Categorie / RICOCHET

HELLO DOUBLE RAINBOW

Dimanche, janvier 2nd, 2011




Dans le classement YOUTUBE des vidéos les plus regardées en 2010 (hormis les clips des grands labels), en 6eme position apparait le « Yosemitebear Mountain Giant Double Rainbow 1-8-10″ (cf. ci-dessus)

Vu au jour d’aujourd’hui 23108825 de fois. la video la plus regardée  lors de sa mise en ligne en juillet dernier sur Youtube est le parangon de ces vidéos d’amateurs qui remportent une adhésion planétaire… mais pourquoi donc ? Parce qu’elle contient la graine du succès traquée par toutes les agences de conseils en communication tremblantes devant la concurrence du « consommacteur »: cette graine c’est la « communication émotionnelle », qui fait qu’un simple « message » (ici « Double Rainbow, oh! my God, it’s so intense! »)  véhiculé par une grosse dose « d’émotion » (et il y en a dans la vidéo du « double rainbow »: rire, pleure, extase!) devient la garantie de son succès. Ici, pas ds stratégie, ni plan de communication, mais de  l’ « intelligence émotionnelle » . (Celle là même que réclame Jacques Séguéla faisant du manageur de demain un « rebelle avec un énorme QE » (à retrouver dans la très bonne chronique de Julie Clarini « Les idées claires » sur FC)). Ayant reconnu une émotion commune, l’internaute procède par « gémellité » affective, il calque ses affects sur ceux de la vidéo, se reconnaît, et s’extasie (soit par le rire soit par les larmes) de cette image miroir. C’est l’effet « double rainbow », moi et moi!, peut importe le kitsch, la véracité ou la qualité de ce qui nous est raconté, seul le miroir compte.



Image 1: photo extraite de l’article Stéréoscopie sur Wikipedia
Image 2: Double Rainbow Guy « Bear » Vasquez on Jimmy Kimmel Live, Youtube.

La conséquence de cette reconnaissance et de cette adhésion, c’est l’effet ricochet, le quart d’heure de célébrité warholien pour son créateur et son effet viral (talk show, interview, citations à foison …) puis vient le « buzz créatif », la « rainbow connection »: j’en parle et si possible de façon créative: T shirt, cocktail, parodie, remix etc… labélisés double rainbow.


Image: « The Double Rainbow Cocktail » sur Alcademics.com

La suite: ouvrir une boutique en ligne et rentabiliser l’émotion et le narcissisme. Pour notre ours de Yosemite c’est chose faite avec www.doublerainbowstore.com. (T shirts, tongs, bracelets et même une application Iphone…)





On pourrait aussi lui conseiller d’ouvrir une agence de pub. Fred et Farid viennent justement d’ouvrir une nouvelle enseigne au nom programmatique « HELLO SUNSHINE » et dont la philosophie (« an agency that understands that optimism is what makes you popular ») s’accorde parfaitement avec l’effet double rainbow, Fred précise dans l’interview qui présente le nouveau projet ses ambitions « Une approche fraiche, nouvelle et tout… et attirante pour les clients ». Alors pourquoi pas « HELLO DOUBLE RAINBOW »? D’autant plus que dans la liste des cadeaux que l’agence a commandé au Père Noël il y a… « A magic rainbow over head projector ». Publicitaires, la solution pour vos problèmes en 2011… proposez à vos clients de laisser derrière eux la crise et de regarder vers un avenir atmosphérique et rieur bourré d’intelligence émotionelle. Bonne année!




Image 1: HELLO SUNSHINE – a letter to Santa. FF backstage
Image 2: HELLO SUNSHINE – philosophie.
Image 3: HELLO DOUBLE RAIBOW OH MY GOD, d’après Jonas Claesson

LA BEAUTE EN CONSERVE

Lundi, novembre 8th, 2010


Image 1: Publicité Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Andy Warhol,  » Campbell’s Soup I »,  1968 et Piero Manzoni, « Merda d’artista », 1961.

Le Centre Pompidou est en toile de fond de la nouvelle campagne Monoprix. Pied de nez aux « marchandises culturelles » ? Dénonciation  du rôle « d’agent conservateur » de ces grosses institutions?  Ou plus probable, le supermarché urbain et tendance se paye une légitimité artistique en élevant sa nouvelle ligne graphique au rang des Beaux-Arts. Ses consommateurs érudits s’y retrouveront, ce sont eux qui ont les cartes laissez-passer et fidélité Beaubourg et Monop.

Le clin d’œil à la « soupe à la tomate » de Warhol est drôle, mais pourquoi donc aller jusqu’à décider dans les publicités qui accompagnent le lancement des nouveaux produits de ce qui est beau ou pas? N’est-ce pas une notion compliquée et ambigüe à définir  lorsqu’on aborde le champs des « Beaux-arts »? Les « merde d’artiste » de Manzoni ne risquent-elles pas de passer à la trappe dans la sélection du bon ou du mauvais goût selon Monoprix? Dans ce cas ce serait une amère défaite pour Manzoni et une victoire pour les conserves, lui qui avait décidé de réaliser cette série d’œuvres en réponse à son père, propriétaire d’une usine de conserves justement et qui l’accusait de faire de la merde.



Image 1: extraits des publicités Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Jean-Luc Moulène.  Produits : « Munitions, 18 février 1991″,  1991. Affiche sérigraphié, 300 x 400 cm. Frac Bourgogne.

A « voir »  le discours de Monoprix, on pense à cette œuvre extraite de la série des Produits de Moulène, réalisée au format publicitaire 4X3 m, et bien nommée « Munitions ».


Image 1: Sur-couverture Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Michel de Certeau  L’invention du quotidien – Arts de faire, Gallimard, 1980

Monoprix proclame en couverture publicitaire de Libé: « NON AU QUOTIDIEN QUOTIDIEN » qui dans une parfaite tautologie propose de réenchanter le quotidien par ses nouveaux packagings colorés. Mais ce que l’on souhaite demander aux deux protagonistes concernés, les publicitaires et les journalistes (Laurent Joffrin essaye bien de se justifier sur la page de une en trouvant dans le slogan un clin d’œil bienvenue au journal Quotidien) c’est bien, en reprenant Michel de Certeau, qu’est-ce que le lecteur du journal peut « fabriquer » avec ces jeux de mots philosophico-esthétique et ces associations ambigues  entre consommation et information? Lui qui a payé son journal serait en droit d’attendre un élément de réponse: qui parle sur la couverture, son journal ou son supermarché?

C’est peut-être « l’inconscient » du journal qui la trouve cette réponse sur la « fausse » couverture qui une fois repliée ne laisse du message publicitaire qu’un « collage » graphique très réussi, cadavre-exquis:

NON / LIBERATION / Remaniement / Vous avez dit bazar?

ART TRADERS (« We’ve got style »)

Dimanche, octobre 17th, 2010



Image 1: Staff stand in a meeting room at the Lehman Brothers offices in the financial district of Canary Wharf in London September 11, 2008. Lehman Brothers eventually filed for bankruptcy – the largest bankruptcy in U.S. history – and was delisted from the NYSE, and later liquidated. REUTERS/Kevin Coombs. BIGPICTURE, The Year 2008 in photography.

Image 2: Santiago Sierra, « Une ligne de 250cm tatouées sur six personnes rémunérées ». Espace Aglutinador, La Havane, Cuba. Décembre 1999



La vente de la collection d’art de la banque Lehman Brothers chez Sotheby’s et Christie’s  au cours du mois de septembre dernier  a déroulé la liste des artistes contemporains les plus en vue sur le marché et dont la côte se prête le mieux à la spéculation: stars internationales (Richard Prince, Gerhard Richter, Lucian Freud, Murakami…) dont les « Young British artists » (Hume, Hirst…) aujourd’hui vieux. Deux ans après sa banqueroute qui avait annoncé le début de la crise financière mondiale, la banque cherche à rembourser ses dettes et liquide sa collection. Les artistes seront-ils à la hauteur de la plus value attendue?

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LA PEAU DE L’OURS

Jeudi, mai 6th, 2010




Image 1: Publicité Ricoré « Devenez du matin », avenue de la porte de Chaumont, Paris, avril 2010.
Image 2: Tony Matelli, « Ancient Echo », 2002. Lien site de l’artiste.


Une publicité et trois expositions récentes me donnent l’occasion de revenir sur les liens qui unissent hommes et animaux.


Grizzly du matin, chagrin.

L’ animal privé de son « animalité », revêtu des attributs de notre humanité devient domestique et déprimé. Le fantôme esseulé de sa part animale plane, comme dans cette image publicitaire pour Ricoré.
Elias Canetti disait « Chaque fois que l’on regarde un animal avec attention, on a le sentiment qu’un homme y est caché et qu’il se paie notre tête. » (in Le territoire de l’homme) mais à condition, paradoxalement, de lui laisser son statut d’animal.

« Quelle frontière subsite entre humanité et bestialité (…)? » Question posée et développée par le musée des Arts Décoratifs dans la section « L’homme ou la bête » de son exposition « ANIMAL« .
« (…) l’animal travesti (en homme) se fait tirer le portrait pour les besoins mercantiles de la publicité où il singe nos préoccupations du moment; ces mises en scènes transforment une bestialité naturelle en sophistication aussi troublante qu’ambiguë.
L’Homme qui a déduit le « caractère » des animaux à partir de leur apparence ou de leur comportement les exploite dans une caricature. »

Pourtant les signes subsistent chez les artistes, anthropologues, historiens  de la nécessaire cohabitation de l’homme et de l’animal.  L’un étant l’indispensable révélateur de la condition de l’autre, (voir « L’animal que donc je suis » de Jacques Derrida, Galilée, 2006) .

Démonstration en quelques images avec  l’ours, ou plutôt avec sa peau et comment les hommes s’en parent pour convoquer et revêtir une  nudité « originelle ».



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GÔUT NATIONAL

Vendredi, avril 23rd, 2010

Image 1: Publicité Kronenbourg, 1664  » Le goût à la française ». Paris, avril 2010.
Image 2: Arc de Triomphe, Place de l’étoile. Paris, le 8 mai 2007. Flickr

En septembre 2007, soit cinq mois après sa création par Nicolas Sarkozy,  le ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement lancait un appel d’offre pour la  « création d’un identifiant visuel (logotype) et d’une signature ». En mal de reconnaissance, le ministère se cherchait une image « identifiable ». Paradoxe pour celui qui s’occupe d’ « identité nationale ».

Trois ans après, le gouvernement semble avoir renoncé à son projet d’identité visuelle, mais le problème demeure. La France de Nicolas Sarkozy cherche toujours les symboles qui fédèreraient l’opinion autour de ses projets phares: « nationalité » « immigration » « sécurité ».

La solution viendrait-elle de la publicité? La bière Alsacienne Kronenbourg se déclare sur ses publicités la bière du « GOÛT A LA FRANCAISE ». L’agence de publicité Fred et Farid,  responsable de la campagne, a-t-elle, en choisissant de badigeonner de rouge les symboles du patrimoine architectural national (Mont Saint-Michel, Arc de Triomphe, terrasse de café (!) …sous la tour Eiffel, sur la pelouse du château de Chambord …) reçut son brief du président? « je veux du gros rouge qui tâche » demandait Nicolas Sarkozy à ses lieutenants pour appuyer et justifier dans les médias l’utilité d’un débat sur l’identité nationale. Une chose est sûr, la fierté d’être français s’est trouvée un porte drapeau (…à consommer avec modération).



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