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What’s next? (swag)

Jeudi, septembre 20th, 2012



Images: Captures d’écran de la page d’accueil de Google Images et des suggestions d’occurences les plus populaires associées au mot « image », « photo », « photographie ».


Si l’on se réfère aux occurences liées au mot « image » sur Google, on voit que avant d’être « fashion, love, de coeur, d’amour, triste, de swag, 3d ou de chevaux… » l’image doit être « drôle ». Et la « photo »? elle doit d’abord être « de couverture Facebook ». Pour la « photographie »? « Noir et blanc ». Le mot le plus juste pour qualifier une image devient donc une référence à quelque chose d’ancien, évoquant une nostalgie pour un savoir faire qui ne peut trouver son sérieux que dans le noir et blanc…
Mais au delà des divergences, le mot qui est commun au trois recherches c’est le mot »swag » soit l’expression la plus contemporaine de la hype. Une image, photo, photographie doit me donner la parfaite image de la tendance, elle doit me dire ce qui est où ce qui n’est pas « l’image du moment ».

Image: Twitter: 36% du contenu partagé dans le monde est visuel. « En juillet 2012, Diffbot, une entreprise spécialisée dans l’analyse de l’information circulant sur le web, a étudié 750 000 liens postés sur Twitter dans le monde. Elle a constaté que 36% de l’information partagée se constituait d’images ». Source Infopresse.


L’image prend le pouvoir

Si l’on se réfère à l’étude (cf.ci-dessus) menée par Difboot, sur Twitter en deux ans les tweets partageant des photographies sont passés de quasi 1% à aujourd’hui 36% (devant les tweets partageant des articles, 16%…).
Les images prennent le pouvoir et deviennent le viatique le plus immédiat pour partager notre rapport au monde. Mais qu’est-ce qu’il faut voir derrière ce mot « image »? Le site de réflexion stratégique de Getty Image « Curve » parle dans un article titré « Photographie: L’application tueuse« , de « photographie sociale » pour qualifier ce nouvel usage. Parce qu’une image prise au smartphone et instantanément partagée sur le Net est lue aussitôt qu’elle est vue, elle devient l’expression d’une « expérience partagée », d’une trace du quotidien qui impose sa fulgurance au risque de sa fugacité (l’une chassant l’autre).
Combien de temps sommes-nous prêt désormais à accorder à l’image, de sa réception à sa « digestion »? (difficile de qualifier en un mot ce que c’est que de recevoir, comprendre, traduire et faire sienne l’expérience artistique comprise dans une image, photographie, oeuvre, quelle qu’en soit sa nature). Dans son numero 29 intitulé « What’s Next? » la revue FOAM dresse un large bilan de la révolution en cours de notre culture visuelle, et pose la bonne question… « Quelle est la prochaine? » (image, étape, évolution…)

Je ne suis malheureusement ni journaliste, ni historien, ou sociologue, ou théoricien des images mais observateur « monteur » et le sérieux (parfois à la limite du… hiératique) avec lequel j’écris mes articles afin de rétablir une hiérarchie que je pense juste dans la perception que nous avons de notre quotidien hyper indexé sur l’image semble dépassé par le flot des images… Chercher à définir où trouver la bonne image revient juste à tourner le dos à la marche du monde!
C’est pourquoi les greffes, associations, vis à vis, ricochets que je réalise dans la partie » Atelier » (le Graft) ont pris l’ascendant sur les articles de fond du Blog trouvant là une liberté de ton plus juste pour traiter de mes préoccupations, voir obsession, dont cette question: Qu’est-ce qui rend aujourd’hui une photographie visible? Qu’est-ce qui est regardé, attendu, désiré?

En définitive, ma réponse et les billets dont je suis le plus fier sont… des photographies (en couleur! et bientôt des montages aussi) qui se trouvent sur le journal photographique du Greffon, The picture diary un Tumblr (on n’est pas à une contradiction près) que je mets à jour une fois par mois et qui présente mes propres images…

En voici la première faite à Paris le 1 mai 2012 et la dernière en date postée en août. En somme, un blog partisan sur ce qui me regarde… (par exemple le monde, ses conflits géo-stratégique et ses velléités impérialiste réunis sur un paquet de cigarette).
Comme le dit très bien Oxmo Puccino dans sa chanson un « Roi sans Carosse »: « Déja commencer l’on verra… ». Ce Tumblr, c’est mon swag…


PROTESTER or LOOTER

Samedi, décembre 31st, 2011



Image 1: Person of the year 2011: The Protester. Time Magazine. déc 2011
Image 2: Icône Russe, ebay. Septembre 2011.
Image 2: « We are the 99 percent », Le 22 décembre 2011.

Donner une image à la contestation

A quoi reconnait-on, au point de faire la Une du Time Magazine, un PROTESTATAIRE ?

Chaque année le Time élit la personnalité de l’année, le plus souvent nominative et reconnue (homme politique, entrepreneur, artiste… ). Cette année, c’est un « anonyme » « à la mode » dixit le Time, qui a été choisi: le « protestataire« : « Depuis la fin des années 60, la protestation n’était plus à la mode. En 2011, elle a effectué un retour en force, gagnant plusieurs parties du monde et faisant tomber des régimes politiques. » Le Time magazine via Infopresse.

L’enjeu a donc été de donner une image à cette « personnalité » qui se devait d’être suffisamment identifiable et explicite pour figurer en couverture. Hors, les protestations (bien souvent les révolutions) de cette année furent l’expression d’un soulèvement collectif, d’une masse d’anonymes qui s’accordent mal avec la figure univoque et donc réductrice de l’image médiatique.

Le représentant de la contestation

Le Time, devant la difficulté, a préféré donner le choix de son image à un « street-artist » reconnu, un représentant « légitime » aux yeux de l’hebdomadaire pour porter la cause des « anti »: Shepard Fairey.
Celui-ci, en détournant Orwell et Carpenter, s’est fait connaitre des milieux artistiques avec son personnage OBEY puis il a connu une gloire internationale en signant l’image phare de la campagne Obama en 2008, HOPE. Depuis, il a ouvert une boutique et livre régulièrement des variantes (en T-shirts, blousons, posters…) autour de ses créations. (A lire sur Le Graft)

Le protestataire de Fairey pour le Time n’a pas d’identité particulière (et donc une image sans frontières à l’heure de la « mondialisation » des révolutions) mais il a le costume officiel et le regard menaçant du jeune contestataire. Or, si la révolte ne va pas sans provocation, c’est une dialectique entendue, il est curieux de voir Fairey donner à la personnalité de l’année les attributs du « pillard ».

 

 

 

Images: The decline and fall of Europe, Time magazine, 22 aout 2011.

Une image apolitique

De fait, cette année, c’est le même Time magazine qui en août, signait une couverture au rouge alarmant avec la silhouette d’un jeune « looter » dans les rues de Londres. A quoi reconnait-on un « pillard » en couverture du Time? A sa capuche, son visage couvert pour cacher son identité et à son regard « camera » menaçant.

En définitive, qu’elle est la différence entre l’image de Fairey et une photo de presse? L’une dessine une icône quand l’autre est indexée sur la réalité.
Sans négliger la part de manipulation d’une photo (ici, explicitement le monochrome rouge), l’image reste en prise avec l’actualité de sa représentation. Fairey, avec son style graphique (une photo réduite à quelques lignes) , son code couleur (noir, rouge, ocre, (anarchie et or)) et l’attention placée dans l’expression du regard construit une image iconique et par la même se coupe de la réalité dans laquelle s’incarne ces révolutions. Il « idéologise » son sujet.

 

 

Looters from Tiane Doan na Champassak on Vimeo.
et image: London’s Burning


Camille Claudel, « Tête de Brigand », musée des beaux-arts de Reims.
Il y a une fascination pour ces jeunes anonymes qui portent le costume du combattant urbain et viennent s’en prendre aux symboles du pouvoir (économique ou politique). Le photographe Tiane Doan na Champassak a publié cette année un petit livre, « Looters » qui dit bien cette attirance pour l’esthétisme de la révolte. En isolant et en agrandissant des visages à partir de photos prises lors des émeutes de Londres, Champassak isole ces garçons de leur contexte. Le but est certainement de se comporter comme une camera de surveillance et de dénoncer l’œil panoptique de ces caméras omniprésentes à Londres, mais la pixellisation des visages et du coup le trouble des identités, en font des personnages fantomatiques, des images atemporelles, mystérieuses voir héroïques.

L’image du marginale, lorsqu’il est présenté comme telle (ici des pillards),  qualifie et stigmatise. Dans le buste de Camille Claudel, le titre de l’œuvre « Le Brigand », au delà de la toise magnifique du regard, inscrit dans les pommettes saillantes, les cheveux en bataille, … le gitan ou le Maure.

Le masque de la révolte

Trouver un visage dont les médias puissent s’emparer tout en gardant l’anonymat, c’est ce qu’on fait les « protestataires » en s’appropriant le masque de « V », le « combattant pour la liberté » du film « V pour Vendetta » sortie en 2006 (faisant la recette du merchandising de la Warner pour l’année 2011!). Très vite, l’image s’est imposée comme une image médiatiquement forte, et Shepard Fairey ne s’y est pas trompé puisqu’il a tôt fait de détourner sa propre image de Barack Obama avec le masque de V afin de lui redonner une dimension utopiste et la rendre ainsi aux protestataires de Occupy Wall Street (se redonnant au passage une légitimité contestataire).

 

 

 

Image 1: Manifestation Paris, place de l’Hotel de Ville, septembre 2011. photo olivier roubert
Image 2: Shepard Fairey, HOPE « V », 2011
Image 3: Skateboard Obama Despair. « Freedom products for Liberty lovers« . Created By Libertymaniacs.
Image 4: OBEY / DISOBEY.
Détournements de Fairey
Images 5&6: Tumblr « We are the 99 percent« .

Mais le personnage générique de « V » ne dit pas toute la complexité actuelle des revendications et  il donne un masque « anonyme » aux mouvements de protestations. En ce sens, il ne s’éloigne pas radicalement de la proposition de Fairey. Donc trop exposé, vous êtes stigmatisé, trop caché vous devenez une icône.

Sortir de l’anonymat

Si les mouvements de protestation de cette année ont pris une telle ampleur, c’est bien parce que des dominés ont décidé de revendiquer leur part, faisant de leur faiblesse une force: « Nous sommes les 99% » (de dominés). Cela commence par la revendication de leur identité, fut-elle d’opprimée. Car, déconsidéré, le dominé n’a pas de poids (économique, social…) et donc pas d’image. Il sait que sa situation n’est pas « photogénique », et que la cosmétique médiatique de la « belle image » le place dans la marge.

La réaction des manifestants autour du mouvement « occupy wall street » est en ce sens manifeste. Afin de donner un sens et une image à leur protestation, ils ont ouvert un Tumblr afin d’écrire sur leur situation et se sont photographiés en plaçant le plus souvent devant leur visage la raison de leur colère: Un « récit de vie » comme le dit André Gunthert « avec des mots sur un visage »: « Pas la manifestation d’une foule indistincte et rageuse, dont on ne percevrait que les cris et les slogans raccourcis par les médias, mais une collection de vies qui disent chacune, en détail, avec des mots sur un visage, les ratés du processus ». « Des mots sur un visage« , L’Atelier des icônes, 12 octobre 2011.

Exit la foule et la rage, les cris et les slogans « raccourcis » par les médias (à l’image du contestataire « stylisé » de Fairey « raccourci » de sa dimension politique), mais, l’individuation de la revendication (chacun porte sa propre histoire) dans une image collective.


(…) mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous

Pour finir, deux images fortes qui associent identités et anonymats dans un monde capitaliste globalisé:
- les « 99% » revendiquent leur droit pour un avenir meilleur et commun en dévoilant leur vie. Dans le film, âpre et poignant (solaire aussi) de Sylvain Georges, « Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerres) » sortie en novembre dernier, des migrants à Calais tentent de faire disparaître toute trace de leur identité en marquant leurs empreintes digitales avec une vis chauffée à blanc. En devenant totalement des « anonymes » ils espèrent trouver une possibilité d’exister avec le statut d’invisible dans l’espace Schengen. De la même manière Sylvain Georges a choisi pour l’affiche de son film une image d’un migrant dormant le visage totalement masqué pour se protéger du froid. Sans visage et sans regard, il devient la métaphore de sa condition de migrant: paria invisible…

Quel est le pouvoir de l’image pour incarner les « protestataires »?

L’image est un relais puissant des mouvements et une arme de pression sur les gouvernements, institutions, pouvoirs. Mais, qu’en est-il de l’image témoin? Qui se souvient du visage de Mohamed Bouazizi?… Pourtant son geste mortel fut suffisamment évocateur pour déclencher la révolution en Tunisie et reste inscrit dans les mémoires. On a pris coutume de dire « une image vaut mille mots » mais ici, son geste vaut mille images.

Dans un commentaire laissé par un internaute pour accompagner le titre de Gil Scott Heron – « The Revolution Will Not Be Televised « , il est dit «  »The Revolution will not be tweeted, made your friend on Facebook, or uploaded to You Tube. The Revolution will not be digitized. »

VACARME / SATIETE

Mardi, juillet 26th, 2011



Image 1: « SACIETE DE CONSOMMATION » Paris, Pigalle, juillet 2011
Image 2: « Bruit blanc » Montage d’images. 2009

Extrait de l’édito du dernier numero de le revue Vacarme.
A retrouver en ligne ici.

MARABOUT DE FICELLE
par Philippe Mangeot & Carole Peclers

Un mot manque au français, qui existe dans d’autres langues : l’italien dit zibaldone, l’anglais parle de commonplace book. L’un comme l’autre désignent ces carnets où l’on copie et recueille, sans plan ni discrimination, les poèmes aimés et les recettes de cuisine, les articles de journaux et les prières, les lettres et les tableaux des poids et des mesures. La pratique est ancienne, les humanistes italiens s’y employaient, les étudiants britanniques également. Les ouvrages qui en procèdent tiennent un peu du grenier, un peu de la réserve.

Ce nouveau numéro de Vacarme est un zibaldone…

Retrouvé dans les strates de montages et d’archives du Greffon, ces « zibaldones arrangés » (merci Vacarme), sorte de marabout de ficelle à partir du flot d’image que je retiens du quotidien.

« Mis à jour il y a plus d’un an », comme le dit la légende des « Bruit blanc »… le Greffon lui reste muet depuis près de quatre mois, moins pour le Graft, (je vous fais grâce de la longue liste des billets envisagés et non avenues). Mais la page blanche oppose une distance aux bruits des images et je n’ai pas trouvé la forme pour troubler cette « pause ».

La solution est peut-être dans ce très beau numero d’été de Vacarme qui regroupe une sélection de textes souvent devenus introuvables (cela commence par ces « quelques gestes » de Serge Daney qui m’invite à associer l’œil, à la main, et à la fin, à la parole).et qui annoncent une nouvelle formule pour le prochain numero… je compte sur l’effet d’entraînement!

Maintenant s’installe le silence des « vacances », et je l’espère le désir de reprendre ce blog au retour, avec Gestes et Fracas!

NI NI

Mercredi, octobre 6th, 2010


image 1: « DIEU MAÎTRE « , avenue de Flandres, Paris 19. Sept 2010.
image 2: « L’imagination au pouvoir » de Walter Lewino, photographies Jo Schnapp, Eric Losfeld éditeur, Le Terrain Vague, 1968. cité dans l’article RES(V)OLUTIONS. Une sélection régulière des pointes séches de Walter Lewino figuraient dans la nouvelle formule du Tigre.


extrait du site Le Tigre (La bête):

Pourquoi ?  Parce que.

Mis en ligne le mardi 28 septembre 2010.

Le numéro 13 du Tigre, numéro spécial intitulé « Pourquoi faire un journal », a suscité de très nombreuses réactions.

On a pu lire, ici ou là, que Le Tigre venait de sortir son dernier numéro. Les lecteurs attentifs auront cependant noté que rien, dans le texte publié, ne concluait à cette fin définitive. Rien non plus, il est vrai, ne démontrait un avenir rieur.

Sans plus attendre, il convient de dire qu’une décision a été prise : Le Tigre va continuer son aventure.

Pourquoi ? Parce que.

Le reste (quand, quoi, où, comment), nous sommes en train d’y travailler.

À bientôt,

R.M., 28 septembre 2010.




Bruce Nauman, « Walking in an Exaggerated Manner around the Perimeter of a Square » (1967-68)

Alors, pourquoi le TIgre doit-il continuer? Parce que.

Parce que est une très bonne réponse et suffisante. Je pourrais devenir bavard et dire parce que DIEU est MAÎTRE et que le caviardage des NI NI laisse sur le mur comme l’ombre de deux pavés réactionnaires.

Le dernier numéro en date (le numéro 13) du Tigre est encore disponible en kiosque et en librairie. Raphaël Meltz y revient longuement sur l’histoire de la revue et sur les motivations qui ont sous-tendu sa rédaction et sa publication, parfois dans un difficile numéro d’équilibriste. Amer mais pas aigri, en colère parfois contre son lecteur, Meltz s’en prend à l’apathie générale d’une « génération résignée » (le socio-type valise  des « gazettes sans esprits ») et en appel, en citant Michel Butel,  à l’insoumission. NI DIEU NI MAÎTRE, Raphaël Meltz.

COLERE

Mercredi, novembre 18th, 2009


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