Image: séduction ou subversion?

octobre 3rd, 2012

Voici le lien vers le pdf du Portfolio intitulé « Image: séduction ou subversion? » que j’ai réalisé pour le numero 2 de la revue TANK
PDF PORTFOLIO TANK2

Il s’agit d’un montage d’images axées sur une Time line qui permet de mettre en perspective des récurrences, répétitions, ré-inventions des mêmes figures au travers des époques.

Merci à la revue Tank de m’avoir permis de mettre ainsi en forme et en pratique dans une publication une des raisons d’être de ce blog.
Ce numéro 2 est en kiosque et très riche d’informations sur la communication pris au sens large. De sujet d’actualité, (des espaces de co working à un portrait de Jean de Loisy autour du Palais de Tokyo) au sujet d’époque (la radio aujourd’hui?) à des dossiers avec une entrée plus sociologique et philosophique (dans ce numero, La transparence).



What’s next? (swag)

septembre 20th, 2012



Images: Captures d’écran de la page d’accueil de Google Images et des suggestions d’occurences les plus populaires associées au mot « image », « photo », « photographie ».


Si l’on se réfère aux occurences liées au mot « image » sur Google, on voit que avant d’être « fashion, love, de coeur, d’amour, triste, de swag, 3d ou de chevaux… » l’image doit être « drôle ». Et la « photo »? elle doit d’abord être « de couverture Facebook ». Pour la « photographie »? « Noir et blanc ». Le mot le plus juste pour qualifier une image devient donc une référence à quelque chose d’ancien, évoquant une nostalgie pour un savoir faire qui ne peut trouver son sérieux que dans le noir et blanc…
Mais au delà des divergences, le mot qui est commun au trois recherches c’est le mot »swag » soit l’expression la plus contemporaine de la hype. Une image, photo, photographie doit me donner la parfaite image de la tendance, elle doit me dire ce qui est où ce qui n’est pas « l’image du moment ».

Image: Twitter: 36% du contenu partagé dans le monde est visuel. « En juillet 2012, Diffbot, une entreprise spécialisée dans l’analyse de l’information circulant sur le web, a étudié 750 000 liens postés sur Twitter dans le monde. Elle a constaté que 36% de l’information partagée se constituait d’images ». Source Infopresse.


L’image prend le pouvoir

Si l’on se réfère à l’étude (cf.ci-dessus) menée par Difboot, sur Twitter en deux ans les tweets partageant des photographies sont passés de quasi 1% à aujourd’hui 36% (devant les tweets partageant des articles, 16%…).
Les images prennent le pouvoir et deviennent le viatique le plus immédiat pour partager notre rapport au monde. Mais qu’est-ce qu’il faut voir derrière ce mot « image »? Le site de réflexion stratégique de Getty Image « Curve » parle dans un article titré « Photographie: L’application tueuse« , de « photographie sociale » pour qualifier ce nouvel usage. Parce qu’une image prise au smartphone et instantanément partagée sur le Net est lue aussitôt qu’elle est vue, elle devient l’expression d’une « expérience partagée », d’une trace du quotidien qui impose sa fulgurance au risque de sa fugacité (l’une chassant l’autre).
Combien de temps sommes-nous prêt désormais à accorder à l’image, de sa réception à sa « digestion »? (difficile de qualifier en un mot ce que c’est que de recevoir, comprendre, traduire et faire sienne l’expérience artistique comprise dans une image, photographie, oeuvre, quelle qu’en soit sa nature). Dans son numero 29 intitulé « What’s Next? » la revue FOAM dresse un large bilan de la révolution en cours de notre culture visuelle, et pose la bonne question… « Quelle est la prochaine? » (image, étape, évolution…)

Je ne suis malheureusement ni journaliste, ni historien, ou sociologue, ou théoricien des images mais observateur « monteur » et le sérieux (parfois à la limite du… hiératique) avec lequel j’écris mes articles afin de rétablir une hiérarchie que je pense juste dans la perception que nous avons de notre quotidien hyper indexé sur l’image semble dépassé par le flot des images… Chercher à définir où trouver la bonne image revient juste à tourner le dos à la marche du monde!
C’est pourquoi les greffes, associations, vis à vis, ricochets que je réalise dans la partie » Atelier » (le Graft) ont pris l’ascendant sur les articles de fond du Blog trouvant là une liberté de ton plus juste pour traiter de mes préoccupations, voir obsession, dont cette question: Qu’est-ce qui rend aujourd’hui une photographie visible? Qu’est-ce qui est regardé, attendu, désiré?

En définitive, ma réponse et les billets dont je suis le plus fier sont… des photographies (en couleur! et bientôt des montages aussi) qui se trouvent sur le journal photographique du Greffon, The picture diary un Tumblr (on n’est pas à une contradiction près) que je mets à jour une fois par mois et qui présente mes propres images…

En voici la première faite à Paris le 1 mai 2012 et la dernière en date postée en août. En somme, un blog partisan sur ce qui me regarde… (par exemple le monde, ses conflits géo-stratégique et ses velléités impérialiste réunis sur un paquet de cigarette).
Comme le dit très bien Oxmo Puccino dans sa chanson un « Roi sans Carosse »: « Déja commencer l’on verra… ». Ce Tumblr, c’est mon swag…


La montagne rouge, une école d’expérience.

mai 31st, 2012





Images: extraites du Tumblr de L’école de la montagne rouge, initiée par des étudiants en design de l’école d’art de Montréal (UQAM) pour soutenir le printemps érable.


Hier dans le cahier livres de Libération, Robert Maggiori signait un long article sur le philosophe américain John Dewey, Dewey, homme d’expérience. L’occasion lui en était donné par la première publication en français de « Expérience et nature » (traduit et postfacé par l’une des grandes spécialistes de Dewey, la philosophe Joëlle Zask). Soit 87 ans après sa publication aux Etats-Unis… Mieux vaut tard que jamais.
Mais c’est surtout au regard des événements en cours au Québec que cette traduction et la pensée de Dewey semblent particulièrement à propos et salutaire.

Extrait:
«Un gouvernement de « techniciens » dans lequel les masses n’ont pas la possibilité d’informer les experts quant à leurs exigences ne peut être rien d’autre qu’une oligarchie défendant les intérêts de quelques-uns. Le monde a davantage souffert par œuvre des dirigeants et des autorités que par celles des masses. » The Public and its Problems, 1927…

Dewey, surnommé « the quiet man » n’avait rien d’un dangereux anarchiste comme le précise Maggiori. Passionné par la pédagogie, il évaluera puis mettra au point une méthode d’enseignement basée sur l’action (« hands-on learning » « apprendre par l’action ») largement diffusée et adaptée à travers le monde et dont l’un des aboutissements serait de façon exemplaire l’école « dissidente » fondée par les élèves de l’UQAM. En grève contre la hausse de 82% de leur frais de scolarité, quelques étudiants de design ont décidé de fournir des signes de la révolte aux manifestations en cours. Cette « école » prend donc ses cours « dans la rue » et, au contact des évènements, trouve les solutions graphiques aux préoccupations communes. Le résultat visble sur le Tumnlr ouvert à cette occasion est fascinant. Outre la force et le nombre des messages, c’est la preuve de la justesse des propositions de Dewey ici rapporté par Maggiori:

« L’enseignement ne doit pas se fonder sur une transmission livresque et notionnelle, ni inculquer des valeurs de façons dogmatique ou séparer la connaissance de l’action. Il faut au contraire une école « ouverte », ouverte à la société et ses problèmes, l’élève doit y être autonome et apprendre à réaliser avec les autres des projets de recherche, une gestion commune des savoirs, faite de dialogue et de critique, et apte à développer au mieux cette intelligence qui guide l’homme dans le labyrinthe du monde et de la vie. »

La vie selon Dewey est bien le meilleur professeur et les circonstances à saisir les sujets d’apprentissage. S’il est bon de retourner régulièrement à l’école, ces jours-ci, l’école a suivre est certainement celle de La montagne rouge!

A lire:
Dewey, homme d’expérience, Un ouvrage-clé du penseur américain Par ROBERT MAGGIORI. Libération, jeudi 31 mai 2012.

John Dewey, Expérience et nature, Gallimard, 2012.


Et à retrouver sur le Graft:
TENDANCE ROUGE (suite)
et
CRU / « EVENEMENT PUREMENT CUBAIN »

TROPICANA PROJECT (jus de soleil)

février 2nd, 2012

Image 1: « Tropicana project », Greyworld pour Tropicana, 23 janvier 2012.
Image 2: « The Weather project » Olafur Eliasson, 16 October 2003 – 21 March 2004 Turbine Hall, Tate Modern.

La marque TROPICANA considère que le soleil est un jus d’orange apte « to change things for the better »





Image 1: « The Weather project » Olafur Eliasson, Tate Modern
Image 2: « Tropicana project », Greyworld pour Tropicana




« En 2004, sous le titre The Weather Project Eliasson a placé un grand soleil à l’Est du Hall de la Tate Modern. Soleil qui irradie une lumière suffisante pour que les visages des spectateurs soient éclairés dans tout l’espace. Par ailleurs le plafond de ce lieu immense a été entièrement couvert de miroirs. Enfin une brume est diffusée dans tout l’espace cachant le soleil et lui donnant un halo de mystère. Il s’agit donc dans un site dédié à l’art d’une reconstitution d’un élément de la nature, mais aussi d’une reconstitution des sentiments que ces phénomènes : couchers ou levers du soleil suscitent chez le spectateur, notamment dans la façon dont ils ont été exprimés par les peintres. Ce qui est extraordinaire c’est la réaction du public et j’ignore si elle était prévue. Le hall de la Tate Modern est devenu un immense terrain de jeu et de méditation. Certaines personnes s’arrêtent et contemplent l’effet comme ils le feraient dans la nature, d’autres se couchent par terre en groupes et jouent avec les miroirs en essayant de créer des formes ou des lettres que l’on peut lire au plafond. » Texte extrait du blog « L’art en jeu« , 6 novembre 2003.

En 2012, la marque de jus d’orange « Tropicana » détourne grâce à la complicité d’artistes spécialisés dans l’évènementiel, l’agence « Greyworld », le projet initiale de Eliasson pour donner aux Londoniens (de Trafalgar Square tout de même) l’occasion de « bien commencer la journée ». Soit une instrumentalisation de l’expérience gracieuse et généreuse de la Tate ( l’entrée du Hall est gratuite et les réactions des visiteurs allongés paisiblement sur le sol de cet espace public l’attestent) pour un réflexe de promotion et de buzz très web 2.0: de fait, en 2012 ce sont les appareils numériques divers qui ont été les vecteurs principaux de l’expérience, pas les « visiteurs ».






Chez Tropicana, tout avait été prévu pour « faire image »: les chaises-longue logo-typées, les jeunes filles en maillot de bain et les lunettes de soleil… jusqu’au making off de la performance forcément titanesque (« L’agence a réalisé une structure ronde de 2,5 tonnes, avec une puissance de 210 000 watts, qu’elle a fixé lundi dernier près de Trafalgar Square. L’illusion était parfaite : les londoniens sont restés bouches bées devant ce puits de lumière actif dès l’aube. L’opération n’a duré que 24h, mais a permis à certains de bien démarrer leur journée. » citation DOC News).


La publicité a trop vouloir se frotter à certaines œuvres d’artistes continue de confondre expérience de l’image et instrumentalisation d’un discours. Ici, le jeu apparaît trop court (24h pour Tropicana, 6 mois pour Eliasson) et réchauffé (2004, soit 8 ans après) pour ne pas être gentiment moqué…


PROTESTER or LOOTER

décembre 31st, 2011



Image 1: Person of the year 2011: The Protester. Time Magazine. déc 2011
Image 2: Icône Russe, ebay. Septembre 2011.
Image 2: « We are the 99 percent », Le 22 décembre 2011.

Donner une image à la contestation

A quoi reconnait-on, au point de faire la Une du Time Magazine, un PROTESTATAIRE ?

Chaque année le Time élit la personnalité de l’année, le plus souvent nominative et reconnue (homme politique, entrepreneur, artiste… ). Cette année, c’est un « anonyme » « à la mode » dixit le Time, qui a été choisi: le « protestataire« : « Depuis la fin des années 60, la protestation n’était plus à la mode. En 2011, elle a effectué un retour en force, gagnant plusieurs parties du monde et faisant tomber des régimes politiques. » Le Time magazine via Infopresse.

L’enjeu a donc été de donner une image à cette « personnalité » qui se devait d’être suffisamment identifiable et explicite pour figurer en couverture. Hors, les protestations (bien souvent les révolutions) de cette année furent l’expression d’un soulèvement collectif, d’une masse d’anonymes qui s’accordent mal avec la figure univoque et donc réductrice de l’image médiatique.

Le représentant de la contestation

Le Time, devant la difficulté, a préféré donner le choix de son image à un « street-artist » reconnu, un représentant « légitime » aux yeux de l’hebdomadaire pour porter la cause des « anti »: Shepard Fairey.
Celui-ci, en détournant Orwell et Carpenter, s’est fait connaitre des milieux artistiques avec son personnage OBEY puis il a connu une gloire internationale en signant l’image phare de la campagne Obama en 2008, HOPE. Depuis, il a ouvert une boutique et livre régulièrement des variantes (en T-shirts, blousons, posters…) autour de ses créations. (A lire sur Le Graft)

Le protestataire de Fairey pour le Time n’a pas d’identité particulière (et donc une image sans frontières à l’heure de la « mondialisation » des révolutions) mais il a le costume officiel et le regard menaçant du jeune contestataire. Or, si la révolte ne va pas sans provocation, c’est une dialectique entendue, il est curieux de voir Fairey donner à la personnalité de l’année les attributs du « pillard ».

 

 

 

Images: The decline and fall of Europe, Time magazine, 22 aout 2011.

Une image apolitique

De fait, cette année, c’est le même Time magazine qui en août, signait une couverture au rouge alarmant avec la silhouette d’un jeune « looter » dans les rues de Londres. A quoi reconnait-on un « pillard » en couverture du Time? A sa capuche, son visage couvert pour cacher son identité et à son regard « camera » menaçant.

En définitive, qu’elle est la différence entre l’image de Fairey et une photo de presse? L’une dessine une icône quand l’autre est indexée sur la réalité.
Sans négliger la part de manipulation d’une photo (ici, explicitement le monochrome rouge), l’image reste en prise avec l’actualité de sa représentation. Fairey, avec son style graphique (une photo réduite à quelques lignes) , son code couleur (noir, rouge, ocre, (anarchie et or)) et l’attention placée dans l’expression du regard construit une image iconique et par la même se coupe de la réalité dans laquelle s’incarne ces révolutions. Il « idéologise » son sujet.

 

 

Looters from Tiane Doan na Champassak on Vimeo.
et image: London’s Burning


Camille Claudel, « Tête de Brigand », musée des beaux-arts de Reims.
Il y a une fascination pour ces jeunes anonymes qui portent le costume du combattant urbain et viennent s’en prendre aux symboles du pouvoir (économique ou politique). Le photographe Tiane Doan na Champassak a publié cette année un petit livre, « Looters » qui dit bien cette attirance pour l’esthétisme de la révolte. En isolant et en agrandissant des visages à partir de photos prises lors des émeutes de Londres, Champassak isole ces garçons de leur contexte. Le but est certainement de se comporter comme une camera de surveillance et de dénoncer l’œil panoptique de ces caméras omniprésentes à Londres, mais la pixellisation des visages et du coup le trouble des identités, en font des personnages fantomatiques, des images atemporelles, mystérieuses voir héroïques.

L’image du marginale, lorsqu’il est présenté comme telle (ici des pillards),  qualifie et stigmatise. Dans le buste de Camille Claudel, le titre de l’œuvre « Le Brigand », au delà de la toise magnifique du regard, inscrit dans les pommettes saillantes, les cheveux en bataille, … le gitan ou le Maure.

Le masque de la révolte

Trouver un visage dont les médias puissent s’emparer tout en gardant l’anonymat, c’est ce qu’on fait les « protestataires » en s’appropriant le masque de « V », le « combattant pour la liberté » du film « V pour Vendetta » sortie en 2006 (faisant la recette du merchandising de la Warner pour l’année 2011!). Très vite, l’image s’est imposée comme une image médiatiquement forte, et Shepard Fairey ne s’y est pas trompé puisqu’il a tôt fait de détourner sa propre image de Barack Obama avec le masque de V afin de lui redonner une dimension utopiste et la rendre ainsi aux protestataires de Occupy Wall Street (se redonnant au passage une légitimité contestataire).

 

 

 

Image 1: Manifestation Paris, place de l’Hotel de Ville, septembre 2011. photo olivier roubert
Image 2: Shepard Fairey, HOPE « V », 2011
Image 3: Skateboard Obama Despair. « Freedom products for Liberty lovers« . Created By Libertymaniacs.
Image 4: OBEY / DISOBEY.
Détournements de Fairey
Images 5&6: Tumblr « We are the 99 percent« .

Mais le personnage générique de « V » ne dit pas toute la complexité actuelle des revendications et  il donne un masque « anonyme » aux mouvements de protestations. En ce sens, il ne s’éloigne pas radicalement de la proposition de Fairey. Donc trop exposé, vous êtes stigmatisé, trop caché vous devenez une icône.

Sortir de l’anonymat

Si les mouvements de protestation de cette année ont pris une telle ampleur, c’est bien parce que des dominés ont décidé de revendiquer leur part, faisant de leur faiblesse une force: « Nous sommes les 99% » (de dominés). Cela commence par la revendication de leur identité, fut-elle d’opprimée. Car, déconsidéré, le dominé n’a pas de poids (économique, social…) et donc pas d’image. Il sait que sa situation n’est pas « photogénique », et que la cosmétique médiatique de la « belle image » le place dans la marge.

La réaction des manifestants autour du mouvement « occupy wall street » est en ce sens manifeste. Afin de donner un sens et une image à leur protestation, ils ont ouvert un Tumblr afin d’écrire sur leur situation et se sont photographiés en plaçant le plus souvent devant leur visage la raison de leur colère: Un « récit de vie » comme le dit André Gunthert « avec des mots sur un visage »: « Pas la manifestation d’une foule indistincte et rageuse, dont on ne percevrait que les cris et les slogans raccourcis par les médias, mais une collection de vies qui disent chacune, en détail, avec des mots sur un visage, les ratés du processus ». « Des mots sur un visage« , L’Atelier des icônes, 12 octobre 2011.

Exit la foule et la rage, les cris et les slogans « raccourcis » par les médias (à l’image du contestataire « stylisé » de Fairey « raccourci » de sa dimension politique), mais, l’individuation de la revendication (chacun porte sa propre histoire) dans une image collective.


(…) mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous

Pour finir, deux images fortes qui associent identités et anonymats dans un monde capitaliste globalisé:
- les « 99% » revendiquent leur droit pour un avenir meilleur et commun en dévoilant leur vie. Dans le film, âpre et poignant (solaire aussi) de Sylvain Georges, « Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerres) » sortie en novembre dernier, des migrants à Calais tentent de faire disparaître toute trace de leur identité en marquant leurs empreintes digitales avec une vis chauffée à blanc. En devenant totalement des « anonymes » ils espèrent trouver une possibilité d’exister avec le statut d’invisible dans l’espace Schengen. De la même manière Sylvain Georges a choisi pour l’affiche de son film une image d’un migrant dormant le visage totalement masqué pour se protéger du froid. Sans visage et sans regard, il devient la métaphore de sa condition de migrant: paria invisible…

Quel est le pouvoir de l’image pour incarner les « protestataires »?

L’image est un relais puissant des mouvements et une arme de pression sur les gouvernements, institutions, pouvoirs. Mais, qu’en est-il de l’image témoin? Qui se souvient du visage de Mohamed Bouazizi?… Pourtant son geste mortel fut suffisamment évocateur pour déclencher la révolution en Tunisie et reste inscrit dans les mémoires. On a pris coutume de dire « une image vaut mille mots » mais ici, son geste vaut mille images.

Dans un commentaire laissé par un internaute pour accompagner le titre de Gil Scott Heron – « The Revolution Will Not Be Televised « , il est dit «  »The Revolution will not be tweeted, made your friend on Facebook, or uploaded to You Tube. The Revolution will not be digitized. »