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VACARME / SATIETE

Mardi, juillet 26th, 2011



Image 1: « SACIETE DE CONSOMMATION » Paris, Pigalle, juillet 2011
Image 2: « Bruit blanc » Montage d’images. 2009

Extrait de l’édito du dernier numero de le revue Vacarme.
A retrouver en ligne ici.

MARABOUT DE FICELLE
par Philippe Mangeot & Carole Peclers

Un mot manque au français, qui existe dans d’autres langues : l’italien dit zibaldone, l’anglais parle de commonplace book. L’un comme l’autre désignent ces carnets où l’on copie et recueille, sans plan ni discrimination, les poèmes aimés et les recettes de cuisine, les articles de journaux et les prières, les lettres et les tableaux des poids et des mesures. La pratique est ancienne, les humanistes italiens s’y employaient, les étudiants britanniques également. Les ouvrages qui en procèdent tiennent un peu du grenier, un peu de la réserve.

Ce nouveau numéro de Vacarme est un zibaldone…

Retrouvé dans les strates de montages et d’archives du Greffon, ces « zibaldones arrangés » (merci Vacarme), sorte de marabout de ficelle à partir du flot d’image que je retiens du quotidien.

« Mis à jour il y a plus d’un an », comme le dit la légende des « Bruit blanc »… le Greffon lui reste muet depuis près de quatre mois, moins pour le Graft, (je vous fais grâce de la longue liste des billets envisagés et non avenues). Mais la page blanche oppose une distance aux bruits des images et je n’ai pas trouvé la forme pour troubler cette « pause ».

La solution est peut-être dans ce très beau numero d’été de Vacarme qui regroupe une sélection de textes souvent devenus introuvables (cela commence par ces « quelques gestes » de Serge Daney qui m’invite à associer l’œil, à la main, et à la fin, à la parole).et qui annoncent une nouvelle formule pour le prochain numero… je compte sur l’effet d’entraînement!

Maintenant s’installe le silence des « vacances », et je l’espère le désir de reprendre ce blog au retour, avec Gestes et Fracas!

GAGA CANNIBALE (la vérité nue)

Mercredi, mars 23rd, 2011




Image 1: « The Naked Truth », Lady Gaga, Vogue Japon, sept 2010
Image 2: « Nature morte au carré de viande », Jean-Siméon Chardin, 1730. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

En septembre dernier, alors que se diffusait abondamment sur le net les photos de Lady Gaga revêtue de sa robe de viande, je m’étais retenu de signaler la correspondance entre la robe de Gaga et l’œuvre de Jana Sterbak. Quoique l’effet prédateur de la star sur l’artiste (dont la robe de viande date de 1987) ne fait aucun doute, les emprunts entre art plastique et mass média deviennent si courants que simplement les montrer du doigt revient à « hurler avec les loups ».

Aujourd’hui, avec l’exposition « Tous cannibales » qui se tient à la Maison Rouge à Paris et qui présente justement la robe de Sterback, c’est avec un autre éclairage que je sohaite revenir sur cette correspondance, et mettre Gaga à nue: Une superbe Vanité, miroir narcissique de notre contemporain.





Image 1: « Lady Gaga s’est transformée en Lady Cracra dimanche dernier aux MTV Vidéo Music Awards… » Be
Image 2: « Vanitas: robe de chair pour albinos anorexique », Sterbak, 1987.
Image 3: « Le supplice de Marsyas » Le Titien, 1575-76. Musée national de Kromeriz, République Tchèque.

En septembre 1992, la galerie Nationale du Jeu de Paume alors consacrée aux expositions d’art contemporain présentait en France pour la première fois un ensemble d’œuvres de Jana Sterbak (parmi d’autres artistes, dont deux femmes Nan Goldin et Kiki Smith, mais aussi Mike Kelly et Tunga). Le lien entre les artistes, rassemblés sous le titre générique Désordres, reposait sur des travaux orientés autour du corps et ses frontières (sociales, morales, sexuelles). L’exposition bien nommée avait suscité quelques remous en particulier du fait de cette robe de viande. Que cette « œuvre » composée d’une matière organique  si proche de l’ homme soit soumise à devenir un déchet dans l’espace blanc immaculé du musée était apparue comme une vraie provocation. L’ironie grincante de son titre « Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique », marquait les limites d’une société devenue hygiéniste qui préfère détourner les yeux de sa face carnassière et reléguer « extra muros » les abattoirs qui la nourrissent et lui rappellent de façon trop évidente son goût pour le sang.

Il faut relire Georges Bataille et son article « Abattoir » (Dictionnaire critique, paru dans la revue Documents en 1929) et qui commence par ces mots: « L’ abattoir relève de la religion en ce sens que des temples des époques reculées (sans parler de nos jours de ceux des hindous) étaient à double usage, servant en même temps aux implorations et aux tueries ».

On voit bien là tout ce qui atteste d’un jugement hâtif  dans les correspondances relevées entre l’artiste et la star. Car c’est plutôt ce qui les sépare qui ressort d’une attention plus précise aux intentions respectives de Sterbak et de Gaga. L’artiste chassait toute tentative d’associer robe, mode, beauté et glamour. ce dont précisément se sert Lady Gaga pour briller.

Pourquoi m’arraches-tu à moi-même?

Le mythe de Marsyas rapporte l’histoire de ce dieu qui hérite du don de jouer de la flute à deux tuyaux et qui ose, par orgueil relever le défi que lui lance Apollon jaloux. Il finira par perdre la compétition et sera supplicié par Apollon qui tête en bas lui arrachera sa peau. Marsyas aura ces paroles: Pourquoi m’arraches-tu à moi-même?

Que signifie aujourd’hui, pour ses artistes de variété qui défient la notoriété à coup de sur-exposition égotique « être soi-même »?  Jusqu’où leur intégrité, marquée en dernière limite par cette frontière charnelle est-elle encore effective?


Image 1: La « Venerina », mannequin anatomique de cire, par Clemente Susini (1754-1814). Collections Palazzo Poggi. Lien Picasa
Image 2: « Lady Gaga bien en chair (…) » Libération, 15 septembre 2010.

Cette mise à nue ambiguë des Stars (« je m’expose, tu me dévoiles ») et qu’illustre parfaitement le choix de la photo de Libération accompagnée de sa légende, brouille donc les limites entre intégrité et intimité, entre réalisme et fiction.

Comme dans ces mannequins de cire de Clemente Susini, la télé réalité et aujourd’hui internet dissèquent avec une  opiniâtreté chirurgicale les moindre faits et gestes de leurs idoles avec cette intention à peine voilée de mettre à nue l’objet de leur désir. Un désir dont Lady Gaga est, ces dernières années,  l’illustration la plus spectaculaire. (Elle est « suivie » par plus de 8 millions de followers sur Twitter, et elle est la première artiste à avoir franchi la barre des 1 miliards de vue sur Youtube…)



Image 1: Jacques-André Boiffard,  Bouche , photographie illustrant l’article « Bouche » du Dictionnaire Critique de G.Bataille, Documents N°5, 1929.
Image 2:: « Autoportrait », Victor Brauner, 1931 – Centre Pompidou.

Lady Gaga avance en équilibre sur la frontière entre le « bon » et le « mauvais » goût, à la limite de la trangression (au delà avec cette robe de viande). Elle cherche à incarner un espace de fantaisie et de provocation qui la rend désirable.

Ici, il est difficlie de ne pas penser au regard que les Surréalistes ont posé à travers l’objectif de l’appareil photographique. La section consacrée à l’ « Anatomie de l’image » dans la magnifique exposition La subversion des images du Centre Pompidou l’année dernière le disait explicitement: « la photographie est là pour témoigner du corps, de son animalité, de son étrangeté, de sa folie, de sa « beauté convulsive » » (suite). Les Surréalistes ont cherché à libérer le pouvoir de l’œil, imposer la déchirure du regard entre attirance et répulsion, dégoût et fascination, quotidien et merveilleux. En 1993, dans la préface à la réédition du Dictionnaire Critique de Georges Bataille, Bernard Noel écrivait: « Bataille s’aventure à penser ce que la révolte elle-même n’avait su exprimer qu’en la poétisant donc en la couvrant, et qui est la présence irréductible en nous de la vie organique en dépit de toutes les redingotes. »

C’est aussi cela la fascination pour cette robe, la redingote de chair dit la présence irréductible en nous de la vie organique.



Image 1: capture d’écran, Lady Gaga, « The Naked Truth ».
Image 2: Juan Valverde de Amusco, « Anatomia Del Corpo Humano », 1560.


Image 1: Eli Lotar, Aux abattoirs de la Villette, Article « Abattoir », Documents, 1929, n°6
image 2: Lady Gaga attaque Baby Gaga, la glace au lait maternel. Lien Popopotins

Si cette présence de la vie organique, peut nous dégouter au point d’ « être mis en quarantaine », pour paraphraser l’article « Abattoir » cité précédemment de Georges Bataille, c’est qu’elle ose prendre d’assaut « la figure humaine ». En témoigne la photographie de Eli Lotar prise aux abattoirs de La Villette et qui illustre l’article de Bataille. Georges Didi-Huberman dans son livre « La ressemblance informe » fait une description minutieuse et éclairante de ce  » « résidu suprême », le tas informe de ce qui fut animé, puis sacrifié, (…)  la certitude que la « masse sanglante » d’un homme écrasé n’est probablement pas plus « noble » qu’une « chose sanglante » traînant sur le sol d’un abattoir » p.162.

Mais cette même vie organique continue aussi de nous fasciner, de nous attirer, car elle réveille en nous un appétit « cannibal » pour l’autre , un désir de possession, le même que celui qui attire le bébé vers le sein de sa mère. Le lait maternel, source de vie « humaine » et qu’illustre la  Madone se découvrant pour se donner à la « dévoration » du nouveau né. C’est un des concepts majeurs travaillé et mis remarquablement en « scène » par Jeanette Zwingenberger dans l’exposition de la Maison Rouge.

Aussi, ne faut-il pas s’étonner de retrouver ce mariage anthropophage entre vie organique, masse informe, désir régressif, dégustation sucrée, et Lady Gaga dans le rôle de la Madone…  comme recette du succés pour vendre une glace au lait maternel. L’opportunisme du glacier à baptiser sa glace Baby Gaga n’a pas d’autres ambitions, à mon goût, que de nous faire partager la chair et le lait de la Star, icône religieuse profane.



Image 1: Justin Bieber’s Hair Sells for $40,668
Image 2: Reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne.

C’est la même fascination pour le corps « sanctifié » et ses reliquats qui justifie les reliquaires profanes ou religieux et la dévotion qui les entourent, dévotion que l’on retrouve intact aujourd’hui lorsque Justin Bieber met aux enchères sur ebay une mèche de ses cheveux, vendu  prés de 99 000 euros. Et pour lui donner cette caution casi de sainteté, l’argent va à une « noble cause ».



Image 1: Kali, Masque. exposition « Tous cannibales », Maison Rouge.
Image 2: Nicola Formichetti, image trouvée, Google image, droit DR

Avec la démocratisation à outrance du « tous photographes » encouragée par les facilités techniques, et son corollaire la disparition de la figure de l’artiste, génie créateur en marge de la société, l’acte créatif s’est trouvé requalifié. D’abord par les artistes eux-mêmes depuis le geste augural des ready-made de Duchamp, ensuite par le discrédit que ce geste a pu susciter dans le grand public. Aujourd’hui, la fracture est consommée et l’art contemporain peine à affirmer sa légitimité critique alors même que l’image devient omniprésente. Le grand public se tourne vers des figures médiatiques plus accessibles et séduisantes, sans toujours considérer que l’image qui les séduit est le double d’une image issu de l’univers d’un artiste.

Ainsi de Lady Gaga qui dessine ses apparitions et ses délires créatifs avec un professionnel de la mode et de l’art, Nicola Formichetti. Tombé dans un « bouillon de culture » dès son enfance, grandissant entre Tokyo et Rome, ce créateur hyper actif sait parfaitement capter l’air du temps qu’il conjuge à une culture cosmopolite et artistique décomplexée. Il recycle, déplace, assemble la haute et la basse culture, marie les chef d’oeuvres avec les stars à paillettes. Sa personnalité dévoreuse me le fait ici comparer à la déesse Kali telle qu’elle est présenté par ce masque à la langue pendante dans l’exposition « Tous cannibales ».



Image 1: Lady Gaga aux MTV Vidéo Music Awards, septembre 2010.
Image 2: Victor Brauner, Conciliation extrême, 1941. Présenté en inroduction de la première salle dans l’exposition « Tous cannibales » à la Maison Rouge.

Lady Gaga a compris que les images ont un pouvoir (séduction ou provocation) et elle a chargé son pygmalion (qui connait leur enjeux et leur hisoire) de lui façonner son image.

Ainsi offerte à l’adoration des masses, elle peut en retour les soumettre à la dépendance de son image. Pour preuve, sur le blog Gagadaily elle vient  d’annoncer que sa page Facebook dépassait dorénavant les… 300 millions de fans et le journal Libération en date du  18 mars, relève que sur son nom elle vient de faire acheter à ses fans pour 250 milliers de dollards, soit 178 000 euros,  de bracelets Lady Gaga en silicone afin d’ aider les victimes des catastrophes au Japon, « sans plus de détails sur la répartition de la somme ».

Alors est-ce Lady Gaga qui s’ offre en partage au monde ou bien elle qui le cannibalise? est-elle sujet à la consommation ou objet de consommation? Dans un article paru l’année dernière dans les Inrockuptibles, Lady Gaga affirmait: « Un jour, tu ne pourras plus entrer dans une supérette sans entendre parler de moi. »

Dans un temple de la consommation, ce sont les vœux crue d’une madone contemporaine.



image 1: page Google images, tag: lady-gaga-viande-vogue
image 2: perspective sur la première salle de l’exposition « Tous cannibales » avec au fond la robe de Jana Sterbak et au premier plan le tableau de V.Brauner, Conciliation extrême.


HELLO DOUBLE RAINBOW

Dimanche, janvier 2nd, 2011




Dans le classement YOUTUBE des vidéos les plus regardées en 2010 (hormis les clips des grands labels), en 6eme position apparait le « Yosemitebear Mountain Giant Double Rainbow 1-8-10″ (cf. ci-dessus)

Vu au jour d’aujourd’hui 23108825 de fois. la video la plus regardée  lors de sa mise en ligne en juillet dernier sur Youtube est le parangon de ces vidéos d’amateurs qui remportent une adhésion planétaire… mais pourquoi donc ? Parce qu’elle contient la graine du succès traquée par toutes les agences de conseils en communication tremblantes devant la concurrence du « consommacteur »: cette graine c’est la « communication émotionnelle », qui fait qu’un simple « message » (ici « Double Rainbow, oh! my God, it’s so intense! »)  véhiculé par une grosse dose « d’émotion » (et il y en a dans la vidéo du « double rainbow »: rire, pleure, extase!) devient la garantie de son succès. Ici, pas ds stratégie, ni plan de communication, mais de  l’ « intelligence émotionnelle » . (Celle là même que réclame Jacques Séguéla faisant du manageur de demain un « rebelle avec un énorme QE » (à retrouver dans la très bonne chronique de Julie Clarini « Les idées claires » sur FC)). Ayant reconnu une émotion commune, l’internaute procède par « gémellité » affective, il calque ses affects sur ceux de la vidéo, se reconnaît, et s’extasie (soit par le rire soit par les larmes) de cette image miroir. C’est l’effet « double rainbow », moi et moi!, peut importe le kitsch, la véracité ou la qualité de ce qui nous est raconté, seul le miroir compte.



Image 1: photo extraite de l’article Stéréoscopie sur Wikipedia
Image 2: Double Rainbow Guy « Bear » Vasquez on Jimmy Kimmel Live, Youtube.

La conséquence de cette reconnaissance et de cette adhésion, c’est l’effet ricochet, le quart d’heure de célébrité warholien pour son créateur et son effet viral (talk show, interview, citations à foison …) puis vient le « buzz créatif », la « rainbow connection »: j’en parle et si possible de façon créative: T shirt, cocktail, parodie, remix etc… labélisés double rainbow.


Image: « The Double Rainbow Cocktail » sur Alcademics.com

La suite: ouvrir une boutique en ligne et rentabiliser l’émotion et le narcissisme. Pour notre ours de Yosemite c’est chose faite avec www.doublerainbowstore.com. (T shirts, tongs, bracelets et même une application Iphone…)





On pourrait aussi lui conseiller d’ouvrir une agence de pub. Fred et Farid viennent justement d’ouvrir une nouvelle enseigne au nom programmatique « HELLO SUNSHINE » et dont la philosophie (« an agency that understands that optimism is what makes you popular ») s’accorde parfaitement avec l’effet double rainbow, Fred précise dans l’interview qui présente le nouveau projet ses ambitions « Une approche fraiche, nouvelle et tout… et attirante pour les clients ». Alors pourquoi pas « HELLO DOUBLE RAINBOW »? D’autant plus que dans la liste des cadeaux que l’agence a commandé au Père Noël il y a… « A magic rainbow over head projector ». Publicitaires, la solution pour vos problèmes en 2011… proposez à vos clients de laisser derrière eux la crise et de regarder vers un avenir atmosphérique et rieur bourré d’intelligence émotionelle. Bonne année!




Image 1: HELLO SUNSHINE – a letter to Santa. FF backstage
Image 2: HELLO SUNSHINE – philosophie.
Image 3: HELLO DOUBLE RAIBOW OH MY GOD, d’après Jonas Claesson

LA BEAUTE EN CONSERVE

Lundi, novembre 8th, 2010


Image 1: Publicité Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Andy Warhol,  » Campbell’s Soup I »,  1968 et Piero Manzoni, « Merda d’artista », 1961.

Le Centre Pompidou est en toile de fond de la nouvelle campagne Monoprix. Pied de nez aux « marchandises culturelles » ? Dénonciation  du rôle « d’agent conservateur » de ces grosses institutions?  Ou plus probable, le supermarché urbain et tendance se paye une légitimité artistique en élevant sa nouvelle ligne graphique au rang des Beaux-Arts. Ses consommateurs érudits s’y retrouveront, ce sont eux qui ont les cartes laissez-passer et fidélité Beaubourg et Monop.

Le clin d’œil à la « soupe à la tomate » de Warhol est drôle, mais pourquoi donc aller jusqu’à décider dans les publicités qui accompagnent le lancement des nouveaux produits de ce qui est beau ou pas? N’est-ce pas une notion compliquée et ambigüe à définir  lorsqu’on aborde le champs des « Beaux-arts »? Les « merde d’artiste » de Manzoni ne risquent-elles pas de passer à la trappe dans la sélection du bon ou du mauvais goût selon Monoprix? Dans ce cas ce serait une amère défaite pour Manzoni et une victoire pour les conserves, lui qui avait décidé de réaliser cette série d’œuvres en réponse à son père, propriétaire d’une usine de conserves justement et qui l’accusait de faire de la merde.



Image 1: extraits des publicités Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Jean-Luc Moulène.  Produits : « Munitions, 18 février 1991″,  1991. Affiche sérigraphié, 300 x 400 cm. Frac Bourgogne.

A « voir »  le discours de Monoprix, on pense à cette œuvre extraite de la série des Produits de Moulène, réalisée au format publicitaire 4X3 m, et bien nommée « Munitions ».


Image 1: Sur-couverture Monoprix, Libération du 5 novembre 2010.
Image 2: Michel de Certeau  L’invention du quotidien – Arts de faire, Gallimard, 1980

Monoprix proclame en couverture publicitaire de Libé: « NON AU QUOTIDIEN QUOTIDIEN » qui dans une parfaite tautologie propose de réenchanter le quotidien par ses nouveaux packagings colorés. Mais ce que l’on souhaite demander aux deux protagonistes concernés, les publicitaires et les journalistes (Laurent Joffrin essaye bien de se justifier sur la page de une en trouvant dans le slogan un clin d’œil bienvenue au journal Quotidien) c’est bien, en reprenant Michel de Certeau, qu’est-ce que le lecteur du journal peut « fabriquer » avec ces jeux de mots philosophico-esthétique et ces associations ambigues  entre consommation et information? Lui qui a payé son journal serait en droit d’attendre un élément de réponse: qui parle sur la couverture, son journal ou son supermarché?

C’est peut-être « l’inconscient » du journal qui la trouve cette réponse sur la « fausse » couverture qui une fois repliée ne laisse du message publicitaire qu’un « collage » graphique très réussi, cadavre-exquis:

NON / LIBERATION / Remaniement / Vous avez dit bazar?

ART TRADERS (« We’ve got style »)

Dimanche, octobre 17th, 2010



Image 1: Staff stand in a meeting room at the Lehman Brothers offices in the financial district of Canary Wharf in London September 11, 2008. Lehman Brothers eventually filed for bankruptcy – the largest bankruptcy in U.S. history – and was delisted from the NYSE, and later liquidated. REUTERS/Kevin Coombs. BIGPICTURE, The Year 2008 in photography.

Image 2: Santiago Sierra, « Une ligne de 250cm tatouées sur six personnes rémunérées ». Espace Aglutinador, La Havane, Cuba. Décembre 1999



La vente de la collection d’art de la banque Lehman Brothers chez Sotheby’s et Christie’s  au cours du mois de septembre dernier  a déroulé la liste des artistes contemporains les plus en vue sur le marché et dont la côte se prête le mieux à la spéculation: stars internationales (Richard Prince, Gerhard Richter, Lucian Freud, Murakami…) dont les « Young British artists » (Hume, Hirst…) aujourd’hui vieux. Deux ans après sa banqueroute qui avait annoncé le début de la crise financière mondiale, la banque cherche à rembourser ses dettes et liquide sa collection. Les artistes seront-ils à la hauteur de la plus value attendue?

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