-Arts Magazines, octobre 2010.


Vendu 5000 euros l’unité, Buren réaffirme avec ces foulards, l’autoritarisme désinvolte et sectaire de son « outil visuel » (d’une largeur de « plus ou moins » 8,7 cm…). En associant une image sans qualité (Buren posséde sa propre banque d’images de clichés, poncifs, souvenirs) et un cadre passe-partout (c’est le nom que lui donne Buren) doté de sa « marque », l’artiste revendique non sans cynisme l’objet de luxe « en tant qu’art ».

Pour juger de la pseudo neutralité de son « outil », il faut relire le chapitre (cf. extrait ci-dessous) que Guillaume Désanges consacre à la verticalité dans son livre « Théorie de l’art moderne / Théorème de l’art maudit ». Il y déconstruit la tentative de rationalisation du monde qu’impose la ligne verticale de Buren.
Placée en introduction du billet, la photographie des affrontements entre le peuple et les forces de l’ordre à Tunis vient, comme en écho au texte de Désanges, démontrer  symboliquement avec cette casemate couchée sur le côté au motif évocateur, que le renversement d’une dictature est bien le renversement d’un signe dont Buren ou le pouvoir de Ben Ali ont fait un principe de « droiture et d’autorité organisationnelle ».

Vérification et validation de la bande étalon. (photo extraite d’un diaporama présentant la confection des foulards sur le site institutionnelle d’Hermès. droit DR)


VERTICALE

De fait, on note une prédominance immédiate de la verticalité. Idéal archaïque d’une élévation physique mais aussi spirituelle de l’homme. Symbole d’ascension et de progrès, d’absolu, d’arrachement à la pesanteur animale, la verticale représente force et dignité. (…)

Ainsi que, bien sûr, domination. De l’homme sur la nature… et sur les autres. (…) Car il n’y a pas de neutralité au royaume des signes. Et la partition verticale de Buren, inlassablement rejouée, opère elle aussi comme un indice potentiel d’ambition et de domination. Comme une règle à apprendre et à reproduire. En même temps qu’une règle brandie, menaçante. Signe de droiture et d’autorité organisationnelle.


Extraits de « Théorie de l’art moderne / Théorème de l’art maudit » Guillaume Désanges. édition MAC/VAL 2010.




Image 1: « Photos-Souvenirs au Carré Daniel Buren ». Edition Hermès. Chaque Carré est  vendu dans un coffret accompagné du livre.
image 2: « Barrage filtrant organisé par des salariés en grève, mercredi, sur une avenue de Toulouse ». photo: Xavier de Fenoyl. La Croix, 22 octobre 2010

Buren dénomme « photos-souvenirs » son album de famille. L’artiste ne revendique aucune dimension artistique dans ces quelques 400 000 clichés. De ce corpus, Hermès et Buren ont extrait 22 images qui, non sans ironie, sont élevées au rang d’objet de luxe. Elles composent les motifs des foulards, le cadre déclinant dans différents coloris les bandes logotypées D.B.

En vis-à-vis, une autre photo « souvenir », prise dans l’actualité des manifestations d’octobre dernier en France contre la réforme des retraites, autre verticalité déjouée, autre « carré », celui-ci emblématique du monde du travail: la palette.




Daniel Buren – Photos-Souvenirs au Carré from kamel mennour on Vimeo.

Image 1 et vidéo : « Daniel Buren – Photos-Souvenirs au Carré » vidéo de Kamel Mennour à l’occasion de l’exposition à la Monnaie de Paris.Viméo.
Image 2 : « Tunisians climb government buildings outside Prime Minister Mohamed Ghannouchi’s offices in Government Square in Tunis January 25, 2011. »  (Christopher Furlong/Getty Images) The Big Picture.


Pour conclure, la devise de la maison Hermès: « Tout change, rien ne change », pourrait tout aussi bien convenir au travail de Daniel Buren dont l’hégémonie sur le paysage culturel français (sans remettre en question les positions critiques essentielles de travaux plus anciens, période BMPT )  s’apparente aux règnes monarchiques de ces potentats du monde Arabe qui aujourd’hui vacillent. Enfermé dans une logique de pouvoir, et d’argent, (il est à cet égard symptomatique que l’exposition des foulards de Buren se soit déroulé la Monnaie de Paris!) les uns et les autres, pouvoir autocratique et pouvoir culturel institutionnel, restent aveugles aux volontés de changement. Droit dans leurs bottes. Vertigineux.


NI NI

Mercredi, octobre 6th, 2010


image 1: « DIEU MAÎTRE « , avenue de Flandres, Paris 19. Sept 2010.
image 2: « L’imagination au pouvoir » de Walter Lewino, photographies Jo Schnapp, Eric Losfeld éditeur, Le Terrain Vague, 1968. cité dans l’article RES(V)OLUTIONS. Une sélection régulière des pointes séches de Walter Lewino figuraient dans la nouvelle formule du Tigre.


extrait du site Le Tigre (La bête):

Pourquoi ?  Parce que.

Mis en ligne le mardi 28 septembre 2010.

Le numéro 13 du Tigre, numéro spécial intitulé « Pourquoi faire un journal », a suscité de très nombreuses réactions.

On a pu lire, ici ou là, que Le Tigre venait de sortir son dernier numéro. Les lecteurs attentifs auront cependant noté que rien, dans le texte publié, ne concluait à cette fin définitive. Rien non plus, il est vrai, ne démontrait un avenir rieur.

Sans plus attendre, il convient de dire qu’une décision a été prise : Le Tigre va continuer son aventure.

Pourquoi ? Parce que.

Le reste (quand, quoi, où, comment), nous sommes en train d’y travailler.

À bientôt,

R.M., 28 septembre 2010.




Bruce Nauman, « Walking in an Exaggerated Manner around the Perimeter of a Square » (1967-68)

Alors, pourquoi le TIgre doit-il continuer? Parce que.

Parce que est une très bonne réponse et suffisante. Je pourrais devenir bavard et dire parce que DIEU est MAÎTRE et que le caviardage des NI NI laisse sur le mur comme l’ombre de deux pavés réactionnaires.

Le dernier numéro en date (le numéro 13) du Tigre est encore disponible en kiosque et en librairie. Raphaël Meltz y revient longuement sur l’histoire de la revue et sur les motivations qui ont sous-tendu sa rédaction et sa publication, parfois dans un difficile numéro d’équilibriste. Amer mais pas aigri, en colère parfois contre son lecteur, Meltz s’en prend à l’apathie générale d’une « génération résignée » (le socio-type valise  des « gazettes sans esprits ») et en appel, en citant Michel Butel,  à l’insoumission. NI DIEU NI MAÎTRE, Raphaël Meltz.