Categorie / CRITIQUE

futur contemporain

Mercredi, octobre 1st, 2014

Un dernier greffon pour la route. Vous pouvez me retrouver dans les pages « Décryptages » de Polka magazine pour un démontage iconographique en 4 étapes d’une publicité actuelle. Et plus d’info sur mes activités sur le site du collectif Theory of fictions. www.theory-of-fictions.com

Sinon, la vie continue sur les tumblr:
le quotidien
legreffon.tumblr.com
le diary en image
legreffon picture diary
l’atlas des rejets
legraft.tumblr.com

Dans le numéro 27 de la revue Polka, j’analyse la publicité Guinness de la série « Made of More » dont les « héros » sont des Sapeurs (les membres de la S.A.P.E) du Congo-Brazzaville. Aujourd’hui, c’est le titre « Black skinhead » de Kanye West, extrait de son dernier album Yeezus qui est « blackisé » pour les bons soins d’un spot #madeofblack, toujours pour Guinness. La publicité, pur produit de la culture MTV (donc très belle réalisation), montre des artistes Africains « qui n’ont pas peur de s’exprimer vraiment » dixit le dossier de presse. Il suffit de comparer la première prestation public de West pour le titre sur SNL en mai 2013 et son reload clipé d’aout dernier pour savoir qui s’exprime « vraiment »… Non, l’Afrique est « NOT FOR SALE ». Pur Greffon. A bientot

ORIGINAL / COPY









La Marianne du président

Jeudi, juillet 18th, 2013



Image 1: Inna Shevchenko, fondatrice des Femen et le nouveau timbre Marianne
Image 2: « Paulette » Wolinski, Georges Pichard, ed. du Square, 1981


Un nouveau timbre-poste à l’effigie de Marianne tente de rafraichir l’image du président Hollande.

En annoncant le 14 juillet dans les salons de L’Elysée (lire ici l’article du Figaro) le lancement de ce nouveau timbre « Marianne et la jeunesse » (Le jeune: « Un timbre c’est quoi?… un courrier? du papier? hein?…il faut coller sa salive dessus…), le président a choisi d’adresser un « message fort » aux jeunes français: «la jeunesse est la priorité de mon mandat et ce timbre en est l’illustration» … Conséquence:

On vit une époque formidable.
Les deux vainqueurs du concours (?) organisé par la Poste pour réaliser cette nouvelle Marianne sont généralement présentés dans la presse comme des « artistes ». Il faudrait s’entendre sur le sens de ce mot. En tout cas il me semble que ce sont ceux (fous, marginaux, perruquiers…) qui le revendiquent le moins qui sont en définitive « bon qu’à ça » (suivant le fameux mot de Beckett). Tout ceux qui en font état de manière ostentatoire s’en servent avant tout pour légitimer à coup de projecteur médiatique leur bataille narcissique dont le but semble-être de faire déborder un peu plus la poubelle visuelle… (soit dans le cas qui nous intéresse: un « scénariste-réalisateur » encore débutant et un illustrateur surtout connu pour ses plagiats de héros Disney en Chippendales sur sa page Deviantart. Je n’aurais pas chargé autant la barque de ces deux personnes si elles n’étaient pas aussi exposées médiatiquement mais j’aimerais simplement comprendre pourquoi la presse de façon quasi-unanime les présente sous cette dénomination « artiste » devenue le passe-partout de notre époque. « Créatif » comme dans la publicité serait plus juste et légitime, plus en accord avec les ambitions de communication de ces créateurs).

Afin de parachever leur œuvre, l’un d’eux, Olivier Ciappa, a eu la bonne idée de revendiquer sur Twitter une inspiratrice en la chef de file des Femen, Inna Shevchenko, déclenchant, on s’en serait douté, une vague de protestations réveillant les anti-Hollande assoupis, les faux dévots et autres tartuffes. Encore une fois le message vient recouvrir l’image.

Pour moi, à bien y regarder, c’est plutôt vers la Paulette de Georges Pichard et Wolinski que j’aurais envie de me tourner (s’il n’y avait cet horrible index déformé…) Paulette, c’est l’éternel jeunesse d’une époque libertaire (un poil sexiste c’est sur…), une héroïne malgré elle qui reste plus fraîche que ce timbre aux allures nostalgiques et sans grâces.

Pour certain, Paulette ne nous rajeunira pas mais si au moins cette belle jeunesse pouvait faire taire la langue de bois présidentielle qui voit dans ce timbre « le « présage » d’une France « déterminée », « volontaire », qui « voit loin » et veut « construire son propre avenir » à l’image des jeunes français »… (in Rue89, article de Julien Mucchielli).
Ah! L’image des jeunes français… désolé mais c’est encore flou.

Image: séduction ou subversion?

Mercredi, octobre 3rd, 2012

Voici le lien vers le pdf du Portfolio intitulé « Image: séduction ou subversion? » que j’ai réalisé pour le numero 2 de la revue TANK
PDF PORTFOLIO TANK2

Il s’agit d’un montage d’images axées sur une Time line qui permet de mettre en perspective des récurrences, répétitions, ré-inventions des mêmes figures au travers des époques.

Merci à la revue Tank de m’avoir permis de mettre ainsi en forme et en pratique dans une publication une des raisons d’être de ce blog.
Ce numéro 2 est en kiosque et très riche d’informations sur la communication pris au sens large. De sujet d’actualité, (des espaces de co working à un portrait de Jean de Loisy autour du Palais de Tokyo) au sujet d’époque (la radio aujourd’hui?) à des dossiers avec une entrée plus sociologique et philosophique (dans ce numero, La transparence).



TROPICANA PROJECT (jus de soleil)

Jeudi, février 2nd, 2012

Image 1: « Tropicana project », Greyworld pour Tropicana, 23 janvier 2012.
Image 2: « The Weather project » Olafur Eliasson, 16 October 2003 – 21 March 2004 Turbine Hall, Tate Modern.

La marque TROPICANA considère que le soleil est un jus d’orange apte « to change things for the better »





Image 1: « The Weather project » Olafur Eliasson, Tate Modern
Image 2: « Tropicana project », Greyworld pour Tropicana




« En 2004, sous le titre The Weather Project Eliasson a placé un grand soleil à l’Est du Hall de la Tate Modern. Soleil qui irradie une lumière suffisante pour que les visages des spectateurs soient éclairés dans tout l’espace. Par ailleurs le plafond de ce lieu immense a été entièrement couvert de miroirs. Enfin une brume est diffusée dans tout l’espace cachant le soleil et lui donnant un halo de mystère. Il s’agit donc dans un site dédié à l’art d’une reconstitution d’un élément de la nature, mais aussi d’une reconstitution des sentiments que ces phénomènes : couchers ou levers du soleil suscitent chez le spectateur, notamment dans la façon dont ils ont été exprimés par les peintres. Ce qui est extraordinaire c’est la réaction du public et j’ignore si elle était prévue. Le hall de la Tate Modern est devenu un immense terrain de jeu et de méditation. Certaines personnes s’arrêtent et contemplent l’effet comme ils le feraient dans la nature, d’autres se couchent par terre en groupes et jouent avec les miroirs en essayant de créer des formes ou des lettres que l’on peut lire au plafond. » Texte extrait du blog « L’art en jeu« , 6 novembre 2003.

En 2012, la marque de jus d’orange « Tropicana » détourne grâce à la complicité d’artistes spécialisés dans l’évènementiel, l’agence « Greyworld », le projet initiale de Eliasson pour donner aux Londoniens (de Trafalgar Square tout de même) l’occasion de « bien commencer la journée ». Soit une instrumentalisation de l’expérience gracieuse et généreuse de la Tate ( l’entrée du Hall est gratuite et les réactions des visiteurs allongés paisiblement sur le sol de cet espace public l’attestent) pour un réflexe de promotion et de buzz très web 2.0: de fait, en 2012 ce sont les appareils numériques divers qui ont été les vecteurs principaux de l’expérience, pas les « visiteurs ».






Chez Tropicana, tout avait été prévu pour « faire image »: les chaises-longue logo-typées, les jeunes filles en maillot de bain et les lunettes de soleil… jusqu’au making off de la performance forcément titanesque (« L’agence a réalisé une structure ronde de 2,5 tonnes, avec une puissance de 210 000 watts, qu’elle a fixé lundi dernier près de Trafalgar Square. L’illusion était parfaite : les londoniens sont restés bouches bées devant ce puits de lumière actif dès l’aube. L’opération n’a duré que 24h, mais a permis à certains de bien démarrer leur journée. » citation DOC News).


La publicité a trop vouloir se frotter à certaines œuvres d’artistes continue de confondre expérience de l’image et instrumentalisation d’un discours. Ici, le jeu apparaît trop court (24h pour Tropicana, 6 mois pour Eliasson) et réchauffé (2004, soit 8 ans après) pour ne pas être gentiment moqué…


PROTESTER or LOOTER

Samedi, décembre 31st, 2011



Image 1: Person of the year 2011: The Protester. Time Magazine. déc 2011
Image 2: Icône Russe, ebay. Septembre 2011.
Image 2: « We are the 99 percent », Le 22 décembre 2011.

Donner une image à la contestation

A quoi reconnait-on, au point de faire la Une du Time Magazine, un PROTESTATAIRE ?

Chaque année le Time élit la personnalité de l’année, le plus souvent nominative et reconnue (homme politique, entrepreneur, artiste… ). Cette année, c’est un « anonyme » « à la mode » dixit le Time, qui a été choisi: le « protestataire« : « Depuis la fin des années 60, la protestation n’était plus à la mode. En 2011, elle a effectué un retour en force, gagnant plusieurs parties du monde et faisant tomber des régimes politiques. » Le Time magazine via Infopresse.

L’enjeu a donc été de donner une image à cette « personnalité » qui se devait d’être suffisamment identifiable et explicite pour figurer en couverture. Hors, les protestations (bien souvent les révolutions) de cette année furent l’expression d’un soulèvement collectif, d’une masse d’anonymes qui s’accordent mal avec la figure univoque et donc réductrice de l’image médiatique.

Le représentant de la contestation

Le Time, devant la difficulté, a préféré donner le choix de son image à un « street-artist » reconnu, un représentant « légitime » aux yeux de l’hebdomadaire pour porter la cause des « anti »: Shepard Fairey.
Celui-ci, en détournant Orwell et Carpenter, s’est fait connaitre des milieux artistiques avec son personnage OBEY puis il a connu une gloire internationale en signant l’image phare de la campagne Obama en 2008, HOPE. Depuis, il a ouvert une boutique et livre régulièrement des variantes (en T-shirts, blousons, posters…) autour de ses créations. (A lire sur Le Graft)

Le protestataire de Fairey pour le Time n’a pas d’identité particulière (et donc une image sans frontières à l’heure de la « mondialisation » des révolutions) mais il a le costume officiel et le regard menaçant du jeune contestataire. Or, si la révolte ne va pas sans provocation, c’est une dialectique entendue, il est curieux de voir Fairey donner à la personnalité de l’année les attributs du « pillard ».

 

 

 

Images: The decline and fall of Europe, Time magazine, 22 aout 2011.

Une image apolitique

De fait, cette année, c’est le même Time magazine qui en août, signait une couverture au rouge alarmant avec la silhouette d’un jeune « looter » dans les rues de Londres. A quoi reconnait-on un « pillard » en couverture du Time? A sa capuche, son visage couvert pour cacher son identité et à son regard « camera » menaçant.

En définitive, qu’elle est la différence entre l’image de Fairey et une photo de presse? L’une dessine une icône quand l’autre est indexée sur la réalité.
Sans négliger la part de manipulation d’une photo (ici, explicitement le monochrome rouge), l’image reste en prise avec l’actualité de sa représentation. Fairey, avec son style graphique (une photo réduite à quelques lignes) , son code couleur (noir, rouge, ocre, (anarchie et or)) et l’attention placée dans l’expression du regard construit une image iconique et par la même se coupe de la réalité dans laquelle s’incarne ces révolutions. Il « idéologise » son sujet.

 

 

Looters from Tiane Doan na Champassak on Vimeo.
et image: London’s Burning


Camille Claudel, « Tête de Brigand », musée des beaux-arts de Reims.
Il y a une fascination pour ces jeunes anonymes qui portent le costume du combattant urbain et viennent s’en prendre aux symboles du pouvoir (économique ou politique). Le photographe Tiane Doan na Champassak a publié cette année un petit livre, « Looters » qui dit bien cette attirance pour l’esthétisme de la révolte. En isolant et en agrandissant des visages à partir de photos prises lors des émeutes de Londres, Champassak isole ces garçons de leur contexte. Le but est certainement de se comporter comme une camera de surveillance et de dénoncer l’œil panoptique de ces caméras omniprésentes à Londres, mais la pixellisation des visages et du coup le trouble des identités, en font des personnages fantomatiques, des images atemporelles, mystérieuses voir héroïques.

L’image du marginale, lorsqu’il est présenté comme telle (ici des pillards),  qualifie et stigmatise. Dans le buste de Camille Claudel, le titre de l’œuvre « Le Brigand », au delà de la toise magnifique du regard, inscrit dans les pommettes saillantes, les cheveux en bataille, … le gitan ou le Maure.

Le masque de la révolte

Trouver un visage dont les médias puissent s’emparer tout en gardant l’anonymat, c’est ce qu’on fait les « protestataires » en s’appropriant le masque de « V », le « combattant pour la liberté » du film « V pour Vendetta » sortie en 2006 (faisant la recette du merchandising de la Warner pour l’année 2011!). Très vite, l’image s’est imposée comme une image médiatiquement forte, et Shepard Fairey ne s’y est pas trompé puisqu’il a tôt fait de détourner sa propre image de Barack Obama avec le masque de V afin de lui redonner une dimension utopiste et la rendre ainsi aux protestataires de Occupy Wall Street (se redonnant au passage une légitimité contestataire).

 

 

 

Image 1: Manifestation Paris, place de l’Hotel de Ville, septembre 2011. photo olivier roubert
Image 2: Shepard Fairey, HOPE « V », 2011
Image 3: Skateboard Obama Despair. « Freedom products for Liberty lovers« . Created By Libertymaniacs.
Image 4: OBEY / DISOBEY.
Détournements de Fairey
Images 5&6: Tumblr « We are the 99 percent« .

Mais le personnage générique de « V » ne dit pas toute la complexité actuelle des revendications et  il donne un masque « anonyme » aux mouvements de protestations. En ce sens, il ne s’éloigne pas radicalement de la proposition de Fairey. Donc trop exposé, vous êtes stigmatisé, trop caché vous devenez une icône.

Sortir de l’anonymat

Si les mouvements de protestation de cette année ont pris une telle ampleur, c’est bien parce que des dominés ont décidé de revendiquer leur part, faisant de leur faiblesse une force: « Nous sommes les 99% » (de dominés). Cela commence par la revendication de leur identité, fut-elle d’opprimée. Car, déconsidéré, le dominé n’a pas de poids (économique, social…) et donc pas d’image. Il sait que sa situation n’est pas « photogénique », et que la cosmétique médiatique de la « belle image » le place dans la marge.

La réaction des manifestants autour du mouvement « occupy wall street » est en ce sens manifeste. Afin de donner un sens et une image à leur protestation, ils ont ouvert un Tumblr afin d’écrire sur leur situation et se sont photographiés en plaçant le plus souvent devant leur visage la raison de leur colère: Un « récit de vie » comme le dit André Gunthert « avec des mots sur un visage »: « Pas la manifestation d’une foule indistincte et rageuse, dont on ne percevrait que les cris et les slogans raccourcis par les médias, mais une collection de vies qui disent chacune, en détail, avec des mots sur un visage, les ratés du processus ». « Des mots sur un visage« , L’Atelier des icônes, 12 octobre 2011.

Exit la foule et la rage, les cris et les slogans « raccourcis » par les médias (à l’image du contestataire « stylisé » de Fairey « raccourci » de sa dimension politique), mais, l’individuation de la revendication (chacun porte sa propre histoire) dans une image collective.


(…) mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous

Pour finir, deux images fortes qui associent identités et anonymats dans un monde capitaliste globalisé:
- les « 99% » revendiquent leur droit pour un avenir meilleur et commun en dévoilant leur vie. Dans le film, âpre et poignant (solaire aussi) de Sylvain Georges, « Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerres) » sortie en novembre dernier, des migrants à Calais tentent de faire disparaître toute trace de leur identité en marquant leurs empreintes digitales avec une vis chauffée à blanc. En devenant totalement des « anonymes » ils espèrent trouver une possibilité d’exister avec le statut d’invisible dans l’espace Schengen. De la même manière Sylvain Georges a choisi pour l’affiche de son film une image d’un migrant dormant le visage totalement masqué pour se protéger du froid. Sans visage et sans regard, il devient la métaphore de sa condition de migrant: paria invisible…

Quel est le pouvoir de l’image pour incarner les « protestataires »?

L’image est un relais puissant des mouvements et une arme de pression sur les gouvernements, institutions, pouvoirs. Mais, qu’en est-il de l’image témoin? Qui se souvient du visage de Mohamed Bouazizi?… Pourtant son geste mortel fut suffisamment évocateur pour déclencher la révolution en Tunisie et reste inscrit dans les mémoires. On a pris coutume de dire « une image vaut mille mots » mais ici, son geste vaut mille images.

Dans un commentaire laissé par un internaute pour accompagner le titre de Gil Scott Heron – « The Revolution Will Not Be Televised « , il est dit «  »The Revolution will not be tweeted, made your friend on Facebook, or uploaded to You Tube. The Revolution will not be digitized. »