« Under protection » (En avant!)

août 14th, 2011





Nouvelle tentative d’appropriation abusive, détournement scabreux, ou « usage » désormais inhérent à la circulation et à l’utilisation des images sur la toile? (il faut entendre image dans le sens que lui confère « google images », c’est à dire des « vignettes » coupées de leur contexte originel)







Levi’s lance sa nouvelle campagne de publicité signée « Go forth! » (« Va de l’avant! ») et continue à emprunter aux codes de la contre-culture née des années 60 (ici le poète Charles Bukowski, le Rock’n roll et les mouvements d’insurrection de la jeunesse) (Pour en apprendre plus sur les antécédents de cette campagne de publicité cf. article du Greffon Mordre à l’appât (Wrangler)).

Il est à nouveau légitime de se demander si une marque de jeans est à même de porter un message incitant à l’action « pour que chacun saisisse son destin et laisse sa propre marque (sans jeu de mots) »… mais il faut croire que son influence est prise au sérieux puisque la diffusion du spot est interdite à la télévision et au cinéma en Grande-Bretagne où certaines séquences mettant en scène un jeune manifestant (un « casseur » à la française vu les rues haussmaniennes? ou un « rioter » version Londres?) font craindre un message en faveur des violences. Opportunisme ou hasard de calendrier? La marque profite pleinement de cette actualité pour renforcer sa légitimité auprès de son « cœur de cible », les jeunes…








Image 1: ecran publicité Levi’s. « Levi’s Legacy » 2011
Image 2: ecran video Allora & Calzadilla. « Under discussion » 2005


L’autre emprunt de ce film de publicité est à mon sens plus elliptique mais pas sans conséquences: Une des séquences montre un homme (en jeans…) monté sur une table posée tête-bêche sur l’eau et équipée d’un moteur. L’image est très forte, visuellement déconcertante et lorsque vous l’avez vu vous ne l’oubliez pas. Hors cette séquence est la copie quasi conforme (le jean en plus!) d’une vidéo datée de 2005 de deux artistes contemporains aujourd’hui consacrés Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (ils sont les artistes invités du pavillon des Etats-Unis à la Biennale de Venise cette année).





Image 1: ecrans video Allora & Calzadilla. « Under discussion » 2005
Image 2: »Nongovernmental Politics« , édition Zone Books, 2007


Le sens que les artistes donnent à cette « performance » (eux parlent de « sculpture » à propos de leur vidéo) dépasse la belle image décalée et rêveuse qu’elle devient dans le cadre de la publicité. Le contexte qui a conduit à la réalisation de la vidéo peut à certains égards trouver un écho dans les propos de Levi’s mais l’esthétique publicitaire se heurte à la radicalité de leur propos et c’est cette douche écossaise qu’il s’agit d’analyser.

Nommé « Under discussion » (« En discussion »), la vidéo est une réponse poétique et politique au statuquo qui régnait en 2005 sur l’île de Vieques (possession de Puerto Rico) dont une large part fut occupé à partir de 1941 par l’armée américaine pour y pratiquer des essais d’armements et des entraînements militaires (pour les guerres de Corée, Vietnam et jusqu’à l’Irak). En 2003, après leur départ, la question s’est posée de savoir qui allait « nettoyer » la zone et soigner les personnes contaminés par les essais (en particulier à l’uranium en 1999) ou indemniser les pêcheurs privés d’une grande part de leur espace de pêche. La « ballade » de ce fils de pêcheur (qui fut un des leaders du mouvement de désobéissance civil des années 70) sur son drôle de bateau, évoque la table des négociations rendue de façon poétique et assez absurde à l’usage qu’en attende les habitants concernés: un moyen de profiter pleinement de leur île.

Comment une telle image se retrouve donc t-elle dans une publicité? et est-ce que les directeurs artistiques connaissent le contexte originale de la vidéo? L’achat d’art a-t-il payé des droits aux artistes? Les artistes ont-ils acceptés le détournement de leur video pour une marque …américaine?





Ces questions trouvent à mon sens en partie une réponse dans la dissolution des images sur le web via les « catalogues » d’images divulguées par les blogs de « tendance » (exemples, parmis tant d’autres, avec ffffound ou fubiz ou I like this art) et dont sont friands les directeurs artistiques. Inspiration visuelle sans cesse renouvelée, les auteurs de ces blogs (personne, marque ou societe) aiment à partager cette « dose » quotidienne d’images souvent coupées de toute stratification de sens et de contenu. Elles affichent un nouveau standard d’images lisses et brillantes issues du monde de l’art, du design, de la mode, de la communication et qui font leur chemin parfois jusque dans une publicité…

Pour Allora & Calzadilla on les retrouve par exemple sur « I need a guide » / A daily style directory, ou sur Knockaround pour annoncer la nouvelle année 2011 « I predict that 2011 will be a year of exploration » et proposer un jeu avec les lunettes Knockaround.

Le Dark Planner dans un de ses billets récents encensent le dernier film Levi’s et note que « Ces derniers mois, aux USA en particulier, la marque a joué courageusement avec le territoire du politique. » Mais où est le courage quand il s’agit de vendre une pair de jeans à des jeunes gens et que pour des raisons certainement d’assurance, le bateau de Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla se retrouve équipé d’une … bouée de sauvetage! Le voilà le courage politique de la publicité qui avance fièrement « Under protection ».

Now is your time…







VACARME / SATIETE

juillet 26th, 2011



Image 1: « SACIETE DE CONSOMMATION » Paris, Pigalle, juillet 2011
Image 2: « Bruit blanc » Montage d’images. 2009

Extrait de l’édito du dernier numero de le revue Vacarme.
A retrouver en ligne ici.

MARABOUT DE FICELLE
par Philippe Mangeot & Carole Peclers

Un mot manque au français, qui existe dans d’autres langues : l’italien dit zibaldone, l’anglais parle de commonplace book. L’un comme l’autre désignent ces carnets où l’on copie et recueille, sans plan ni discrimination, les poèmes aimés et les recettes de cuisine, les articles de journaux et les prières, les lettres et les tableaux des poids et des mesures. La pratique est ancienne, les humanistes italiens s’y employaient, les étudiants britanniques également. Les ouvrages qui en procèdent tiennent un peu du grenier, un peu de la réserve.

Ce nouveau numéro de Vacarme est un zibaldone…

Retrouvé dans les strates de montages et d’archives du Greffon, ces « zibaldones arrangés » (merci Vacarme), sorte de marabout de ficelle à partir du flot d’image que je retiens du quotidien.

« Mis à jour il y a plus d’un an », comme le dit la légende des « Bruit blanc »… le Greffon lui reste muet depuis près de quatre mois, moins pour le Graft, (je vous fais grâce de la longue liste des billets envisagés et non avenues). Mais la page blanche oppose une distance aux bruits des images et je n’ai pas trouvé la forme pour troubler cette « pause ».

La solution est peut-être dans ce très beau numero d’été de Vacarme qui regroupe une sélection de textes souvent devenus introuvables (cela commence par ces « quelques gestes » de Serge Daney qui m’invite à associer l’œil, à la main, et à la fin, à la parole).et qui annoncent une nouvelle formule pour le prochain numero… je compte sur l’effet d’entraînement!

Maintenant s’installe le silence des « vacances », et je l’espère le désir de reprendre ce blog au retour, avec Gestes et Fracas!

Qu’est ce que Le greffon?

mai 26th, 2011

LE GREFFON est né en 2008 de la volonté de confronter une histoire de l’image, ses usages, ses pratiques, son esthétique, avec les images contemporaines des nouvelles pratiques culturelles liées à Internet (multiplication, usages, qualités…). Voir le « A propos du greffon« .

Pour donner une dynamique d’auteur au blog et ne pas le limiter à une logique de « commentateur », j’ai ouvert en 2010 LE GRAFT, l’atelier du greffon, son labo, sa « table de montage ». Voir le « A propos du graft« .

Vous pouvez basculer de l’un à l’autre en cliquant sur son logo respectif.

Bienvenue.

GAGA CANNIBALE (la vérité nue)

mars 23rd, 2011




Image 1: « The Naked Truth », Lady Gaga, Vogue Japon, sept 2010
Image 2: « Nature morte au carré de viande », Jean-Siméon Chardin, 1730. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

En septembre dernier, alors que se diffusait abondamment sur le net les photos de Lady Gaga revêtue de sa robe de viande, je m’étais retenu de signaler la correspondance entre la robe de Gaga et l’œuvre de Jana Sterbak. Quoique l’effet prédateur de la star sur l’artiste (dont la robe de viande date de 1987) ne fait aucun doute, les emprunts entre art plastique et mass média deviennent si courants que simplement les montrer du doigt revient à « hurler avec les loups ».

Aujourd’hui, avec l’exposition « Tous cannibales » qui se tient à la Maison Rouge à Paris et qui présente justement la robe de Sterback, c’est avec un autre éclairage que je sohaite revenir sur cette correspondance, et mettre Gaga à nue: Une superbe Vanité, miroir narcissique de notre contemporain.





Image 1: « Lady Gaga s’est transformée en Lady Cracra dimanche dernier aux MTV Vidéo Music Awards… » Be
Image 2: « Vanitas: robe de chair pour albinos anorexique », Sterbak, 1987.
Image 3: « Le supplice de Marsyas » Le Titien, 1575-76. Musée national de Kromeriz, République Tchèque.

En septembre 1992, la galerie Nationale du Jeu de Paume alors consacrée aux expositions d’art contemporain présentait en France pour la première fois un ensemble d’œuvres de Jana Sterbak (parmi d’autres artistes, dont deux femmes Nan Goldin et Kiki Smith, mais aussi Mike Kelly et Tunga). Le lien entre les artistes, rassemblés sous le titre générique Désordres, reposait sur des travaux orientés autour du corps et ses frontières (sociales, morales, sexuelles). L’exposition bien nommée avait suscité quelques remous en particulier du fait de cette robe de viande. Que cette « œuvre » composée d’une matière organique  si proche de l’ homme soit soumise à devenir un déchet dans l’espace blanc immaculé du musée était apparue comme une vraie provocation. L’ironie grincante de son titre « Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique », marquait les limites d’une société devenue hygiéniste qui préfère détourner les yeux de sa face carnassière et reléguer « extra muros » les abattoirs qui la nourrissent et lui rappellent de façon trop évidente son goût pour le sang.

Il faut relire Georges Bataille et son article « Abattoir » (Dictionnaire critique, paru dans la revue Documents en 1929) et qui commence par ces mots: « L’ abattoir relève de la religion en ce sens que des temples des époques reculées (sans parler de nos jours de ceux des hindous) étaient à double usage, servant en même temps aux implorations et aux tueries ».

On voit bien là tout ce qui atteste d’un jugement hâtif  dans les correspondances relevées entre l’artiste et la star. Car c’est plutôt ce qui les sépare qui ressort d’une attention plus précise aux intentions respectives de Sterbak et de Gaga. L’artiste chassait toute tentative d’associer robe, mode, beauté et glamour. ce dont précisément se sert Lady Gaga pour briller.

Pourquoi m’arraches-tu à moi-même?

Le mythe de Marsyas rapporte l’histoire de ce dieu qui hérite du don de jouer de la flute à deux tuyaux et qui ose, par orgueil relever le défi que lui lance Apollon jaloux. Il finira par perdre la compétition et sera supplicié par Apollon qui tête en bas lui arrachera sa peau. Marsyas aura ces paroles: Pourquoi m’arraches-tu à moi-même?

Que signifie aujourd’hui, pour ses artistes de variété qui défient la notoriété à coup de sur-exposition égotique « être soi-même »?  Jusqu’où leur intégrité, marquée en dernière limite par cette frontière charnelle est-elle encore effective?


Image 1: La « Venerina », mannequin anatomique de cire, par Clemente Susini (1754-1814). Collections Palazzo Poggi. Lien Picasa
Image 2: « Lady Gaga bien en chair (…) » Libération, 15 septembre 2010.

Cette mise à nue ambiguë des Stars (« je m’expose, tu me dévoiles ») et qu’illustre parfaitement le choix de la photo de Libération accompagnée de sa légende, brouille donc les limites entre intégrité et intimité, entre réalisme et fiction.

Comme dans ces mannequins de cire de Clemente Susini, la télé réalité et aujourd’hui internet dissèquent avec une  opiniâtreté chirurgicale les moindre faits et gestes de leurs idoles avec cette intention à peine voilée de mettre à nue l’objet de leur désir. Un désir dont Lady Gaga est, ces dernières années,  l’illustration la plus spectaculaire. (Elle est « suivie » par plus de 8 millions de followers sur Twitter, et elle est la première artiste à avoir franchi la barre des 1 miliards de vue sur Youtube…)



Image 1: Jacques-André Boiffard,  Bouche , photographie illustrant l’article « Bouche » du Dictionnaire Critique de G.Bataille, Documents N°5, 1929.
Image 2:: « Autoportrait », Victor Brauner, 1931 – Centre Pompidou.

Lady Gaga avance en équilibre sur la frontière entre le « bon » et le « mauvais » goût, à la limite de la trangression (au delà avec cette robe de viande). Elle cherche à incarner un espace de fantaisie et de provocation qui la rend désirable.

Ici, il est difficlie de ne pas penser au regard que les Surréalistes ont posé à travers l’objectif de l’appareil photographique. La section consacrée à l’ « Anatomie de l’image » dans la magnifique exposition La subversion des images du Centre Pompidou l’année dernière le disait explicitement: « la photographie est là pour témoigner du corps, de son animalité, de son étrangeté, de sa folie, de sa « beauté convulsive » » (suite). Les Surréalistes ont cherché à libérer le pouvoir de l’œil, imposer la déchirure du regard entre attirance et répulsion, dégoût et fascination, quotidien et merveilleux. En 1993, dans la préface à la réédition du Dictionnaire Critique de Georges Bataille, Bernard Noel écrivait: « Bataille s’aventure à penser ce que la révolte elle-même n’avait su exprimer qu’en la poétisant donc en la couvrant, et qui est la présence irréductible en nous de la vie organique en dépit de toutes les redingotes. »

C’est aussi cela la fascination pour cette robe, la redingote de chair dit la présence irréductible en nous de la vie organique.



Image 1: capture d’écran, Lady Gaga, « The Naked Truth ».
Image 2: Juan Valverde de Amusco, « Anatomia Del Corpo Humano », 1560.


Image 1: Eli Lotar, Aux abattoirs de la Villette, Article « Abattoir », Documents, 1929, n°6
image 2: Lady Gaga attaque Baby Gaga, la glace au lait maternel. Lien Popopotins

Si cette présence de la vie organique, peut nous dégouter au point d’ « être mis en quarantaine », pour paraphraser l’article « Abattoir » cité précédemment de Georges Bataille, c’est qu’elle ose prendre d’assaut « la figure humaine ». En témoigne la photographie de Eli Lotar prise aux abattoirs de La Villette et qui illustre l’article de Bataille. Georges Didi-Huberman dans son livre « La ressemblance informe » fait une description minutieuse et éclairante de ce  » « résidu suprême », le tas informe de ce qui fut animé, puis sacrifié, (…)  la certitude que la « masse sanglante » d’un homme écrasé n’est probablement pas plus « noble » qu’une « chose sanglante » traînant sur le sol d’un abattoir » p.162.

Mais cette même vie organique continue aussi de nous fasciner, de nous attirer, car elle réveille en nous un appétit « cannibal » pour l’autre , un désir de possession, le même que celui qui attire le bébé vers le sein de sa mère. Le lait maternel, source de vie « humaine » et qu’illustre la  Madone se découvrant pour se donner à la « dévoration » du nouveau né. C’est un des concepts majeurs travaillé et mis remarquablement en « scène » par Jeanette Zwingenberger dans l’exposition de la Maison Rouge.

Aussi, ne faut-il pas s’étonner de retrouver ce mariage anthropophage entre vie organique, masse informe, désir régressif, dégustation sucrée, et Lady Gaga dans le rôle de la Madone…  comme recette du succés pour vendre une glace au lait maternel. L’opportunisme du glacier à baptiser sa glace Baby Gaga n’a pas d’autres ambitions, à mon goût, que de nous faire partager la chair et le lait de la Star, icône religieuse profane.



Image 1: Justin Bieber’s Hair Sells for $40,668
Image 2: Reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne.

C’est la même fascination pour le corps « sanctifié » et ses reliquats qui justifie les reliquaires profanes ou religieux et la dévotion qui les entourent, dévotion que l’on retrouve intact aujourd’hui lorsque Justin Bieber met aux enchères sur ebay une mèche de ses cheveux, vendu  prés de 99 000 euros. Et pour lui donner cette caution casi de sainteté, l’argent va à une « noble cause ».



Image 1: Kali, Masque. exposition « Tous cannibales », Maison Rouge.
Image 2: Nicola Formichetti, image trouvée, Google image, droit DR

Avec la démocratisation à outrance du « tous photographes » encouragée par les facilités techniques, et son corollaire la disparition de la figure de l’artiste, génie créateur en marge de la société, l’acte créatif s’est trouvé requalifié. D’abord par les artistes eux-mêmes depuis le geste augural des ready-made de Duchamp, ensuite par le discrédit que ce geste a pu susciter dans le grand public. Aujourd’hui, la fracture est consommée et l’art contemporain peine à affirmer sa légitimité critique alors même que l’image devient omniprésente. Le grand public se tourne vers des figures médiatiques plus accessibles et séduisantes, sans toujours considérer que l’image qui les séduit est le double d’une image issu de l’univers d’un artiste.

Ainsi de Lady Gaga qui dessine ses apparitions et ses délires créatifs avec un professionnel de la mode et de l’art, Nicola Formichetti. Tombé dans un « bouillon de culture » dès son enfance, grandissant entre Tokyo et Rome, ce créateur hyper actif sait parfaitement capter l’air du temps qu’il conjuge à une culture cosmopolite et artistique décomplexée. Il recycle, déplace, assemble la haute et la basse culture, marie les chef d’oeuvres avec les stars à paillettes. Sa personnalité dévoreuse me le fait ici comparer à la déesse Kali telle qu’elle est présenté par ce masque à la langue pendante dans l’exposition « Tous cannibales ».



Image 1: Lady Gaga aux MTV Vidéo Music Awards, septembre 2010.
Image 2: Victor Brauner, Conciliation extrême, 1941. Présenté en inroduction de la première salle dans l’exposition « Tous cannibales » à la Maison Rouge.

Lady Gaga a compris que les images ont un pouvoir (séduction ou provocation) et elle a chargé son pygmalion (qui connait leur enjeux et leur hisoire) de lui façonner son image.

Ainsi offerte à l’adoration des masses, elle peut en retour les soumettre à la dépendance de son image. Pour preuve, sur le blog Gagadaily elle vient  d’annoncer que sa page Facebook dépassait dorénavant les… 300 millions de fans et le journal Libération en date du  18 mars, relève que sur son nom elle vient de faire acheter à ses fans pour 250 milliers de dollards, soit 178 000 euros,  de bracelets Lady Gaga en silicone afin d’ aider les victimes des catastrophes au Japon, « sans plus de détails sur la répartition de la somme ».

Alors est-ce Lady Gaga qui s’ offre en partage au monde ou bien elle qui le cannibalise? est-elle sujet à la consommation ou objet de consommation? Dans un article paru l’année dernière dans les Inrockuptibles, Lady Gaga affirmait: « Un jour, tu ne pourras plus entrer dans une supérette sans entendre parler de moi. »

Dans un temple de la consommation, ce sont les vœux crue d’une madone contemporaine.



image 1: page Google images, tag: lady-gaga-viande-vogue
image 2: perspective sur la première salle de l’exposition « Tous cannibales » avec au fond la robe de Jana Sterbak et au premier plan le tableau de V.Brauner, Conciliation extrême.


ORDRE et FOULARD

février 2nd, 2011


Image 1: « Affrontements vendredi dans une avenue de Tunis, quelques heures avant la fuite du président Ben Ali. » photo Fethi Belaïd. Le Monde 16-17 janvier 2011.
Image 2: BUREN, HAUTE COUTURE « A partir de ce qu’il appelle ses « photos-souvenirs », Daniel Buren a réalisé 365 carrés de soie Hermès, tous uniques, telles des oeuvres d’art-à-porter ». Beaux-Arts Magazines, octobre 2010.


Vendu 5000 euros l’unité, Buren réaffirme avec ces foulards, l’autoritarisme désinvolte et sectaire de son « outil visuel » (d’une largeur de « plus ou moins » 8,7 cm…). En associant une image sans qualité (Buren posséde sa propre banque d’images de clichés, poncifs, souvenirs) et un cadre passe-partout (c’est le nom que lui donne Buren) doté de sa « marque », l’artiste revendique non sans cynisme l’objet de luxe « en tant qu’art ».

Pour juger de la pseudo neutralité de son « outil », il faut relire le chapitre (cf. extrait ci-dessous) que Guillaume Désanges consacre à la verticalité dans son livre « Théorie de l’art moderne / Théorème de l’art maudit ». Il y déconstruit la tentative de rationalisation du monde qu’impose la ligne verticale de Buren.
Placée en introduction du billet, la photographie des affrontements entre le peuple et les forces de l’ordre à Tunis vient, comme en écho au texte de Désanges, démontrer  symboliquement avec cette casemate couchée sur le côté au motif évocateur, que le renversement d’une dictature est bien le renversement d’un signe dont Buren ou le pouvoir de Ben Ali ont fait un principe de « droiture et d’autorité organisationnelle ».

Vérification et validation de la bande étalon. (photo extraite d’un diaporama présentant la confection des foulards sur le site institutionnelle d’Hermès. droit DR)


VERTICALE

De fait, on note une prédominance immédiate de la verticalité. Idéal archaïque d’une élévation physique mais aussi spirituelle de l’homme. Symbole d’ascension et de progrès, d’absolu, d’arrachement à la pesanteur animale, la verticale représente force et dignité. (…)

Ainsi que, bien sûr, domination. De l’homme sur la nature… et sur les autres. (…) Car il n’y a pas de neutralité au royaume des signes. Et la partition verticale de Buren, inlassablement rejouée, opère elle aussi comme un indice potentiel d’ambition et de domination. Comme une règle à apprendre et à reproduire. En même temps qu’une règle brandie, menaçante. Signe de droiture et d’autorité organisationnelle.


Extraits de « Théorie de l’art moderne / Théorème de l’art maudit » Guillaume Désanges. édition MAC/VAL 2010.




Image 1: « Photos-Souvenirs au Carré Daniel Buren ». Edition Hermès. Chaque Carré est  vendu dans un coffret accompagné du livre.
image 2: « Barrage filtrant organisé par des salariés en grève, mercredi, sur une avenue de Toulouse ». photo: Xavier de Fenoyl. La Croix, 22 octobre 2010

Buren dénomme « photos-souvenirs » son album de famille. L’artiste ne revendique aucune dimension artistique dans ces quelques 400 000 clichés. De ce corpus, Hermès et Buren ont extrait 22 images qui, non sans ironie, sont élevées au rang d’objet de luxe. Elles composent les motifs des foulards, le cadre déclinant dans différents coloris les bandes logotypées D.B.

En vis-à-vis, une autre photo « souvenir », prise dans l’actualité des manifestations d’octobre dernier en France contre la réforme des retraites, autre verticalité déjouée, autre « carré », celui-ci emblématique du monde du travail: la palette.




Daniel Buren – Photos-Souvenirs au Carré from kamel mennour on Vimeo.

Image 1 et vidéo : « Daniel Buren – Photos-Souvenirs au Carré » vidéo de Kamel Mennour à l’occasion de l’exposition à la Monnaie de Paris.Viméo.
Image 2 : « Tunisians climb government buildings outside Prime Minister Mohamed Ghannouchi’s offices in Government Square in Tunis January 25, 2011. »  (Christopher Furlong/Getty Images) The Big Picture.


Pour conclure, la devise de la maison Hermès: « Tout change, rien ne change », pourrait tout aussi bien convenir au travail de Daniel Buren dont l’hégémonie sur le paysage culturel français (sans remettre en question les positions critiques essentielles de travaux plus anciens, période BMPT )  s’apparente aux règnes monarchiques de ces potentats du monde Arabe qui aujourd’hui vacillent. Enfermé dans une logique de pouvoir, et d’argent, (il est à cet égard symptomatique que l’exposition des foulards de Buren se soit déroulé la Monnaie de Paris!) les uns et les autres, pouvoir autocratique et pouvoir culturel institutionnel, restent aveugles aux volontés de changement. Droit dans leurs bottes. Vertigineux.