Categorie / VIS À VIS

futur contemporain

Mercredi, octobre 1st, 2014

Un dernier greffon pour la route. Vous pouvez me retrouver dans les pages « Décryptages » de Polka magazine pour un démontage iconographique en 4 étapes d’une publicité actuelle. Et plus d’info sur mes activités sur le site du collectif Theory of fictions. www.theory-of-fictions.com

Sinon, la vie continue sur les tumblr:
le quotidien
legreffon.tumblr.com
le diary en image
legreffon picture diary
l’atlas des rejets
legraft.tumblr.com

Dans le numéro 27 de la revue Polka, j’analyse la publicité Guinness de la série « Made of More » dont les « héros » sont des Sapeurs (les membres de la S.A.P.E) du Congo-Brazzaville. Aujourd’hui, c’est le titre « Black skinhead » de Kanye West, extrait de son dernier album Yeezus qui est « blackisé » pour les bons soins d’un spot #madeofblack, toujours pour Guinness. La publicité, pur produit de la culture MTV (donc très belle réalisation), montre des artistes Africains « qui n’ont pas peur de s’exprimer vraiment » dixit le dossier de presse. Il suffit de comparer la première prestation public de West pour le titre sur SNL en mai 2013 et son reload clipé d’aout dernier pour savoir qui s’exprime « vraiment »… Non, l’Afrique est « NOT FOR SALE ». Pur Greffon. A bientot

ORIGINAL / COPY









INEVITABLE…

Vendredi, novembre 9th, 2012




Image: Publicité « Inévitable » parfum Chanel n°5 / Brad Pitt & Angelina Jolie vu comme des américains moyens, photomontage Danny Evans.


« The world turns and we turn with it? »

Les parodies n’en finissent plus de caricaturer la campagne pour le parfum Chanel n°5 avec l’acteur Brad Pitt délivrant des vérités stratosphériques (comme semble le suggérer le packshot final du flacon flottant dans un couché de soleil intergalactique). Les commentaires sur youtube font apparaitre tout l’humour et l’ironie qui contribuent à travers ces parodies à détruire une image… chèrement réalisée (on imagine).

Celle du Saturday Night live, est la plus juste au fond. On y découvre Taran Killam qui se moque de la publicité: « Les ambitions disparaissent et les rêves demeurent. Et puis les rêves se réveillent et sourient à la réalité… Je suis désolé, il n’y a vraiment pas de scénario ? Parce que je parle tout seul depuis presque deux heures d’affilée et je commence à avoir l’air d’un dingue. Vous voulez que je semble encore moins cohérent ? Vraiment ? Ok, je peux commencer à inventer des mots. Vous aimez ça ? Très bien » dit-il. Il continue un moment avant de finir par: « Désolé, est-ce que c’est moi ou bien est-ce que je ressemble à un « super homeless » ? C’est ce que vous voulez ? Ok, alors. Rock n Roll ! ».

De fait, entre la « star » et le « super homeless », la frontière de notre humanité peut vite devenir mouvante… C’est ce que nous disent explicitement les photomontages de Danny Evans. Ce monsieur n’a pas de site et ne semble pas un photographe professionnel. Il a simplement une page facebook au nom de Planet Hiltron (qui totalise tout de même à ce jour 24 823 j’aime). On peut donc légitimement imaginer un amateur, bidouilleur sur photoshop qui s’est trouvé comme hobby de faire des stars des « Celebrity Make-unders » comme il les re-qualifie. Soit un jeu de mots en anglais avec « make over » (transformer et au-dessus) devenu « make under » (transformer et au dessous).
Dans les deux cas, parodie ou détournement, il s’agit bien avec la puissance d’Internet, d’un nouveau pouvoir du « grand public » sur les images des « grands de ce monde ». Une nouvelle culture vient concurrencer le bon goût et la légitimé de la culture officielle et cette culture avance très décomplexée…

Comble de l’ironie, dans l’affiche publicitaire figure le seul mot « Inévitable », vraiment?





CORRESPONDANCES

Vendredi, novembre 4th, 2011

 

 

La FIAC achevée, une série de billets sur le Graft font un point d’actualité sur les rapports entre arts mineurs, publics et arts majeurs, contemporains.

NO REMORSE, NO REGRET (OBEY)

« Obéis ou disparais ». La petite boutique de Shepard Fairey.

VAVANGUER (Domaine public)

Sculpture et espace public, « corps étendu », matelas, Moore, Moulène.

CRU / STRIP (RICHTER)

Correspondance

MISE EN ABIME (Lindsay Lohan)

Jusqu’où l’art contemporain peut-il s’approcher de l’image des stars sans se brûler les ailes?

NAUGHTY PICASSO (« L’Etreinte », 1969)

Picasso est-il un pornographe? (et la FIAC 2010 son lupanar)

VARIANTE VEILHAN 

Sur les rapports entre le Ministère de tutelle et les artistes labellisés « made in France ». (acte manqué)

« Under protection » (En avant!)

Dimanche, août 14th, 2011





Nouvelle tentative d’appropriation abusive, détournement scabreux, ou « usage » désormais inhérent à la circulation et à l’utilisation des images sur la toile? (il faut entendre image dans le sens que lui confère « google images », c’est à dire des « vignettes » coupées de leur contexte originel)







Levi’s lance sa nouvelle campagne de publicité signée « Go forth! » (« Va de l’avant! ») et continue à emprunter aux codes de la contre-culture née des années 60 (ici le poète Charles Bukowski, le Rock’n roll et les mouvements d’insurrection de la jeunesse) (Pour en apprendre plus sur les antécédents de cette campagne de publicité cf. article du Greffon Mordre à l’appât (Wrangler)).

Il est à nouveau légitime de se demander si une marque de jeans est à même de porter un message incitant à l’action « pour que chacun saisisse son destin et laisse sa propre marque (sans jeu de mots) »… mais il faut croire que son influence est prise au sérieux puisque la diffusion du spot est interdite à la télévision et au cinéma en Grande-Bretagne où certaines séquences mettant en scène un jeune manifestant (un « casseur » à la française vu les rues haussmaniennes? ou un « rioter » version Londres?) font craindre un message en faveur des violences. Opportunisme ou hasard de calendrier? La marque profite pleinement de cette actualité pour renforcer sa légitimité auprès de son « cœur de cible », les jeunes…








Image 1: ecran publicité Levi’s. « Levi’s Legacy » 2011
Image 2: ecran video Allora & Calzadilla. « Under discussion » 2005


L’autre emprunt de ce film de publicité est à mon sens plus elliptique mais pas sans conséquences: Une des séquences montre un homme (en jeans…) monté sur une table posée tête-bêche sur l’eau et équipée d’un moteur. L’image est très forte, visuellement déconcertante et lorsque vous l’avez vu vous ne l’oubliez pas. Hors cette séquence est la copie quasi conforme (le jean en plus!) d’une vidéo datée de 2005 de deux artistes contemporains aujourd’hui consacrés Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (ils sont les artistes invités du pavillon des Etats-Unis à la Biennale de Venise cette année).





Image 1: ecrans video Allora & Calzadilla. « Under discussion » 2005
Image 2: »Nongovernmental Politics« , édition Zone Books, 2007


Le sens que les artistes donnent à cette « performance » (eux parlent de « sculpture » à propos de leur vidéo) dépasse la belle image décalée et rêveuse qu’elle devient dans le cadre de la publicité. Le contexte qui a conduit à la réalisation de la vidéo peut à certains égards trouver un écho dans les propos de Levi’s mais l’esthétique publicitaire se heurte à la radicalité de leur propos et c’est cette douche écossaise qu’il s’agit d’analyser.

Nommé « Under discussion » (« En discussion »), la vidéo est une réponse poétique et politique au statuquo qui régnait en 2005 sur l’île de Vieques (possession de Puerto Rico) dont une large part fut occupé à partir de 1941 par l’armée américaine pour y pratiquer des essais d’armements et des entraînements militaires (pour les guerres de Corée, Vietnam et jusqu’à l’Irak). En 2003, après leur départ, la question s’est posée de savoir qui allait « nettoyer » la zone et soigner les personnes contaminés par les essais (en particulier à l’uranium en 1999) ou indemniser les pêcheurs privés d’une grande part de leur espace de pêche. La « ballade » de ce fils de pêcheur (qui fut un des leaders du mouvement de désobéissance civil des années 70) sur son drôle de bateau, évoque la table des négociations rendue de façon poétique et assez absurde à l’usage qu’en attende les habitants concernés: un moyen de profiter pleinement de leur île.

Comment une telle image se retrouve donc t-elle dans une publicité? et est-ce que les directeurs artistiques connaissent le contexte originale de la vidéo? L’achat d’art a-t-il payé des droits aux artistes? Les artistes ont-ils acceptés le détournement de leur video pour une marque …américaine?





Ces questions trouvent à mon sens en partie une réponse dans la dissolution des images sur le web via les « catalogues » d’images divulguées par les blogs de « tendance » (exemples, parmis tant d’autres, avec ffffound ou fubiz ou I like this art) et dont sont friands les directeurs artistiques. Inspiration visuelle sans cesse renouvelée, les auteurs de ces blogs (personne, marque ou societe) aiment à partager cette « dose » quotidienne d’images souvent coupées de toute stratification de sens et de contenu. Elles affichent un nouveau standard d’images lisses et brillantes issues du monde de l’art, du design, de la mode, de la communication et qui font leur chemin parfois jusque dans une publicité…

Pour Allora & Calzadilla on les retrouve par exemple sur « I need a guide » / A daily style directory, ou sur Knockaround pour annoncer la nouvelle année 2011 « I predict that 2011 will be a year of exploration » et proposer un jeu avec les lunettes Knockaround.

Le Dark Planner dans un de ses billets récents encensent le dernier film Levi’s et note que « Ces derniers mois, aux USA en particulier, la marque a joué courageusement avec le territoire du politique. » Mais où est le courage quand il s’agit de vendre une pair de jeans à des jeunes gens et que pour des raisons certainement d’assurance, le bateau de Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla se retrouve équipé d’une … bouée de sauvetage! Le voilà le courage politique de la publicité qui avance fièrement « Under protection ».

Now is your time…







ORDRE et FOULARD

Mercredi, février 2nd, 2011


Image 1: « Affrontements vendredi dans une avenue de Tunis, quelques heures avant la fuite du président Ben Ali. » photo Fethi Belaïd. Le Monde 16-17 janvier 2011.
Image 2: BUREN, HAUTE COUTURE « A partir de ce qu’il appelle ses « photos-souvenirs », Daniel Buren a réalisé 365 carrés de soie Hermès, tous uniques, telles des oeuvres d’art-à-porter ». Beaux-Arts Magazines, octobre 2010.


Vendu 5000 euros l’unité, Buren réaffirme avec ces foulards, l’autoritarisme désinvolte et sectaire de son « outil visuel » (d’une largeur de « plus ou moins » 8,7 cm…). En associant une image sans qualité (Buren posséde sa propre banque d’images de clichés, poncifs, souvenirs) et un cadre passe-partout (c’est le nom que lui donne Buren) doté de sa « marque », l’artiste revendique non sans cynisme l’objet de luxe « en tant qu’art ».

Pour juger de la pseudo neutralité de son « outil », il faut relire le chapitre (cf. extrait ci-dessous) que Guillaume Désanges consacre à la verticalité dans son livre « Théorie de l’art moderne / Théorème de l’art maudit ». Il y déconstruit la tentative de rationalisation du monde qu’impose la ligne verticale de Buren.
Placée en introduction du billet, la photographie des affrontements entre le peuple et les forces de l’ordre à Tunis vient, comme en écho au texte de Désanges, démontrer  symboliquement avec cette casemate couchée sur le côté au motif évocateur, que le renversement d’une dictature est bien le renversement d’un signe dont Buren ou le pouvoir de Ben Ali ont fait un principe de « droiture et d’autorité organisationnelle ».

Vérification et validation de la bande étalon. (photo extraite d’un diaporama présentant la confection des foulards sur le site institutionnelle d’Hermès. droit DR)


VERTICALE

De fait, on note une prédominance immédiate de la verticalité. Idéal archaïque d’une élévation physique mais aussi spirituelle de l’homme. Symbole d’ascension et de progrès, d’absolu, d’arrachement à la pesanteur animale, la verticale représente force et dignité. (…)

Ainsi que, bien sûr, domination. De l’homme sur la nature… et sur les autres. (…) Car il n’y a pas de neutralité au royaume des signes. Et la partition verticale de Buren, inlassablement rejouée, opère elle aussi comme un indice potentiel d’ambition et de domination. Comme une règle à apprendre et à reproduire. En même temps qu’une règle brandie, menaçante. Signe de droiture et d’autorité organisationnelle.


Extraits de « Théorie de l’art moderne / Théorème de l’art maudit » Guillaume Désanges. édition MAC/VAL 2010.




Image 1: « Photos-Souvenirs au Carré Daniel Buren ». Edition Hermès. Chaque Carré est  vendu dans un coffret accompagné du livre.
image 2: « Barrage filtrant organisé par des salariés en grève, mercredi, sur une avenue de Toulouse ». photo: Xavier de Fenoyl. La Croix, 22 octobre 2010

Buren dénomme « photos-souvenirs » son album de famille. L’artiste ne revendique aucune dimension artistique dans ces quelques 400 000 clichés. De ce corpus, Hermès et Buren ont extrait 22 images qui, non sans ironie, sont élevées au rang d’objet de luxe. Elles composent les motifs des foulards, le cadre déclinant dans différents coloris les bandes logotypées D.B.

En vis-à-vis, une autre photo « souvenir », prise dans l’actualité des manifestations d’octobre dernier en France contre la réforme des retraites, autre verticalité déjouée, autre « carré », celui-ci emblématique du monde du travail: la palette.




Daniel Buren – Photos-Souvenirs au Carré from kamel mennour on Vimeo.

Image 1 et vidéo : « Daniel Buren – Photos-Souvenirs au Carré » vidéo de Kamel Mennour à l’occasion de l’exposition à la Monnaie de Paris.Viméo.
Image 2 : « Tunisians climb government buildings outside Prime Minister Mohamed Ghannouchi’s offices in Government Square in Tunis January 25, 2011. »  (Christopher Furlong/Getty Images) The Big Picture.


Pour conclure, la devise de la maison Hermès: « Tout change, rien ne change », pourrait tout aussi bien convenir au travail de Daniel Buren dont l’hégémonie sur le paysage culturel français (sans remettre en question les positions critiques essentielles de travaux plus anciens, période BMPT )  s’apparente aux règnes monarchiques de ces potentats du monde Arabe qui aujourd’hui vacillent. Enfermé dans une logique de pouvoir, et d’argent, (il est à cet égard symptomatique que l’exposition des foulards de Buren se soit déroulé la Monnaie de Paris!) les uns et les autres, pouvoir autocratique et pouvoir culturel institutionnel, restent aveugles aux volontés de changement. Droit dans leurs bottes. Vertigineux.