POUR VOIR…

décembre 12th, 2011

Image 1: photo trouvée, banque d’images Grore-images
Image 2: photo Thomas Mailaender, série extrem-tourism-13.jpg

 

Et si on imprimait, « pour voir », toutes (!) les photos publiées sur Flickr en 24 heures?

A l’occasion de ses 10 ans, la revue hollandaise FOAM propose une plateforme d’expositions, d’éditions et d’échanges au titre programmatique « WHAT’s NEXT? The future of photography ». (soit quatre curators invités à donner leur réponse à la question, le numero 29 de la revue y est consacré,  un site dédié et ouvert à la contribution nourrit le débat.)

L’un des quatre curators, Erik Kessels a répondu à sa façon avec une exposition ambigüe: il a fait imprimer puis « déverser » dans les salles de la galerie toutes les photos publiées sur Flickr en 24 heures.

Le blog de la revue Creative Review pose l’enjeu de ce « déballage » de façon exemplaire et dialectique:

« Le but de l’exposition What’s Next? est de provoquer, à l’occasion des 10 ans de Foam, un débat sur le futur de la photographie. Face à l’installation de Kessels, il est difficile de ne pas éprouver une nostalgie pour la photographie passée et de ne pas voir toutes ces images comme un signal fort et négatif qui devrait nous pousser à exercer un contrôle éditorial plus rigoureux face à cette prolifération. En l’occurrence, est-ce le cas dans l’exposition de Kessels?

Ou peut-être faut-il admettre que les sites de partage tels que Flickr, et la facilité d’utilisation des appareils numériques aujourd’hui, nous encouragent à penser différemment notre rapport à la photographie, à la voir comme une  vraie forme artistique démocratique. Pourra-t-il jamais y avoir trop d’images dans le monde? »

A lire en v.o. ici

 



Images de l’exposition au FOAM Museum, Blog CR

Le débat est donc ouvert… et déjà bien lancé: à Arles cet été avec l’exposition From Here On (À partir de maintenant) avec en  co-curator Erik Kessels (un compte rendu sur Rue89, cf. lien ) et aussi à New York en septembre dernier à la Pace Gallery avec  “Social Media”, ou déja en 2007 à Lausanne avec  “Tous photographes“ (à lire le compte rendu d’André Gunthert sur l’archive du Lhivic, (le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine).

 

Il va de soi que la photographie numérique, sa technique et sa diffusion représentent des enjeux qui bousculent le statut (d’auteur, de savoir faire), accordé à l’image (… « à l’heure de sa reproductibilité technique » …) et il est plus que légitime de voir des historiens, des sociologues, des artistes s’emparer de ces nouveaux usages pour les questionner.
Erik Kessels fait autorité dans ce débat. Invité à Arles puis à FOAM, il est sollicité, mais à quel titre?
Erik Kessels est un collectionneur de photographies d’amateurs, dites « vernaculaires ». Il est aussi le directeur de création et cofondateur de l’agence de communication KesselsKramer, basée à Amsterdam (avec des clients aux images fortes et tendances: Diesel, Oxfam, MTV Japon, Nike ou le Hans Brinker Budget Hotel). A lire une interview par le Amsterdam Ad Blog sur son parcours et ses gouts.

Convaincu de la place prépondérante qu’occupe dorénavant les images « amateurs » dans notre quotidien et confronté certainement à des clients pour qui une image c’est aussi simple qu’un clic sur Flickr, Kessels adopte, en tant que publicitaire, une position assez acrobatique qui a fait le succès de son agence: Valoriser l’esthétique « amateur » comme une « tendance ». Ce qui revient à la regarder avec un savant mélange de dérision et d’empathie  comme dans les campagnes multi-primées pour le HBBH.


Images: publicités pour le HBBH. plus ici.




Cette « culture de l’amateur » s’est imposée très récemment comme une nouvelle esthétique de référence dans les agences de communication et des directeurs artistiques plus jeunes que Kessels savent dorénavant parfaitement jouer de la distance et de l’impertinence que permet l’image vernaculaire dans le cadre doré de la publicité. Exemple avec les scènettes burlesques de Transavia tournées avec …une webcam:





De fait, la créativité des consommateurs est de plus en plus débridée par les nouveaux médias, l’accès aux outils et le web communautaire (on parle dorénavant de « consomm-acteur » dans le jargon du marketing). Il n’est pas rare que ce soit eux qui fassent le « buzz » avant que les marques ne le reprennent à leur compte (exemple avec les expressions à base de « Poneys » que l’on retrouve dans la campagne Ikea Njut). L’impertinence de l’amateur parfaitement rodé à la rhétorique de la communication s’impose au point de faire concurrence aux professionnels.


LOW & HIGH


Alors qu’est ce qui dérange dans la proposition de Kessels pour FOAM et que Creative Review pointe du doigt? Plus que la célébration d’une attitude démocratique, (Flickr c’est tout et n’importe quoi, tant mieux) j’y vois le choix de la présentation « tape à l’œil » au mépris des images ainsi « exposées ». Je ne peux pas m’empêcher de juger cynique sa proposition qui consiste à « donner à voir » cet amateurisme (Flickr est le « club de photographes amateurs » d’aujourd’hui) en le répandant ainsi au sol.

Dés 1992, sous l’impulsion de Philippe Mairesse, la banque d’images GRORE-Images a collecté puis plus tard, mis en ligne un ensemble de « photos trouvées » avec comme ligne éditoriale « l’intention de réactiver les gestes d’un partage sans jugement et de montrer sa pertinence dans le monde média de l’image consommable. »
Il y a là une vraie démocratie de l’image avec cette idée que toute image est bonne à être partagée.






Images: captures d’écran, interface site Grore-Images.












Cela a donné lieu à une collaboration avec le studio de graphisme LABOMATIC pour le théâtre des Amandiers à Nanterre. Ces images d’anonymes rejouaient dans l’espace public la surprise que les surréalistes trouvaient dans l’objet trouvé. Une intimité qui s’offre à nous dans toute son étrangeté: Je reconnais une photo de famille, « cela me regarde », mais ce n’est pas la mienne.

Dans L’Amour fou, André Breton rappelle: « La trouvaille d’objet remplit ici rigoureusement le même office que le rêve, en ce sens qu’elle libère l’individu de scrupules affectifs paralysants, le réconforte et lui fait comprendre que l’obstacle qu’il pouvait croire insurmontable est franchi ».

C’est ici que se marque la différence de point de vue: Il y a une libération affective qui passe par l’esthétique dans les photos trouvées et collectées par Grore qui n’est pas effective chez Erik Kessels. Chez le premier, l’image nous est commune et proposée sans retouches et sans « retour sur investissement », chez l’autre, elle semble s’imposer « d’en haut » avec l’autoritarisme du bon goût publicitaire dédouané par des références artistiques. Une ambivalence relevée par Rémi Coignet sur son blog «Des livres et des photos» dans sa critique du livre/objet « Good Luck » publié ce Noël par Kessels avec la romancière Christine Otten: « Pour qui a d’autres références que Marionnaud ou Séphora, la forme boite évoquera peut-être Marcel Duchamp. Et c’est dans ce grand écart entre low et high culture que réside une partie du talent créatif –et publicitaire*– d’Erik Kessels. »

Christine Otten & Erik Kessels, Good Luck, KesselsKramer, diffusion en France par RVB Books.


Un grand écart au service d’un objet ambigu, comme est ambigu le travail d’une partie de ces artistes qui exploitent l’esthétique « low » de la culture populaire afin d’en faire un objet chargé d’une caution « high ». C’est le cas de Thomas Mailaender exposé à Arles cet été, et récemment publié dans la revue FOAM (numero « Happy » avec sa série Self-portraits with $$$$$$). Dans « extrem-tourism » par exemple, il réalise en « collaboration » avec la photographe de volcan Steve Young des autoportraits « sur des volcans » que Young proposent en ligne pour 25$ (sur son site This is it Fantasy photos! Surf a volcano!). C’est la même logique de détournement qui est à l’œuvre dans la publicité Transavia, mais elle s’adresse à nous avec humour, « complice » de nos petits arrangements avec la banalité de notre quotidien. Mailaender lui puise dans l’esthétique des « amateurs » avec « intérêt » car quel sera la pus value de l’image de Young sur le marché de l’art, une fois devenu « autoportrait d’artiste »?

ENJEUX DU POPULAIRE

Mauvais goût revendiqué? Second degré? Provocation? Fascination pour le vulgaire, le kitsch, le régressif? Pourquoi pas mais pour quels enjeux? Le fun répond Thomas Mailaender, sur son projet de banque d’images The Fun Archive. « Here you will find the worth as the best. We are specialised
in stupid, pervert, ugly, shame, extrem, dark, stinky,
speechless, bimbo, sexy, bizare, dazed, foolish, happy,
aphrodisiacal, lamentable, unpleasent, deviant, degenerate,
immature, archaic, painfull but funny pictures. »

Le Fun est le mot magique mais réducteur pour amateur. Sans réduire l’humour de ces images improbables (A voir une « collection des photos les plus troubles/inexplicables de mon Tumblr »), ce regard décalé doit à mon sens conserver la dimension surréaliste d’étrangeté sans se dissoudre dans le fun.




Image 1: « Handicraft », 2008, Thomas Mailaender
Image 2: « Cuiller-soulier » Objet trouvé par André Breton.

André Breton disait dans Enquête sur la sexualité en 1928 « J’ai un goût prononcé pour le fétichisme en matière d’objet ». De même, j’accorde à l’image (à commencer par la « cuiller-soulier » photographiée par Man Ray à la géométrie érotique plus puissante que !e compas de chair de Mailaender) une charge fétichiste et… incandescente pour les pixels du Fun.

CORRESPONDANCES

novembre 4th, 2011

 

 

La FIAC achevée, une série de billets sur le Graft font un point d’actualité sur les rapports entre arts mineurs, publics et arts majeurs, contemporains.

NO REMORSE, NO REGRET (OBEY)

« Obéis ou disparais ». La petite boutique de Shepard Fairey.

VAVANGUER (Domaine public)

Sculpture et espace public, « corps étendu », matelas, Moore, Moulène.

CRU / STRIP (RICHTER)

Correspondance

MISE EN ABIME (Lindsay Lohan)

Jusqu’où l’art contemporain peut-il s’approcher de l’image des stars sans se brûler les ailes?

NAUGHTY PICASSO (« L’Etreinte », 1969)

Picasso est-il un pornographe? (et la FIAC 2010 son lupanar)

VARIANTE VEILHAN 

Sur les rapports entre le Ministère de tutelle et les artistes labellisés « made in France ». (acte manqué)

ESCAPE FROM… ART

octobre 21st, 2011

Image 1: publicité pour le festival SESC_Videobrasil par fnazcasp, oct 2011.
Image 2: Brazil de Terry Gilliam, 1985.

« S’ÉCHAPPER » MAIS GRÂCE A QUOI? L’image…

Dans le film culte Brazil de Terry Gilliam, le monde de la bureaucratie est une fourmilière grise et agitée où circule des fonctionnaires aux bras chargés de dossiers de papiers. Lorsque le contremaitre se décide à leur tourner le dos, les écrans clandestins font leur apparition et les petits bonshommes tels des papillons viennent se coller à la lumière d’un western.

Pour promouvoir le festival de video, performance, installation et art plastique de Sao Paulo Videobrasil, l’agence de publicité brésilienne F/Nazca Saatchi & Saatchi a proposé une variante du film de Gilliam. Soit un homme dont l’univers se réduit à …une cage d’ascenseur et dont le salut semble bien être ce bouton « SORTIE DE SECOURS » (pour le festival).  Le film est une citation anxiogène et parfaitement réalisé de Brazil.

Les deux vidéos sont à retrouver sur le Graft. ICI

Mais si l’on suit la démonstration de Gilliam, c’est vers une autre illusion que nous dirige les publicitaires.
Car l’image animée de l’écran dans Brazil est le miroir-aux-alouettes d’un monde soumis à l’oppression, un échappatoire. Hors les artistes ont pour ambition de ne pas esquiver la réalité et de travailler à révéler les images qui nous gouvernent (peu importe ensuite que ce soit dans la confrontation ou dans l’esquive).

Alors, faut-il oui ou non appuyer sur le bouton ESCAPE de la publicité?…

Les questions qui demeurent: Est-ce que les publicitaires sont les mieux placés pour trouver une solution au « monde tel qu’il va » ? Faut-il faire la promotion d’un évènement artistique? Si oui, comment? (la question vaut pour les musées dont la communication est bien souvent pathétique)  Les artistes concernés ne doivent-ils pas prendre en charge cette question de la « communication »? Ou plus globalement, qu’est ce que les artistes comprennent des enjeux de l’image instrumentalisée dans la communication et mise au service de la promotion? Sont-ils eux même, par désir de reconnaissance, hors de portée de l’instrumentalisation de leur propre « image »?

La joconde de passage

septembre 6th, 2011

Image: Montage, jeune femme, bus Montréal, aout 2011 et La Joconde.


Le grand Chris Marker est l’invité de marque des Rencontres d’Arles cette année (un festival à nouveau « tendance » si l’on en croit la couverture médiatique). Avec plus de 300 images (photos et vidéos), l’artiste, cinéaste, écrivain…, aujourd’hui âgé de 90 ans! sera au « coeur des rencontres« .

Dans une de ses séries récentes exposées pour la première fois, Marker nous fait la démonstration de son empathie pour les figures anonymes, les « Passagers » du quotidien.

Afin de leur donner toute la place qu’il leur accorde dans son panthéon de la beauté, il ajoute pour quatre d’entre elles des figures « sœurs » héritées de la Grande histoire de l’art… Vinci, Ingres, Delacroix, Edward Burne-Jones… Comme il est dit sur le blog qui lui est consacré (« Notes from the Era of Imperfect Memory« ) « ce n’est plus la peine d’aller au Musée d’Orsay, puisque c’est le Musée qui vient à nous »…





Image 1: vue de l’exposition en Arles
Image 2 et 3: « Passengers », Chris Marker. (Delacroix et Vinci)

Un montage dont le Greffon aurait pu jalouser la paternité dont acte avec cette proposition estivale: Le Greffon fait son Marker… et s’invite virtuellement dans l’exposition de Arles!




Image: La Passagère, Montréal aout 2011

De fait, il n’est pas si difficile pour un œil « cultivé » et à la mémoire visuelle entraînée de recoller les morceaux du trivial d’avec les formes consacrées. C’est un jeu d’association plus proche du marabout de ficelle que de la lecture critique et il n’est pas étonnant que la proposition de Marker ne soulève pas l’enthousiasme. André Gunthert l’exprime très clairement sur le blog du Totem en affirmant: « Toujours fascinantes, ces comparaisons sont interprétées sur un mode historique, où le regard est supposé “retrouver” la culture savante dans les formes plus récentes. » Ce serait au mieux un jeu avec la « mémoire collective » auquel Marker nous inviterait à jouer mais les référents restent assez pompeux pour à travers cet éloge ne pas cacher un jeu plus trivial: Marker prend simplement plaisir à photographier ces jeunes filles (leurs nombres dans l’exposition est là pour en témoigner) et ces collages tiennent plus de la justification à posteriori d’un regard chapardeur et un peu nostalgique posé sur leur jeunesse.

Je ne serais pas le premier à lui jeter la pierre, les transports en commun sont de fait un lieu magnifique de rencontre de « passage » avec ces attitudes d’abandon, ces « poses » associées à une légère mise en scène de soi. Ce sont souvent des détails qui retiennent notre attention et qui dessinent une silhouette.
Finalement, les collages de Marker viennent opposer à la beauté de ces « personnes » singulières qu’ils sont sensés magnifier leur autorité de « chef d’œuvre »,

Afin de continuer ma démonstration par l’image, et après « La Joconde » de Montréal, voici donc quelques photographies de vacances prisent dans le métro New-yorkais. Elles résonnent comme les aveux d’un regard « amateur »! A retrouver sur le Graft dans « La Joconde retrouvée« .


« Under protection » (En avant!)

août 14th, 2011





Nouvelle tentative d’appropriation abusive, détournement scabreux, ou « usage » désormais inhérent à la circulation et à l’utilisation des images sur la toile? (il faut entendre image dans le sens que lui confère « google images », c’est à dire des « vignettes » coupées de leur contexte originel)







Levi’s lance sa nouvelle campagne de publicité signée « Go forth! » (« Va de l’avant! ») et continue à emprunter aux codes de la contre-culture née des années 60 (ici le poète Charles Bukowski, le Rock’n roll et les mouvements d’insurrection de la jeunesse) (Pour en apprendre plus sur les antécédents de cette campagne de publicité cf. article du Greffon Mordre à l’appât (Wrangler)).

Il est à nouveau légitime de se demander si une marque de jeans est à même de porter un message incitant à l’action « pour que chacun saisisse son destin et laisse sa propre marque (sans jeu de mots) »… mais il faut croire que son influence est prise au sérieux puisque la diffusion du spot est interdite à la télévision et au cinéma en Grande-Bretagne où certaines séquences mettant en scène un jeune manifestant (un « casseur » à la française vu les rues haussmaniennes? ou un « rioter » version Londres?) font craindre un message en faveur des violences. Opportunisme ou hasard de calendrier? La marque profite pleinement de cette actualité pour renforcer sa légitimité auprès de son « cœur de cible », les jeunes…








Image 1: ecran publicité Levi’s. « Levi’s Legacy » 2011
Image 2: ecran video Allora & Calzadilla. « Under discussion » 2005


L’autre emprunt de ce film de publicité est à mon sens plus elliptique mais pas sans conséquences: Une des séquences montre un homme (en jeans…) monté sur une table posée tête-bêche sur l’eau et équipée d’un moteur. L’image est très forte, visuellement déconcertante et lorsque vous l’avez vu vous ne l’oubliez pas. Hors cette séquence est la copie quasi conforme (le jean en plus!) d’une vidéo datée de 2005 de deux artistes contemporains aujourd’hui consacrés Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (ils sont les artistes invités du pavillon des Etats-Unis à la Biennale de Venise cette année).





Image 1: ecrans video Allora & Calzadilla. « Under discussion » 2005
Image 2: »Nongovernmental Politics« , édition Zone Books, 2007


Le sens que les artistes donnent à cette « performance » (eux parlent de « sculpture » à propos de leur vidéo) dépasse la belle image décalée et rêveuse qu’elle devient dans le cadre de la publicité. Le contexte qui a conduit à la réalisation de la vidéo peut à certains égards trouver un écho dans les propos de Levi’s mais l’esthétique publicitaire se heurte à la radicalité de leur propos et c’est cette douche écossaise qu’il s’agit d’analyser.

Nommé « Under discussion » (« En discussion »), la vidéo est une réponse poétique et politique au statuquo qui régnait en 2005 sur l’île de Vieques (possession de Puerto Rico) dont une large part fut occupé à partir de 1941 par l’armée américaine pour y pratiquer des essais d’armements et des entraînements militaires (pour les guerres de Corée, Vietnam et jusqu’à l’Irak). En 2003, après leur départ, la question s’est posée de savoir qui allait « nettoyer » la zone et soigner les personnes contaminés par les essais (en particulier à l’uranium en 1999) ou indemniser les pêcheurs privés d’une grande part de leur espace de pêche. La « ballade » de ce fils de pêcheur (qui fut un des leaders du mouvement de désobéissance civil des années 70) sur son drôle de bateau, évoque la table des négociations rendue de façon poétique et assez absurde à l’usage qu’en attende les habitants concernés: un moyen de profiter pleinement de leur île.

Comment une telle image se retrouve donc t-elle dans une publicité? et est-ce que les directeurs artistiques connaissent le contexte originale de la vidéo? L’achat d’art a-t-il payé des droits aux artistes? Les artistes ont-ils acceptés le détournement de leur video pour une marque …américaine?





Ces questions trouvent à mon sens en partie une réponse dans la dissolution des images sur le web via les « catalogues » d’images divulguées par les blogs de « tendance » (exemples, parmis tant d’autres, avec ffffound ou fubiz ou I like this art) et dont sont friands les directeurs artistiques. Inspiration visuelle sans cesse renouvelée, les auteurs de ces blogs (personne, marque ou societe) aiment à partager cette « dose » quotidienne d’images souvent coupées de toute stratification de sens et de contenu. Elles affichent un nouveau standard d’images lisses et brillantes issues du monde de l’art, du design, de la mode, de la communication et qui font leur chemin parfois jusque dans une publicité…

Pour Allora & Calzadilla on les retrouve par exemple sur « I need a guide » / A daily style directory, ou sur Knockaround pour annoncer la nouvelle année 2011 « I predict that 2011 will be a year of exploration » et proposer un jeu avec les lunettes Knockaround.

Le Dark Planner dans un de ses billets récents encensent le dernier film Levi’s et note que « Ces derniers mois, aux USA en particulier, la marque a joué courageusement avec le territoire du politique. » Mais où est le courage quand il s’agit de vendre une pair de jeans à des jeunes gens et que pour des raisons certainement d’assurance, le bateau de Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla se retrouve équipé d’une … bouée de sauvetage! Le voilà le courage politique de la publicité qui avance fièrement « Under protection ».

Now is your time…